Le pétrolier Eni veut faire de la fusion sa « prochaine raffinerie » - Sfen

Le pétrolier Eni veut faire de la fusion sa « prochaine raffinerie »

Publié le 28 août 2026
Image illustration logo ENI

La fusion nucléaire pourrait-elle devenir la prochaine grande activité industrielle de l’énergétique italien ENI ? Dans un entretien accordé au Financial Times le 23 août 2026, Francesca Ferrazza, responsable des initiatives de fusion magnétique du groupe , indique que cette technologie pourrait devenir la « future raffinerie » de l’énergéticien. Une déclaration forte pour un groupe historiquement associé au pétrole et au gaz.

Longtemps cantonnée au champ de la recherche fondamentale, la fusion nucléaire entre progressivement dans une phase de pré industrialisation. Parmi les grands groupes énergétiques qui misent sur cette technologie, l’italien ENI se distingue par une stratégie de plus en plus ambitieuse. Acteur historique majeur du pétrole et du gaz, le groupe entend désormais contribuer activement au développement industriel de cette filière, avec l’objectif affiché de participer au déploiement d’une centrale commerciale à fusion en Europe dès le début des années 2040.

D’une logique d’investisseur…

L’engagement d’ENI dans la fusion remonte à 2018, avec son entrée au capital de Commonwealth Fusion Systems (CFS), spin-off du MIT spécialisée dans la fusion par confinement magnétique, dont il accompagne depuis le développement industriel. En septembre 2025, cette coopération a franchi une nouvelle étape avec la signature d’un accord portant sur l’achat futur d’électricité produite par la future centrale ARC.

Développée par CFS, dans le comté de Chesterfield en Virginie, aux États-Unis, cette centrale est destinée à injecter de l’électricité sur le réseau américain au début des années 2030. Considérée comme l’un des projets les plus avancés du secteur, elle doit servir de passerelle entre les démonstrateurs expérimentaux actuels et les futures centrales de fusion capables d’alimenter le réseau électrique.

…à une logique d’industriel de la fusion

Au-delà de ces investissements, ENI entend désormais développer une expertise dans les futurs métiers industriels de la fusion. Cette stratégie s’est concrétisée en mars 2025 avec le lancement du projet H3AT, consacré au traitement et au recyclage du tritium, puis avec la création de la joint venture RH3OVA en juillet 2026, avec l’Autorité britannique de l’énergie atomique (UKAEA). RH3OVA a vocation à fournir des services de conseil, de modélisation, d’ingénierie et d’accompagnement opérationnel sur l’ensemble du cycle du combustible de fusion, depuis les études de faisabilité jusqu’à l’exploitation des futures installations utilisant le deutérium et le tritium.

L’ambition est de répondre à l’un des principaux verrous de la fusion commerciale : la gestion du tritium, cet isotope radioactif de l’hydrogène indispensable aux réactions de fusion actuellement privilégiées par l’industrie. Cette orientation s’inscrit dans une vision de long terme, revendiquée par le groupe. Sur son site, ENI souligne que son partenariat avec l’UKAEA contribue au développement d’une énergie « qui pourrait révolutionner la transition énergétique mondiale ». Lors du lancement de RH3OVA, Lorenzo Fiorillo, directeur Technologie, R&D et digital d’ENI, affirmait également vouloir transformer le potentiel de la fusion en « progrès industriels concrets ».

Une dynamiquee soutenue

La stratégie d’Eni s’inscrit dans une accélération générale de la fusion privée. Entre juillet 2025 et juillet 2026, les entreprises du secteur ont levé un montant record de 4,48 milliards de dollars, portant à plus de 14 milliards de dollars les capitaux investis en six ans. Avec 863 millions de dollars levés sur la seule période, CFS arrive en tête d’une filière qui cherche désormais à passer des laboratoires aux premières installations industrielles. ■

Par Hélène Perrin, journaliste RGN

Image: Logo ENI – @ Piotr Swat / Shutterstock