« Superhéros : des pouvoirs… atomiques ! »
Energie nucléaire et superhéros, aucun rapport ? Au contraire. Qu’il fasse peur ou rêver, l’atome fascine auteurs et scénaristes, et tient une place importante dans les « comics » et les production hollywoodiennes. (Re) Découvrez ces héros, leurs ennemis, leur origine, leur histoire, leurs pouvoirs et comment le nucléaire oscille toujours entre arme de destruction massive et énergie propre illimitée.
Hulk : le gamma dans la peau
Ses origines : il fait l’objet d’un « monster comic » de Marvel dès 1962. Hulk fera ensuite son apparition sur grand écran à plusieurs reprises à partir de 2003.
Son histoire : en pleine guerre froide, un physicien, Bruce Banner, travaille à la création d’un nouveau type de bombe, la bombe « G ». Un jour, il est victime d’une de ses expériences et se trouve bombardé de rayons (lumière de haute énergie). Il subit une transformation radicale : peau grise (puis verte), anatomie méconnaissable, force surhumaine… Désormais, Banner deviendra Hulk à chaque moment de stress ou de colère. Une sorte de Dr Jekyll & Mr Hyde des temps modernes – mâtiné de Frankenstein.
Ses pouvoirs : Hulk est capable de résister à tout type d’armes et d’attaques. Sa force, démultipliée, est proportionnelle à l’intensité de l’émotion qui a déclenché la crise. En somme, plus il est fâché, plus il est fort. Certes, certains métaux peuvent percer sa peau. Mais, même lors, elle se régénère.
L’atome et lui : ce sont des rayons gamma qui alimentent la bombe du physicien – une bombe aussi grosse qu’un immeuble – et qui, après l’accident, provoquent une modification de son ADN. L’exposition aux radiations l’a certes rendu plus « émotif » et doté d’un psychisme presque animal, mais il en sort surtout renforcé. Le voilà capable de supporter l’assaut de missiles et même d’explosions nucléaires, comme en Antarctique, ou sur la planète Sakaar.
Spider-Man : le mordu de justice
Ses origines : peu après sa naissance en 1962, il a fait l’objet d’une série télévisée et de téléfilms. Depuis 2002, il est apparu à cinq reprises sur grand écran, où il devrait revenir en 2017.
Son histoire : Péter Parker, orphelin élevé par ses oncle et tante, est un garçon timide… jusqu’à ce qu’à l’adolescence, il soit mordu par une araignée radioactive. Il développe alors des superpouvoirs, qu’il va mettre à profit pour lutter contre le crime sous les traits de Spider-Man. Entre ses études, sa vie amoureuse, son job au Daily Bugle et ses combats nocturnes, l’homme araignée a une vie bien remplie.
Ses pouvoirs : extrêmement agile et doté d’une grande force, Spider-Man saute loin et s’agrippe à toutes les surfaces. Son « sens d’araignée » lui permet de sentir un danger imminent. Il peut enfin maîtriser son pouvoir à loisir.
L’atome et lui : le héros le plus populaire de l’histoire des comics entretient une relation complexe avec la radioactivité. Si c’est d’elle qu’il tient ses pouvoirs, il s’en méfie et s’interroge parfois sur son impact pour lui-même et son entourage. Ainsi, quand sa femme Mary Jane est enceinte, Péter craint que sa propre radioactivité ait des conséquences sur la grossesse. Une menace qui change de forme dans les dernières adaptations cinématographiques, puisque l’araignée n’est plus radioactive… mais transgénique.
Les 4 fantastiques : un quatuor cosmique
Leur origine : ce groupe de super-héros, que l’on retrouvera sur grand écran cette année, a déjà occupé les salles obscures à deux reprises depuis 2005. Il a fait l’objet de la plus longue série des Marvels, de 1961 au printemps 2015, en attendant une probable relance en fin d’année.
Leur histoire : au cours d’un vol expérimental dans le cosmos destiné à atteindre un nouveau système solaire, trois hommes et une femme voient leur fusée exploser. À leur retour sur Terre, ils ne sont plus les mêmes : ils sont M. Fantastique, la Femme invisible, la Torche humaine et la Chose.
