L’Espagne prolonge la centrale d’Almaraz jusqu’en 2030 - Sfen

L’Espagne prolonge la centrale d’Almaraz jusqu’en 2030

Publié le 27 août 2026

Face à la volatilité du gaz, le gouvernement espagnol accepte pour la première fois de décaler une échéance de son calendrier nucléaire, tout en veillant à présenter cette décision comme une parenthèse qui ne remet pas en cause la fermeture du parc en 2035.

8 juin 2030. Telle est la nouvelle échéance pour l’exploitation des unités I et II de la centrale nucléaire d’Almaraz, en Espagne fixée par l’ordonnance du 12 août dernier. À la demande de l’exploitant CNAT, le gouvernement repousse ainsi la fermeture d’Almaraz I, auparavant prévue le 1er novembre 2027, et celle d’Almaraz II, programmée le 31 octobre 2028.

Ces échéances initiales avaient été fixées conformément aux objectifs fixés dans le Plan national intégré énergie-climat (PNIEC) pour 2023 à 2030 avec un « scénario de fermeture ordonnée et progressive du parc nucléaire entre 2027 et 2035 ».  À l’horizon 2030, Madrid mise sur un système électrique largement dominé par les renouvelables, avec 138 GW de capacités renouvelables et 26,6 GW pour les centrales à cycle combiné au gaz et seulement 3,1 GW de capacité nucléaire.

Prolonger pour garantir la sécurité énergétique de l’Espagne

« Cette extension a un impact très limité sur les objectifs de la politique énergétique du pays », assure le communiqué du gouvernement, qui maintient le cap sur la fermeture des centrales nucléaires à l’horizon 2035.

Mais la crise au Moyen-Orient a « augmenté l’exposition du pays, de la population et du tissu productif à la vulnérabilité liée à la dépendance à ces combustibles », révèle l’ordonnance.  La prolongation permet de limiter temporairement « l’exposition du système électrique et des consommateurs espagnols à des pics de prix auparavant imprévus issus des marchés internationaux du gaz naturel », ajoute l’ordonnance.

La prolongation d’Almaraz jusqu’en 2030 est permise grâce à l’avis favorable rendu par le Conseil de sécurité nucléaire (CSN) le 16 juillet. L’organisme estime que la centrale dispose des conditions nécessaires pour poursuivre son activité tout en respectant les exigences de sûreté nucléaire. Cette continuité répond également aux critères fixés par le ministère de la Transition écologique et du Défi démographique, notamment en matière de sécurité d’approvisionnement et de maîtrise des coûts pour les consommateurs.

Au-delà de l’électricité

Depuis l’annonce de la fermeture de la centrale d’Almaraz, l’initiative « Oui à Almaraz, Oui à l’avenir » regroupe plus d’une centaine de communes, d’organisations d’affaires, de chambres de commerce, de travailleurs, d’entreprises, d’associations et de citoyens. Le mouvement s’est construit autour d’une même ambition : préserver l’emploi et l’activité économique, renforcer l’autonomie énergétique et maintenir la contribution d’Almaraz à la décarbonation du pays. La prolongation « restaure la tranquillité d’une région entière qui, depuis des mois, attend l’avenir de l’installation. » La centrale d’Alamaraz fait vivre tout un écosystème local.

Almaraz relance le débat sur l’avenir du nucléaire espagnol

Le blackout espagnol, survenu fin avril 2025, avait ravivé le débat sur la composition du mix énergétique. Le gestionnaire du réseau, Red Eléctrica, estimait que la forte proportion de production non pilotable a pu accroître la vulnérabilité du système. Pour les défenseurs de la centrale, cette prolongation constitue une nouvelle étape dans la remise en question du calendrier de fermeture des centrales nucléaires en Espagne.

Le président de la plateforme, Fernando Sánchez soutient qu’« Almaraz est prêt à continuer d’opérer encore de nombreuses années » et rappelle que « sa jumelle à North Anna, aux États-Unis, a déjà été autorisée à fonctionner jusqu’à ses 80 ans. »  Alors qu’elle vient de franchir la barre des 40 ans, la centrale d’Almaraz dispose, selon la plateforme, d’une marge suffisante pour envisager son avenir sans précipiter sa fermeture, tout en s’appuyant sur les évaluations techniques nécessaires. ■

Par Floriane Jacq

Image: La centrale nucléaire d’Almaraz @OSCAR DEL POZO /AFP