Pourquoi la centrale de Civaux est un modèle face au changement climatique

Pourquoi la centrale de Civaux est un modèle face au changement climatique

Publié le 9 septembre 2026 Mis à jour le 13 septembre 2026
Pourquoi la centrale de Civaux est un modèle face au changement climatique

Produire à pleine puissance pendant une canicule, sans réchauffer la rivière : c’est la singularité de la centrale nucléaire de Civaux. Implantée au bord de la Vienne, un cours d’eau au débit particulièrement faible en été, elle bénéficie d’une architecture de refroidissement unique dans le parc nucléaire français. Une conception qui prend une nouvelle dimension face au changement climatique.

Mise en service entre 1997 et 1999, la centrale de Civaux, située à 35 km au sud de Poitiers, est la dernière centrale nucléaire construite et mise en service en France. Elle compte deux réacteurs à eau pressurisée (REP), d’une puissance électrique de 1 450 MWe chacun, et possède une particularité unique en matière de refroidissement.

Une centrale en circuit semi-fermé 

Une centrale à eau pressurisée fonctionne avec trois circuits d’eau indépendants. Le circuit primaire chauffe l’eau au contact du cœur du réacteur et transmet cette énergie, via un générateur de vapeur, au circuit secondaire, dont la vapeur fait tourner la turbine qui produit l’électricité. Le circuit tertiaire, lui, sert à refroidir et condenser la vapeur du circuit secondaire après son passage dans la turbine, en échangeant sa chaleur avec le milieu naturel (rivière ou mer).

Dans le cas d’une centrale nucléaire en circuit ouvert, l’eau prélevée est restituée directement au milieu naturel après transfert thermique. Dans d’autres installations, le circuit tertiaire fonctionne en circuit semi-fermé : l’eau issue de la rivière y est majoritairement recyclée et circule en continu entre le condenseur et les aéroréfrigérants. Des prélèvements d’appoint sont néanmoins nécessaires pour compenser les pertes dues à l’évaporation dans les aéroréfrigérants et aux rejets liquides dans la rivière (purges contrôlées du circuit de refroidissement, pour maîtriser la minéralisation de l’eau qui y circule).

Schéma d’une centrale nucléaire de production d’énergie avec un circuit de refroidissement semi-fermé (Source : EDF)

Schéma d’une centrale nucléaire de production d’énergie avec un circuit de refroidissement semi-fermé (Source : EDF)

 Un dimensionnement adapté à une rivière de faible débit

À Civaux, l’eau prélevée dans la Vienne est ainsi en grande partie recyclée dans le circuit tertiaire après passage dans deux tours aéroréfrigérantes. Le refroidissement de l’eau chaude issue du condenseur se fait par échanges avec de l’air froid dans ces grandes tours en béton, d’une hauteur de 178 m, les plus hautes du parc exploité par EDF. Une partie de l’eau s’évapore et forme un panache visible au sommet des tours. Le reste de l’eau, refroidie, retourne dans le condenseur. Avec ce système, les prélèvements dans la rivière sont nettement plus réduits que dans une centrale fonctionnant en circuit ouvert.

Un deuxième étage de refroidissement unique en France

Le circuit ne peut toutefois pas rester complètement fermé. À mesure que l’eau s’évapore, les sels minéraux qu’elle contient se concentrent. Une partie de l’eau doit donc être régulièrement évacuée et remplacée par de l’eau prélevée dans la Vienne. Cette eau évacuée est appelée la « purge ».

En raison du faible débit de la Vienne en été, cette purge ne peut pas être rejetée directement sans risquer de réchauffer sensiblement la rivière. Elle est donc refroidie une seconde fois grâce à quatre petites tours équipées de ventilateurs. Prévu dès la conception de la centrale, ce deuxième étage de refroidissement est unique en France.

En période chaude, ces petites tours peuvent diminuer la température de l’eau de purge de 5 à 6 °C supplémentaires. Lorsque la Vienne atteint 25 °C, elles permettent à la centrale de rejeter une eau qui ne réchauffe pas la rivière. Dans certaines conditions, ce double étage de refroidissement permet même que l’eau rejetée dans la Vienne soit plus froide que l’eau prélevée en amont du site, comme lors de l’épisode de canicule survenu fin juin 2026.

Ce dispositif contribue ainsi à maintenir la production électrique pendant les fortes chaleurs, tout en respectant les limites fixées pour protéger la Vienne. Il n’assure toutefois aucune fonction de sûreté : son rôle est de limiter l’impact thermique de la centrale sur la rivière.

Un modèle pour le nucléaire de demain ?

Les spécificités de la centrale de Civaux ont un intérêt direct pour l’exploitation : l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) fixe pour chaque site des limites de température et de réchauffement des cours d’eau, destinées à protéger les écosystèmes aquatiques. Lorsque ces seuils sont dépassés en amont, EDF doit réduire la puissance de ses réacteurs, voire les arrêter. Grâce à son dispositif renforcé, Civaux est moins exposée aux limitations liées à la température et au débit de l’eau.

Conçue dès l’origine pour fonctionner sur une rivière aux ressources limitées, la centrale de Civaux apparaît aujourd’hui comme un laboratoire grandeur nature des adaptations que devra engager le parc nucléaire français face à l’augmentation de la fréquence des sécheresses et des épisodes de fortes chaleurs. Ses choix de conception en matière de refroidissement et de gestion de la ressource en eau nourrissent les réflexions menées pour l’adaptation des centrales existantes face au changement climatique, mais aussi pour le déploiement des futurs réacteurs EPR2.■

Centrale nucléaire
changement climatique

Par Hélène Perrin, Sfen

Photo : À gauche, une des tours aéroréfrigérantes de la centrale de Civaux, à droite les 4 aéroréfrigérants ventilés @ V. Faudon / Sfen

Schéma d’une centrale nucléaire : source : EDF