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Prix sfen : saluer la recherche, l’innovation et la communication

Publié le 30 juin 2015 - Mis à jour le 28 septembre 2021
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Depuis 1983, quatre prix SFEN récompensent chaque année des travaux, études, mémoires ou autres contributions traitant de l’énergie nucléaire sous tous ses aspects scientifiques, techniques, biologiques, médicaux, sociaux ou économiques. Depuis 32 ans, plus de 150 lauréats ont ainsi été salués. Nouveauté de l’édition 2015, un prix de l’Innovation a été créé. Le Comité des Prix a reçu et étudié 34 dossiers. Les Prix ont été remis aux lauréats le 24 juin à la Cité des Sciences à Paris, en présence du Professeur Aurengo, membre de l’Académie de Médecine et de Christian Bataille, Député.

Ces trophées s’inscrivent au cœur des missions de la SFEN, qui a vocation à reconnaître et promouvoir l’excellence scientifique et technique, et de favoriser les connaissances de toutes celles ou ceux qui s’intéressent à l’énergie nucléaire, en particulier le grand public.

Des prix majeurs pour la recherche nucléaire

La recherche dans le domaine nucléaire est utile, pour aujourd’hui et demain. Ouverte à l’international, au tissu industriel, à de nombreuses applications parfois même hors de l’industrie nucléaire, c’est une recherche de pointe, utilisant des méthodes sophistiquées comme la simulation numérique. Elle est héritière d’une tradition d’excellence dans le domaine des sciences physiques et fait l’objet du dépôt de nombreux brevets.

Le Grand Prix de la SFEN est attribué à une œuvre de caractère scientifique ou technique, individuelle ou collective, concernant l’énergie nucléaire. Le premier Grand Prix a été remis en 1983 à Jean Dubessy, alors jeune chercheur du Centre de recherche sur la géologie de l’uranium (CREGU) pour sa contribution à la connaissance des fluides ayant participé à la formation des gisements d’uranium.

Le prix Jacques Gaussens [1] des industriels, doté de 1 000 €, est attribué à un(e) chercheur(e) de moins de 35 ans, pour un travail approfondi dans le domaine scientifique ou technique. Il s’applique à tous les secteurs : combustible, exploitation des réacteurs, physique, neutronique…

Le prix Jean Bourgeois [2], lui aussi doté de 1 000 €, est attribué à une thèse dont le sujet se rapporte directement ou indirectement à la sûreté des installations nucléaires. C’est un travail particulièrement important qui contribue à l’amélioration permanente de la sûreté nucléaire. Parmi les derniers travaux primés par la SFEN, on compte la thèse de Marina Lasserre-Gagnaire, lauréate 2014, sur les phénomènes de corrosion du zircaloy-4 (matériau constituant la gaine des assemblages de combustible des réacteurs nucléaires, première barrière de sûreté).

Le prix SFEN de l’information du public salue une œuvre consacrée à l’énergie nucléaire, contribuant efficacement à l’information du public (livre, exposition, conférence…). L’an dernier, Annabelle Comte et Catherine Cobat-Vittecoq, de l’Andra, l’avaient obtenu pour la remarquable exposition présentée au Grand Palais à Paris « La radioactivité : de Homer à Oppenheimer » (www.andra.fr/laradioactivite/).

Cette année, le dispositif est complété avec le Prix de l’innovation technologique qui s’adresse à tous les acteurs de la filière.

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Les choix du Comité des prix 2015

Présidé par Pierre Boiron [3], le Jury des prix SFEN réunit 15 membres de l’association, issus des sections techniques de la SFEN. Les prix ont été remis aux lauréats le 24 juin à l’issue de l’assemblée générale de l’association, à la Cité des sciences et de l’industrie de la Villette à Paris.

Le Grand Prix SFEN

Le Grand Prix SFEN a été remis à une équipe pluridisciplinaire, composée d’ingénieur(es) d’EDF, d’Areva et du CEA, avec la participation de l’IRSN, couronnant 10 ans de travaux de recherche et de développement sur « l’Effet de préchargement à chaud : de la R&D à la codification dans le RSE-M [4] ».

La démonstration de l’intégrité de la cuve durant la vie d’un réacteur repose sur l’assurance de la connaissance de la ténacité du matériau de cette cuve. Cette connaissance repose sur des séries d’essais isothermes conventionnels effectués sur des éprouvettes représentatives irradiées. La cuve doit notamment résister au choc froid que provoquerait, en cas d’accident grave, une injection de sécurité d’eau froide sur la paroi chaude. Or, dans ces conditions, le préchargement à chaud améliore sensiblement la résistance à la rupture brutale de l’acier à basse température par rapport aux valeurs mesurées en isotherme. Jusqu’à présent, ce phénomène connu n’avait pas pu être pris en compte dans l’analyse de l’intégrité des cuves.

Le travail effectué par l’équipe, notamment sur des éprouvettes irradiées, aboutit à un critère applicable à l’analyse de scénarios accidentels de la cuve. Ce critère sera intégré à la codification dans le RSE-M permettant sa mise en œuvre dans les études industrielles.

Ces travaux ont conduit à la création d’une base expérimentale solide, reconnue internationalement. Dominique Moinereau, Caroline Landron, Malik Ait-Bachir (EDF), Stéphane Chapuliot, Stéphane Marie (Areva), Clémentine Jacquemoud, Tamara Yuritzinn et Benoît Tanguy (CEA) ont reçu leur prix des mains de Christophe Béhar, nouveau président de la SFEN.