Leurs pouvoirs : M. Fantastique peut jouer avec son corps comme avec un élastique, pratique pour s’enrouler autour de ses adversaires. Son épouse, la Femme invisible, peut générer des champs de force et de protection. La Torche humaine vole et joue avec le feu. Enfin, la Chose, sous sa peau orange, est faite de pierre et dotée d’une force hors du commun.
L’atome et eux : c’est l’exposition aux rayonnements cosmiques du milieu spatial (voir l’interview de Roland Lehoucq p.77) qui déclenche des mutations génétiques chez les membres de l’équipage, et leur permet ensuite d’être suffisamment armés pour lutter contre tous ceux qui menacent la Terre, forces extraterrestres ou originaires d’autres dimensions. Les rayonnements cosmiques reviennent fréquemment dans les comics, comme danger propre au cosmos, ou comme arme – pour ceux qui savent s’en servir.
Superman : l’icône de Krypton
Ses origines : c’est l’un des plus anciens superhéros et l’un des plus mythiques. Né en 1938, il est apparu à la radio, à la télévision et au cinéma, où il est popularisé par Christopher Reeve. Puis il revient sur grand écran en 2006 et 2013.
Son histoire : envoyé sur Terre pour sauver Krypton, sa planète natale, Kal-L y reste, est adopté par des humains et devient Clark Kent. Journaliste au Daily Planet, il est aussi Superman : cet homme au justaucorps bleu et à la cape (et le slip) rouge, doté de pouvoirs surhumains.
Ses pouvoirs : vision, ouïe… tous ses sens sont démultipliés. Extrêmement fort, endurant et rapide, il a une superintelligence et une supermémoire. Son organisme étant adapté à la gravitation de sa planète, il est capable de voler. En somme, Superman est quasiment invulnérable.
L’atome et lui : avec un extraterrestre, tout est possible et l’imagination des auteurs quant à la radioactivité n’a pas de limites. Ainsi, ils parviendront à relancer la série en inventant la kryptonite, qui agit à distance et évoque les rayonnements ionisants issus de la radioactivité. Ce minerai aux multiples couleurs et effets, dont des fragments tombent parfois sur Terre, a des effets sur les seuls Kryptoniens. Ainsi, la kryptonite verte rend Superman plus vulnérable qu’un humain ! La rouge désinhibe, rend maléfique ou fait perdre le contrôle ; la noire, dans Superman 3, a même pour effet de « défusionner » le héros : d’un côté Clark Kent, le bon, et de l’autre Superman, le mauvais.
Batman : l’humain high-tech
Son père : créé en 1939, The BatMan était à la télévision dès 1966. Il a fait l’objet d’une série d’adaptations au cinéma, réalisées par Tim Burton (années 1990), et la trilogie de Christopher Nolan (2005-2012).
Son histoire : Bruce Wayne est un humain qui n’a aucun pouvoir, si ce n’est celui d’être milliardaire. Souhaitant améliorer le sort de ses concitoyens et lutter contre le crime à Gotham City, il dédie ses nuits au combat contre gangsters et criminels.
Ses pouvoirs : pas de super-pouvoir, mais un équipement high-tech : une « armure » en kevlar ainsi que de nombreux armes et gadgets. Superman peut aussi compter sur sa perspicacité et ses talents d’enquêteur, ainsi que sa maîtrise des arts martiaux.
L’atome et lui : leur rencontre se fait au cinéma. Dans Batman : the Dark Knight Rises (2013), Bruce Wayne a mis au point un prototype de réacteur à fusion, censé apporter toute l’énergie (propre) dont le monde a besoin. Mais l’objet est dérobé par des terroristes. Or, s’il est laissé à lui-même, sans surveillance, se déclenche une réaction en chaîne et, en bout de course, une explosion capable de détruire la ville de Gotham… Heureusement, Batman parvient à récupérer le réacteur pour le faire exploser en mer.
