Le nucléaire dans le monde - Sfen
SURETÉ NUCLÉAIRE ET PROLONGATION DU PARC

Le nucléaire dans le monde Chapitre 5

Le nucléaire dans le monde
Publié le 2 juin 2026 Mis à jour le 2 juin 2026

Au total, ce sont près de 420 réacteurs nucléaires, pour une capacité totale de 377 GW, qui sont en fonctionnement dans le monde en 2025. Répartis dans une trentaine de pays, ils produisent environ 10 % de l’électricité mondiale (les énergies fossiles occupant près de 60% du mix).

Dans le monde, les énergies bas-carbone, comme le nucléaire et les renouvelables, sont toujours minoritaires par rapport aux énergies fossiles ; néanmoins, l’essor des énergies bas-carbone est inéluctable. Plusieurs raisons convergent : la nécessité impérieuse de réduire les émissions de CO2 pour lutter contre le changement climatique ; la croissance rapide des besoins en électricité ; l’obligation juridique, pour les États membres de l’Union européenne, d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 en application du règlement européen sur le climat et, pour de nombreux pays, l’impératif de souveraineté énergétique.

En septembre 2025, 416 réacteurs nucléaires étaient en exploitation dans 31 pays et 63 réacteurs étaient en construction. En 2024, le nucléaire a produit 2 667 TWh d’électricité bas-carbone, un record depuis le précédent établi en 2006.

Les pays avec les plus grands parcs nucléaires au monde sont les États-Unis, qui disposent de 94 réacteurs en service, la Chine avec 58 réacteurs et la France en troisième position avec 57 réacteurs en exploitation (la France a néanmoins une capacité supérieure à la Chine). Certains pays souhaitent agrandir leur parc nucléaire voire construire leurs premiers réacteurs alors que d’autres souhaitent le réduire ou l’arrêter définitivement. Point de situation sur le nucléaire dans le monde.

La base de données « PRIS » de l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) est une source d’information fiable et exhaustive qui permet d’avoir un état des lieux sur le parc de réacteurs nucléaires dans le monde et les perspectives de développement dans chaque pays. Ses données sont actualisées très régulièrement.

La production nucléaire mondiale

Les énergies fossiles restent dominantes dans la production d’électricité mondiale. En effet, en 2023, le charbon représentait 34 % de la production mondiale d’électricité, le gaz naturel 22 % et   les autres énergies fossiles 3 %, soit un total de 59 % d’électricité fortement carbonée.

En tête des énergies bas-carbone se trouve l’hydraulique avec 14 % et le nucléaire 10 %. Le solaire et l’éolien représentent une part respective de 7 % et de 8 %.

Depuis plusieurs années la production nucléaire est en hausse. En 2019, la World Nuclear Association (WNA) relevait une augmentation de la production de 95 TWh par rapport à 2018. Cette croissance se situe davantage en Asie et en particulier en Chine. Le pays a en effet raccordé cinq réacteurs au réseau en 2024.

Quels sont les pays s’engageant vers de nouvelles capacités nucléaires ?

De nombreux pays souhaitent développer de nouvelles capacités nucléaires, que ce soit un renouvellement de leurs centrales ou la construction de nouvelles unités. En septembre 2025, 63 réacteurs étaient en construction, dont 32 en Chine.

L’Europe compte désormais onze pays ayant annoncé des programmes nucléaires à différents stades. L’année 2025 voit aussi une remise en cause générale des législations antinucléaires : en mai 2025, la Belgique a abrogé sa loi de sortie progressive de l’énergie nucléaire, tout comme la Serbie en novembre 2024. L’Italie (devenue membre de l’Alliance du nucléaire) et la Suisse suivent avec de nouveaux projets législatifs. Le Danemark a annoncé rouvrir la porte à l’énergie nucléaire, interdite depuis 1985, et l’Espagne se déclare « ouverte » à prolonger ses réacteurs au-delà de 2035. L’Union européenne prévoit une augmentation de la capacité installée de 10 GW d’ici à 2050 en ne comptant que les projets de forte puissance.

La France dispose en 2026 de 57 réacteurs répartis sur tout l’Hexagone. Elle ambitionne la construction de nouveaux réacteurs EPR2 avec 6 programmés dans la PPE1 3 (adoptée par décret du 12 février 2026), les travaux préparatoires de celui prévu sur le site de Penly ayant débuté en 2024. Huit autres, pour une capacité totale de 13 GW, pourraient suivre avec une décision attendue en 2026.

En 2026, le continent européen compte quatre EPR, le réacteur français de nouvelle génération : un opérationnel en France (Flamanville 3), un autre en Finlande (Olkiluoto 3) et deux en construction au Royaume-Uni (Hinkley Point C). Deux autres se trouvent en Chine à Taishan. La réalisation de deux autres paires d’EPR (Sizewell C) a également été officiellement engagée au Royaume-Uni en juillet 2025.

Un peu plus à l’est, Westinghouse a été sélectionné par la Pologne, la Bulgarie et la Slovaquie pour la construction de respectivement trois, deux et une unités AP1000. Pour atteindre les 6 à 9 GW de capacité nucléaire installée, la Pologne a engagé le développement d’une première centrale de trois AP1000 au nord du pays (Lubiatowo-Kopalino), dont les travaux préparatoires ont été engagés en septembre 2025.

En Russie, avec le début de la construction d’une unité VVER-1200 sur le site de la centrale de Léningrad au printemps 2024, le pays compte aujourd’hui quatre unités en construction. Sur les 36 réacteurs en exploitation, 11 ont été connectés au réseau après 2010. Le pays est également le premier exportateur de réacteurs nucléaires dans le monde avec de nombreux projets en Asie, Europe et Moyen-Orient.

