Jimmy et Calogena franchissent une nouvelle étape dans le développement des réacteurs pour la chaleur
Soutenues par l’État dans le cadre de France 2030, les startups françaises Jimmy et Calogena franchissent une nouvelle étape dans le développement de leurs réacteurs dédiés à la production de chaleur. Les deux entreprises annoncent des levées de fonds significatives pour préparer la phase industrielle et leurs premiers projets en France et en Europe.
Lors du Sommet sur l’énergie nucléaire de Paris le 10 mars, les annonces se sont enchaînées en faveur des petits réacteurs nucléaires. La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a présenté un fonds de garantie de 200 millions d’euros pour attirer les financements. Emmanuel Macron a pour sa part appelé à « mobiliser des grands projets d’intérêt européen commun pour financer le nucléaire, et en particulier pour les SMR ». Dans ce contexte, l’État français est passé à l’acte en confirmant son soutien aux deux start-ups françaises Jimmy et Calogena, dans le cadre de l’appel à projets « réacteurs nucléaires innovants » de France 2030. Les deux porteurs de projets sont les premiers à passer en phase 2 de ce programme. Fortes de cette annonce, les deux start-up, qui visent le marché de la chaleur, ont annoncé avoir levé respectivement 100 M€ et 80 M€, en partie financés par les deniers publics.
Calogena : la DAC dans le viseur
Filiale du groupe Gorgé, Calogena a réalisé une augmentation de capital totalisant près de 100 M€, dont 48 M€ apportés par le programme France 2030. « Ces sommes très significatives nous donnent de la visibilité pour plus de deux ans. D’ici 2028, nous aurons réalisé l’avant-projet détaillé de notre réacteur, déposé notre demande d’autorisation de création pour notre premier de série et remporté nos premiers succès commerciaux en France et en Europe », souligne Julien Dereux, directeur général de l’entreprise dans un communiqué.
Sélectionné dans le cadre de la phase 1 de l’AAP « Petits réacteurs nucléaires innovants » avec 5,2 M€ de subventions à la clef, le réacteur CAL30 (30 MWth) vise à conquérir le marché de la chaleur urbaine. Dérivé des réacteurs de type piscine, le design permet un fonctionnement à basse pression (6 bars) et basse température (100°C). « Le nombre très limité des systèmes auxiliaires rend le concept intrinsèquement plus simple et plus sûr que tous les réacteurs conventionnels », assure Calogena qui a déposé une troisième demande d’avis à l’ASNR sur les options de sûreté en janvier 2026. En France, un démonstrateur sur le site du CEA à Cadarache est envisagé et étudié, bien qu’aucun accord définitif n’ait encore été signé.
En parallèle, Calogena prépare déjà son déploiement à l’international, et en particulier en Finlande. Elle s’est, en effet, positionnée pour participer aux études d’implantation de son réacteur pour alimenter les réseaux de chaleur urbains de Kuopio et de la capitale Helsinki. Dans ce cadre, le réacteur CAL30 est actuellement en phase de pré-instruction auprès de la Stuk, le régulateur nucléaire local. Au global, Calogena a lancé « cinq projets en France et en Finlande, totalisant 20 réacteurs ».
Jimmy : une industrialisation en préparation
L’autre lauréat annoncé de la phase 2 de l’AAP, Jimmy a pour sa part obtenu un financement supplémentaire de 80 M€, dont la moitié provient de fonds publics. Ce financement intervient après une première aide de 32 M€ obtenue via France 2030 en 2023, et « porte à plus de 60 M€ le total des fonds privés levés depuis la création de l’entreprise en 2020 ». « Ces ressources permettront de finaliser la conception détaillée du générateur et de préparer les conditions industrielles de son déploiement, notamment au travers de l’ancrage industriel engagé au Creusot et des projets structurants conduits avec ses fournisseurs », souligne Jimmy dans un communiqué.
En parallèle de cette augmentation de capital, Jimmy a aussi signé un contrat avec Onet Technologies portant sur la fabrication de la cuve de son réacteur. « La sécurisation de ce partenariat marque une nouvelle étape décisive dans la concrétisation industrielle du projet de Jimmy, mobilisant un savoir-faire français d’excellence sur ce composant critique », commente l’entreprise française.
Jimmy est l’une des deux entreprises, avec Stellaria, à avoir atteint l’étape de l’instruction de la demande d’autorisation de création pour une unité implantée sur le site industriel de Cristanol à Bazancourt. Déposé en février 2025, le dossier doit être complété d’ici mars 2026. Ce projet illustre le marché que cherche à intégrer Jimmy : la production de chaleur industrielle. La technologie de réacteurs à haute température (HTR) permet de développer une puissance thermique de 20 à 60 MWth et d’atteindre des températures de 470°C. Un potentiel de 700 générateurs thermiques en France et en Europe est identifié par Jimmy, ont expliqué Antoine Guyot et Mathilde Grivet, respectivement PDG et DG de Jimmy, dans un webinaire de la Sfen.
Chaleur nucléaire : un marché porteur
Les annonces des deux startups françaises illustrent le débouché que représente la production de chaleur pour le nouveau nucléaire. « Les besoins de chaleur décarbonée techniquement adressables en France par des SMR/AMR sont estimés à plus de 80 TWh par an aujourd’hui, et pourraient dépasser les 100 TWh à l’horizon 2050 », souligne une étude de E-Cube, commandée par la Sfen et publiée en avril 2025. Evaluant les perspectives de marché pour cette filière complémentaire aux réacteurs de forte puissance, cette analyse met en avant les principaux postes de consommation à 2050 : la chaleur industrielle (70 TWhth), les réseaux de chaleur (30 TWhth) et potentiellement la capture de carbone (10 à 15 TWhth) et l’électrolyse à haute température (0,5 à 3 TWhth). ■