Les X-Men, « enfants de l’atome »
Leur histoire : ces héros sont des mutants. Des étudiants qui, sous l’influence de mutations génétiques – dont on ne comprend pas clairement l’origine –, se trouvent peu à peu pourvus de capacités sur-humaines. Ils apprennent à maîtriser leurs pouvoirs dans une école spécialisée, dirigée par le Professeur Xavier, et se dédient à la protection de la population.
Leurs pouvoirs : leur palette est large, télépathie, ailes, sang guérisseur, agilité et force décuplées, énergie optique, contrôle de la glace…
L’atome et eux : l’énergie nucléaire fait fréquemment son apparition dans l’histoire, et semble, au fil des épisodes, expliquer les transformations ayant affecté les adolescents. Ainsi, le père du Pr Xavier était employé d’une centrale nucléaire ; il aurait été contaminé en réparant la fuite d’un réacteur, et aurait contaminé son fils à son tour. Néanmoins, à partir de 2000, les nombreuses adaptations cinéma remplaceront les radiations par une manipulation génétique.
Docteur Manhattan : le toubib rayonnant
Son histoire : chercheur en physique nucléaire, Jonathan Osterman se retrouve bloqué dans une chambre d’essai d’accélérateur de particules : il est désintégré… Il se reconstitue petit à petit, avant de réapparaître dans le monde réel, sous la forme d’un superhéros radioactif.
Ses pouvoirs : capable de se désintégrer, de se transformer, de se téléporter, de manipuler toute matière, mais aussi omniscient et immortel… Seul héros des Watchmen à posséder des superpouvoirs, Dr Manhattan fait tout ce qu’il veut.
L’atome et lui : symbolisé par un atome d’hydrogène, le Dr Manhattan personnifie l’idée d’une maîtrise totale et sans limite de l’atome. Sa connaissance « rapprochée » de l’énergie nucléaire lui permet d’aider le gouvernement américain à améliorer le sort de la population. Mais il est aussi accusé d’avoir, par sa seule présence, irradié certains de ses proches (et de ses ennemis) ; son ex-petite amie, Janey Slater, ainsi que l’un de ses anciens compagnons d’arme, souffrent ou sont tous morts de cancer… C’est la seule évocation de cette maladie dans le milieu des superhéros. Au final, le Dr Manhattan décidera de s’exiler sur Mars.
Attention, supervilain !
Docteur Octopus : la fusion pour passion
Son père : personnage de comic à partir de 1963, il débarque sur les écrans dans la réincarnation négative de Spiderman, dans The Amazing Spiderman (2012).
Son histoire : c’est le meilleur ennemi de l’homme araignée. Otto Octavius, titulaire d’un doctorat en science nucléaire, est un brillant inventeur, un génie en physique nucléaire. Il a notamment mis au point des bras intelligents commandés par son cerveau pour manipuler à distance les substances radioactives. Mais un jour, lors d’un accident de manipulation, ces tentacules prennent le pouvoir sur son corps…
Son pouvoir : doté d’une grande capacité de concentration et de contrôle mental de ses tentacules, il devient, à force d’entraînement, capable de combattre seul plusieurs adversaires… tout en effectuant une tâche plus minutieuse, comme remuer son café ou construire une machine.
L’atome et lui : aux mains du Dr Octopus, la radioactivité est tantôt l’objet de recherches passionnées, tantôt le moyen d’expression de sa folie. C’est elle qui, lors d’une explosion radioactive, provoque la « greffe » des bras et accélère ses troubles de la personnalité. Dans le film Spiderman 2 (2004), le savant parvient à créer une énergie extrêmement puissante, de la fusion thermo-nucléaire contrôlée. Et il jubile : « La puissance du Soleil dans la paume de ma main… »
Quel regard un physicien porte-t-il sur la question ?
La réponse de Roland Lehoucq, astrophysicien, chercheur au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) et enseignant à l’École Polytechnique.
