Impact sur les ressources minières - Sfen
LE NUCLÉAIRE ET L'ENVIRONNEMENT

Impact sur les ressources minières Chapitre 8

Impact sur les ressources minières
Publié le 2 juin 2026 Mis à jour le 3 juin 2026

Certains moyens de production d’électricité consomment du combustible (charbon, gaz, uranium), d’autres non (énergies renouvelables). Tous nécessitent néanmoins une infrastructure qui est composée de divers matériaux : du béton, des métaux (aluminium, acier, cuivre) ainsi que des minéraux spécifiques à chacune des technologies. Des études de cycle de vie permettent de calculer, pour chaque moyen de production, les tonnes de matière utilisées, de manière directe ou indirecte, par unité d’électricité produite.

Selon un rapport de la Banque Mondiale1 publiée en 2020, la production de minéraux devrait croitre de 500 % d’ici à 2050 pour construire les infrastructures nécessaires à la transition énergétique. L’énergie nucléaire, bas-carbone, nécessite principalement de l’uranium, lequel restera abondant. Relativement sobre dans l’utilisation d’autres ressources minières, elle permet une transition énergétique plus durable.

L’uranium, une ressource abondante

L’uranium n’a pas d’autre utilisation significative que la production d’énergie nucléaire. Il est abondant : les ressources en uranium sont suffisantes pour répondre à la demande de production d’énergie nucléaire mondiale, dans des scénarios de faible et forte croissance jusqu’en 2050 et au-delà2.

Des investissements dans les projets miniers doivent néanmoins être engagés à court et à moyen terme pour éviter les risques de pénurie. Il y a des traces d’uranium sur toute la croute terrestre. Les gisements à forte concentration sont distribués dans une vingtaine de pays, le premier étant l’Australie (28 % des réserves mondiales identifiées2), et présentent un risque géopolitique diversifié. La majorité des échanges se fait au travers de contrats à long terme, de plusieurs dizaines d’années.

À la différence des centrales à gaz et au charbon, le coût de production de l’électricité nucléaire est très prédictible car il est très peu tributaire des cours de l’uranium : celui-ci ne représente que 5 % du coût total3.

La situation en France

La sécurité d’approvisionnement en uranium de la France est assurée d’abord à court terme : EDF/Orano dispose d’un stock stratégique d’uranium naturel correspondant à deux ans de production d’électricité. La France possède aussi un stock stratégique d’uranium appauvri (320 000 tonnes soit environ 60 000 tonnes d’uranium enrichi) qui représente 7 à 8 ans d’approvisionnement pour le fonctionnement du parc nucléaire français.

À moyen terme, la France possède, au travers d’Orano, un portefeuille de réserves en uranium représentant 30 années de consommation française.

La France réduit également ses besoins en uranium naturel en recyclant ses combustibles usés : 10 % de l’électricité nucléaire française est produite à partir de matières recyclées (MOX).

Un besoin faible en ressources minérales

Le rapport de mai 2020 du Groupe de la Banque mondiale intitulé « Minerals for Climate Action: The Mineral Intensity of the Clean Energy Transition » prévoit que plus de trois milliards de tonnes de minéraux et de métaux seront nécessaires pour le déploiement d’ici 2050 de l’énergie éolienne, solaire et géothermique ainsi que le stockage de l’énergie, afin de respecter la limite de hausse des températures à l’échelle mondiale en-dessous de 2°C.

3 milliards de tonnes
3 milliards de tonnes de minéraux et de métaux seront nécessaires pour faire la transition énergétiques (Banque Mondiale)

Une autre étude sur le cuivre4 montre que la demande cumulée d’ici à 2050 représentera presque 90 % des ressources connues en 2010. Elle note que la quantité de cuivre par unité de capacité de production est beaucoup plus importante pour les énergies solaires et éoliennes que pour les centrales conventionnelles fossiles et nucléaires. Les proportions sont encore plus importantes quand on ramène les quantités utilisées à la production électrique, puisqu’une centrale nucléaire peut produire au moins pendant 60 ans. Inclure l’énergie nucléaire, au sein d’un mix électrique diversifié, permettra donc d’économiser les ressources.

Selon un rapport de 2021 de l’Agence internationale de l’énergie (AIE)5, le nucléaire apparait comme l’une des énergies les plus sobres en minéraux. Les principaux (au-delà de l’uranium) sont le chrome (2 190 kg/MW en 2019 à titre d’exemple), le cuivre, le nickel et, en moindre mesure, le manganèse, le molybdène, le zirconium, l’hafnium (0,5 kg/MW à titre d’exemple), l’yttrium, le niobium, etc. Tous ces éléments peuvent rentrer dans la composition des alliages métalliques des différentes parties du combustible, du réacteur ou encore de la centrale.

Selon l’Agence, au regard de la maturité de la technologie nucléaire (réacteurs à eau légère et bouillante) et du faible besoin en ressources minérales de cette énergie, il est peu probable qu’il y ait de fortes variations de la consommation de minéraux dans les prochaines années et celles-ci toucheraient principalement le chrome, le cuivre et le nickel. ■

Notes et références

1 “Minerals for Climate Action: The Mineral Density of the Clean Energy Transition”, The World Bank, 2020. ; 2 Uranium 2024 : Resources, Production and Demand, OECD-NEA, 2025. ; 3 Combien coûte le nucléaire ? Sfen, 2022 ; 4 Copper at the crossroads : Assessment of the interactions between low-carbon energy transition and supply limitations, 2020. ; 5 The Role of Critical World Energy Outlook Special Report Minerals in Clean Energy Transitions, AIE, 2021.