Relance nucléaire : le Japon veut construire jusqu’à 14 nouveaux réacteurs d’ici 2050
Le gouvernement japonais a présenté une nouvelle stratégie visant le remplacement de certains réacteurs nucléaires de son parc vieillissant. Selon son plan, cinq réacteurs pourraient être construits d’ici les années 2040, puis 14 d’ici les années 2050.
Le 6 juin 2026, le ministère japonais de l’Economie, du Commerce et de l’Industrie a présenté un projet pour remplacer les réacteurs vieillissants par de nouvelles installations. S’inscrivant dans le cadre du 7e Plan stratégique énergétique du pays, adopté en février 2025, l’objectif est de porter la part de production d’électricité d’origine nucléaire à 20 % d’ici les années 2040, contre 9,5 % en 2024.
« L’environnement entourant l’énergie nucléaire évolue de façon spectaculaire, avec des facteurs tels que l’augmentation prévue de la demande d’électricité en raison des progrès des technologies [IA, centres de données…] et l’importance croissante de la sécurité énergétique en raison de la montée des risques géopolitiques, notamment la situation au Moyen-Orient », souligne le ministère dans sa présentation.
Une reconstruction progressive du parc
Pour atteindre cet objectif de production d’électricité nucléaire, soit entre 1 100 à 1 200 TWh/an, le plan se déploierait en deux étapes. Dans un premier temps, le ministère propose de remplacer entre 2 et 5 réacteurs d’ici 2040 afin de combler un déficit de capacité installée estimé à 5,5 GWe. Dans un second temps, en fonction des résultats de la première salve, entre 11 et 14 réacteurs (en intégrant ceux du premier jet) pourraient être remplacés sur la décennie suivante (soit un déficit de capacité évalué entre 12,7 et 16 GWe).
« De plus, étant donné qu’un rythme de déclin similaire de la capacité installée est attendu au-delà des années 2060, et que la demande future d’électricité pourrait augmenter également, nous encouragerons les initiatives décrites dans ces lignes directrices, en vue de reconstituer au moins la capacité installée nécessaire, afin de garantir un approvisionnement stable », ajoute le ministère.
Des orientations complémentaires
Dans les lignes directrices proposées pour la politique énergétique nucléaire, le ministère insiste sur le besoin d’accélérer le redémarrage des réacteurs et de maximiser l’utilisation de ceux ayant déjà repris leur activité. Il propose, d’une part, de rallonger les cycles d’exploitation à 18 mois, voire 24, contre 13 mois aujourd’hui. D’autre part, à l’image des Etats-Unis, le ministère soutient la simplification des processus réglementaires, à la fois pour le redémarrage et les inspections périodiques. « Il est nécessaire de revoir le cadre réglementaire actuel, en tenant compte des politiques de sécurité énergétique et de décarbonation, et d’accélérer et d’améliorer le long processus de révision », souligne-t-il.
Enfin, une attention particulière est donnée aux réacteurs avancés. Une « feuille de route pour le développement des réacteurs innovants de nouvelle génération » est ainsi élaborée. C’est sur cette base, que l’industrie, le monde universitaire et les pouvoirs publics pourront s’appuyer pour collaborer. Toutes les options seront étudiées et la feuille de route sera mise à jour en continu en tenant compte de « la résolution des défis liés à la mise en œuvre sociale et à la réalisation de réacteurs de démonstration, de l’état des ressources humaines et des chaînes d’approvisionnement ».
Un retour du nucléaire 15 ans après l’accident
Après l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi en 2011, le gouvernement japonais a mis à l’arrêt en l’espace de quelques mois ses 54 réacteurs qui produisaient environ un tiers de l’électricité du pays. En début d’année 2026, 15 réacteurs sur 33 considérés comme « opérables » ont redémarré.
Dans cette dynamique de renaissance de l’atome sur l’archipel nippon, une nouvelle loi adoptée en 2025 avait déjà autorisé (sous certaines conditions) l’exploitation au-delà de 60 ans des réacteurs en activité. ■