« On a des évocations de la radioactivité dès les premiers comics, sans savoir à l’époque parfaitement comment celle-ci fonctionne. Vers 1945-1950, Superman voit ses pouvoirs annihilés à distance par la kryptonite : cela s’apparente à un rayonnement ionisant. Dans Les Quatre fantastiques, les rayons cosmiques qui frappent les astronautes sont des particules de très haute énergie émises par le Soleil ou les supernoæ (explosions d’étoiles) qui évoquent celles émises lors de la radioactivité : elles ont des tas d’effets étranges et engendrent des mutations génétiques, rendues ici de manière positive, puisqu’elles confèrent des pouvoirs – alors qu’à des doses très élevées, dans les mêmes circonstances, elles seraient mortelles.
Dans Spiderman 2, la scène de la fusion est un parfait exemple de Gloubi-boulga scientifique : la façon dont le Dr Octopus allume ses lasers, dont se déroule la fusion, la durée de la réaction, l’introduction du magnétisme, la taille de la machine… absolument tout est faux ! Si ce n’est que l’on espère maîtriser un jour la fusion nucléaire pour produire de l’énergie, et que cette énergie est bien celle qui permet aux étoiles de briller durablement. J’utilise néanmoins cette scène comme exercice d’application du cours, pour effectuer avec mes élèves une analyse critique ou calculer des ordres de grandeurs. Les histoires de superhéros, tout comme la science-fiction en général et le cinéma, sont de très bons prétextes pour parler de science. »
Pour voir la scène de fusion :
Une histoire à rebondissements
Trois questions à Xavier Fournier, rédacteur en chef de Comic Box, revue française sur les comics.
Quelle place occupe la radioactivité dans les comics ?
Une place de choix ! Mais qui est traitée différemment selon les époques, car on distingue deux phases. Les premiers comics, dans les années 1930-1940, ont été lancés à l’époque des pilules au radium et autres dentifrices miracle… C’était une phase de confiance en la science et au progrès : Pyroman, superhéros bombardé de radiations, s’en porte à l’époque très bien. Puis, à la fin des années 1960, l’humanité a connu les bombardements atomiques, les catastrophes nucléaires. Les comics modernes, relancés par la société Marvel, sont porteurs d’une menace. Les héros de la nouvelle vague ont en commun de dénoncer les dérives de la science, et en particulier des radiations. Ce sont les X-Men et autres Daredevil (héros de comics apparu en 1964. Éclaboussé dans l’enfance par des déchets radioactifs au cours d’un accident de la route, il devient aveugle… et développe des capacités sensorielles exceptionnelles). Les auteurs ont à l’esprit les bombes atomiques, les fuites de centrales, et cela transparaît dans leurs ouvrages. Néanmoins, on reste dans le côté sublimé.
Comment est traité ce thème ?
La science, la technologie, dans les comics, apportent le degré de magie nécessaire à toute intrigue. Ce n’est plus : « La sorcière a jeté un sort au personnage », mais : « Il a été exposé aux radiations ». Néanmoins, la notion de radioactivité est un peu floue dans l’esprit des auteurs, qui sont souvent jeunes, peu documentés, se projettent dans un futur où tout va changer… et s’adressent à un lectorat également jeune, que la censure morale de l’époque interdit d’alarmer. La vision du nucléaire est donc globalement optimiste : même en cas d’exposition importante, aucun héros n’a de cancer ou de graves dommages corporels… Certes les gènes sont modifiés, l’humeur peut s’en trouver altérée (Hulk et ses accès de colère), mais c’est tout !
Et au cinéma ?
Superman et Batman apparaissent sur grand écran dès les années 1970, mais depuis les années 1990, le perfectionnement des effets spéciaux a changé la donne : on peut tout montrer, ou presque. Surtout, la peur de l’atome a été remplacée par une autre peur : celle du transgénique. Ainsi, Spiderman, à l’origine piqué par une araignée radioactive, se retrouve, en 2001 dans le film de Sam Rémy, attaqué par une araignée génétiquement modifiée. L’origine des pouvoirs des X-Men, initialement attribuée à la radioactivité, est également modifiée : à partir de 2000, les films parlent plutôt de manipulations génétiques et de bombe génétique…