Avec 94 réacteurs en exploitation répartis sur 55 sites de centrales, les États-Unis disposent toujours du plus grand parc nucléaire au monde, produisant près de 20 % de l’électricité du pays. Le pays mise actuellement sur le redémarrage de centrales, la prolongation du parc, le redémarrage de chantiers avortés et sur des projets de petits réacteurs modulaires (SMR).

Le Canada produit 14 % de son électricité grâce au nucléaire (2025) et souhaite accélérer son programme nucléaire avec le début de la construction d’une première centrale de petits réacteurs modulaires et le retour de projets de forte puissance, ce qui pourrait représenter une hausse de la capacité globale de 10 GW.

En Asie, la Chine dispose à date de 58 réacteurs en exploitation et 56 en construction ou en projet (dont un petit réacteur modulaire qui devrait entrer en service en 2026), exploite déjà un réacteur rapide de puissance refroidi au sodium (CFR600) et se positionne en leader dans le domaine de la fusion. Le Japon redémarre lentement son parc nucléaire : un premier réacteur a redémarré en 2015 et le Japon a, depuis, relancé 15 unités sur seulement 33 considérées comme « opérables » (uniquement des réacteurs à eau pressurisée). En Inde, selon les objectifs fixés en début d’année 2025, la capacité installée du parc nucléaire, composé aujourd’hui de 23 réacteurs (7,5 GW), pourrait atteindre 22 GW en 2032 puis 100 GW en 2047. Six réacteurs sont actuellement en construction pour un peu plus de 5 GW de capacité et dix unités, pour un total de 7 GW, sont en projet.

Les Émirats arabes unis ont fêté le premier mégawatt produit par une centrale nucléaire sur le territoire en avril 2021. La connexion de la quatrième et dernière unité de la centrale nucléaire de Barakah a eu lieu en mars 2024.

La Turquie construit, avec la Russie, sa première centrale nucléaire. Le premier béton de la première unité a été coulé en 2018 et la mise en service industrielle de la première unité était attendue avant la fin de l’année 2025.

Quels sont les pays souhaitant sortir du nucléaire ?

En 2026, de nombreux pays qui avaient souhaité sortir du nucléaire commencent petit à petit à revenir sur cette décision.

C’est le cas par exemple de la Belgique qui a abrogé, en juin 2025, la loi de 2003 sur la sortie progressive de l’énergie nucléaire à des fins de production industrielle d’électricité, le Parlement belge ayant ouvert alors la voie à une prolongation des réacteurs existants et à la construction de nouvelles capacités.

La Serbie a, elle aussi, levé son moratoire sur l’énergie nucléaire, hérité de l’époque yougoslave, en octobre 2024.

Pour l’Italie, le travail législatif est en cours. Le gouvernement travaille sur la mise en place d’un cadre juridique organisant le retour à l’énergie nucléaire alors que les derniers réacteurs du pays ont été fermés il y a près de quarante ans. La Suisse étudie également un nouveau cadre législatif pour éventuellement revenir sur la loi interdisant la construction de nouvelles centrales nucléaires. En mars 2026, le Conseil d’Etat a approuvé la levée de l’interdiction de la construction de nouvelles centrales nucléaires. La proposition doit ensuite être validée par la chambre basse puis passer en référendum.

L’Espagne dispose actuellement de sept réacteurs répartis sur le site de cinq centrales, pour une capacité totale d’environ 7 GW, soit 20 % de l’électricité du pays. En 2019, le gouvernement confirme une sortie progressive du nucléaire entre 2025 et 2035, en arrêtant les réacteurs à mesure qu’ils atteignent leur fin de vie. La priorité était alors donnée aux énergies renouvelables. Le black-out du 28 avril 2025 en Espagne et au Portugal réinterroge cependant cette stratégie. Le gouvernement actuel en Espagne se déclare par ailleurs davantage « ouvert » à prolonger ses réacteurs au-delà de 2035.

À ce jour, l’Allemagne n’ambitionne pas de relance de la filière nucléaire et mise davantage sur la fusion (que l’Allemagne se refuse à qualifier de nucléaire). Le 29 août 2025, la France et l’Allemagne ont néanmoins annoncé travailler au réalignement de leurs politiques autour du respect du principe de neutralité technologique et de non-discrimination au sein de l’Union européenne à l’égard de toutes les énergies bas-carbone. Par ailleurs, le chancelier Friedrich Merz a déclaré en janvier 2026 que la politique de sortie du nucléaire, engagée par le pays depuis deux décennies, constituait selon lui une « grave erreur stratégique. »

La Corée du Sud est dans une période de forte instabilité vis-à-vis de l’énergie nucléaire depuis 2016. En 2022, le pays avait opté pour une relance du nucléaire, mais l’arrivée d’un nouveau gouvernement en juin 2025 pourrait remettre en question cette dynamique.

L’acceptation du public

Quant à l’adhésion des publics, celle-ci est en hausse dans la quasi-totalité des pays, y compris dans ceux dont la population est majoritairement hostile au nucléaire. En témoignent par exemple les résultats d’un sondage récent d’EDF sur ce sujet « Obs’Cop 2025 » ou encore le « baromètre » européen de l’énergie.

Il montre notamment qu’une véritable volte-face concernant l’énergie nucléaire se produit en Allemagne. Désormais, 44% des personnes interrogées ont une opinion positive à son sujet, et 45% une opinion négative. Cela représente une augmentation de l’acceptation de 19% par rapport à 2021. Quelques pays semblent néanmoins rester dans une position de rejet par rapport à l’énergie nucléaire, tels que l’Autriche ou la Grèce. ■

Notes et références

1 Programmation pluriannuelle de l’énergie