L’État autorise EDF à préparer le site des deux EPR2 de Gravelines - Sfen

L’État autorise EDF à préparer le site des deux EPR2 de Gravelines

Publié le 26 août 2026 - Mis à jour le 3 septembre 2026

Un décret publié le 22 août au Journal officiel accorde à EDF l’autorisation environnementale nécessaire au lancement des travaux préparatoires des deux EPR2 de Gravelines. Cette étape permet d’aménager le site et d’engager le renforcement des sols, mais ne constitue pas encore l’autorisation de construire les réacteurs.

Un nouveau jalon administratif vient d’être franchi pour les EPR2 de Gravelines, dans le Nord. Le décret n° 2026-807 du 20 août 2026, publié samedi 22 août au Journal officiel, autorise EDF à engager les travaux nécessaires à la préparation du site retenu pour accueillir deux réacteurs nucléaires.

La possibilité d’engager ces opérations avant la DAC a été ouverte par la loi d’accélération nucléaire de juin 2023. Celle-ci autorise, dès l’obtention de l’autorisation environnementale, la réalisation de certains terrassements et la construction de bâtiments annexes. Le décret couvre ainsi un large ensemble d’opérations : viabilisation des plateformes, installation des bases de chantier, relocalisation du terminal ferroviaire du Centre nucléaire de production d’électricité (CNPE), aménagement des accès, terrassements, création d’une enceinte étanche sous les futurs bâtiments du bloc usine, renforcement des sols et premiers travaux de génie civil. Elle permet également la création du chenal d’amenée destiné à l’alimentation en eau des nouvelles installations.

Des mesures environnementales accompagnent ces opérations. Elles concernent notamment la relocalisation, aux périodes favorables, des espèces animales et végétales protégées, la gestion de l’eau, la préservation des habitats naturels, la maîtrise des nuisances ainsi que le suivi environnemental du chantier.

Pas encore l’autorisation de construire les réacteurs

Ce décret ne constitue toutefois pas l’autorisation de création des deux EPR2. Il ne permet donc pas encore à EDF de construire les bâtiments destinés à recevoir des matières nucléaires ou à abriter des équipements nécessaires à la sûreté.

Il autorise l’électricien à préparer progressivement le terrain afin qu’il soit prêt au moment du lancement effectif du chantier. Ce séquencement doit permettre d’anticiper des opérations longues et complexes sans attendre l’achèvement de l’ensemble des procédures nécessaires à la construction des réacteurs.

Les deux EPR2 de Gravelines, d’une puissance de 1 600 MW chacun, doivent constituer la deuxième paire du programme de six réacteurs porté par EDF. Ils viendraient compléter les six réacteurs de 900 MW déjà exploités sur le site. La première paire est prévue à Penly, en Seine-Maritime, et la troisième au Bugey, dans l’Ain.

Le défi des fondations de Gravelines

La préparation du terrain constitue un enjeu particulièrement important à Gravelines. Le site est implanté sur un polder gagné sur la mer, caractérisé par des couches épaisses de sables et d’argiles et par une nappe phréatique proche de la surface. Sous le poids des futurs bâtiments, ces terrains pourraient connaître des tassements, notamment des tassements différentiels susceptibles d’affecter les ouvrages et leurs liaisons.

Une première solution de renforcement, combinant des inclusions rigides et une technique de « soil mixing », avait suscité des réserves de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR). Celle-ci avait notamment relevé l’ampleur inédite du dispositif et l’absence de retour d’expérience suffisamment représentatif dans le domaine nucléaire.

EDF a depuis revu sa proposition. La nouvelle solution conserve environ 2 000 inclusions rigides en béton armé, d’une cinquantaine de mètres de longueur, mais remplace le « soil mixing » par un épais remblai granulaire compacté. La couche supérieure de sable, plus compressible et potentiellement exposée à un risque de liquéfaction en cas de séisme, doit également être retirée sous les bâtiments et remplacée par un matériau sélectionné et compacté.

Dans un avis publié en mai 2026, l’Académie des technologies estime que cette nouvelle conception repose sur des « principes solides » et que le dispositif retenu est « robuste ». Elle souligne que les techniques envisagées bénéficient d’un retour d’expérience internationale, notamment dans la construction de grands réservoirs de gaz naturel liquéfié.

L’Académie formule néanmoins plusieurs recommandations. Elle appelle notamment à surveiller les difficultés liées aux terrassements sous la nappe, à garantir la durabilité des inclusions dans une eau saumâtre et à instrumenter les fondations dès leur construction. Des capteurs à fibre optique et des sondes de corrosion pourraient ainsi être associés à un jumeau numérique afin de suivre le comportement des ouvrages pendant leur exploitation. L’ASNR doit encore se prononcer sur cette nouvelle solution dans le cadre de l’instruction de la demande d’autorisation de création.

À Penly, les travaux préparatoires sont déjà bien avancés

Le chantier de Penly donne un aperçu de l’ampleur des opérations qui attendent Gravelines. Les travaux préparatoires de la première paire d’EPR2 ont officiellement commencé à l’été 2024, après l’obtention de l’autorisation environnementale.

Début 2026, plus de 1 000 personnes étaient déjà mobilisées sur le site. Les équipes avaient notamment démoli les anciennes fondations d’un projet de réacteur N4 abandonné dans les années 1990 et excavé plus d’un million de mètres cubes de craie pour reprofiler la falaise. Une extension est également réalisée sur la mer.

Les travaux préparatoires de Penly doivent se poursuivre jusqu’au début de l’année 2028, avant le lancement du génie civil et des montages électromécaniques. Avec l’autorisation environnementale accordée à Gravelines, le deuxième site du programme EPR2 entre désormais à son tour dans une phase opérationnelle. ■

Par Ludovic Dupin, Sfen

Image: CNPE de Gravelines – @ Burnod, Jean-Louis;Candidat/HAPPY DAY/EDF