Une mention du Grand Prix a été décernée à Vincent Marelle (CEA), Fabrice Douchin (EDF) et Christophe Garnier (Areva) pour la plateforme Pleiades (Plate-forme logicielle pour les éléments irradiés dans les assemblages, en démonstration, en expérimentation ou en service). Le projet a été engagé il y a plus de 10 ans. Les lauréats en portent la dernière, mais non ultime, phase de développement.

Pleiades est une suite logicielle dédiée à la simulation du comportement des éléments de combustible sous irradiation. Elle s’appuie sur une base de données importante du comportement du combustible et sur une très bonne compréhension du comportement du combustible sous irradiation. Elle s’applique à tout type de combustible (uranium, MOX, réacteurs à neutrons rapides sodium et gaz, réacteurs MTR pour essai des matériaux…). Pleinement opérationnelle, Pleiades est l’environnement de référence pour la simulation en support de la R&D du combustible en France.

Le prix Jacques Gaussens

Joël Ribis, jeune chercheur à la Direction de l’énergie nucléaire du CEA, a vu ses travaux de recherche sur la compréhension du comportement hors et sous irradiation des matériaux pour le nucléaire salués par le prix Jacques Gaussens. Il s’est spécialisé dans l’étude fine de la microstructure des matériaux après irradiation et vieillissement, pour améliorer la compréhension et la prédiction du comportement des nouveaux matériaux envisagés pour le cœur des réacteurs à eau pressurisée, les alliages de zirconium innovant revêtu de chrome de 4e génération, les aciers renforcés par dispersion d’oxydes et des réacteurs de recherche, les alliages d’aluminium comme sur le réacteur Jules Horowitz (RJH). Ces travaux ont été réalisés au CEA en collaboration avec des équipes académiques du CNRS, des universités et des grandes écoles.

Thibaud Delahaye, autre jeune chercheur du CEA, s’est vu, quant à lui, remettre une mention du prix Jacques Gaussens pour ses recherches sur la mise en forme et la caractérisation de composés à base d’actinides mineurs. Au cours de ses cinq années au CEA, Thibaud a travaillé sur l’ensemble du processus de fabrication de pastilles à base d’actinides. De nombreux brevets ont été déposés. Il a mis en place des collaborations fructueuses nationales et internationales, conduisant à des avancées scientifiques.

Le prix Jean Bourgeois

La thèse sur l’analyse régionale des aléas maritimes extrêmes de Jérôme Weiss, ingénieur statisticien chez Altran à Brest, a été retenue pour le prix Jean Bourgeois. Jérôme a préparé sa thèse de doctorat de l’université Paris-Est au laboratoire d’hydraulique Saint-Venant [5] entre 2012 et 2014. Son travail est une avancée significative dans l’évaluation des risques de submersion marine en zone côtière et l’établissement de bases de conception des aménagements côtiers. Il développe et approfondit l’analyse régionale, encore peu utilisée, pour réduire les incertitudes inhérentes aux analyses locales.

Les outils et méthodologies qu’il a développés sont aujourd’hui utilisés par EDF dans sa réactualisation des niveaux marins extrêmes.

Une mention est attribuée à Raphaël Chosson, d’Areva NP, pour son étude expérimentale et modélisation du comportement en fluage sous pression interne d’une gaine en alliage de zirconium oxydée en atmosphère vapeur. Il a préparé sa thèse au Service de recherches métallurgiques appliquées du CEA. Son travail de grande qualité, en partie inédit, porte sur l’étude du comportement des crayons de combustible des réacteurs à eau pressurisée en situation d’accident par perte de réfrigérant primaire (APRP), plus particulièrement sur l’incidence sur le fluage de la gaine de son oxydation par la vapeur à haute température.

Le prix SFEN de l’information du public

Le prix, remis par Christian Bataille et André Aurengo, a couronné deux dossiers ex aequo.

Le premier salue la création du centre InfoDEM par l’équipe communication du CEA à Marcoule, animée par Cédric Garnier. Installé dans la nef du premier réacteur électrogène français, InfoDEM est un espace d’information sur le démantèlement des installations nucléaires du CEA. Sur 800 m², le parti pris muséal et pédagogique permet de répondre à toutes les questions du public et de retracer l’histoire de la filière nucléaire et du site de Marcoule. La R&D est également mise en valeur avec une salle d’immersion de simulation 3D en relief. L’Espace InfoDEM est ainsi une vitrine technologique s’adressant aux professionnels, visiteurs étrangers, élus, enseignants, étudiants, média… C’est aussi une réponse aux questions sur la gestion des déchets.

Le second lauréat est Corinne Petitprez, responsable communication santé à la direction de la communication d’EDF, accompagnée des professeurs Bey, Schlumberger et Gérard, pour une campagne originale destinée aux professionnels de santé et au grand public.

Dans un contexte de foisonnement d’information et de circulation de données non validées, c’est en premier lieu aux professionnels de santé que le public s’adresse pour s’informer : médecins généralistes, chirurgiens-dentistes, pharmaciens, infirmier-es… Or, ces professionnels ne disposent pas toujours des dernières informations validées sur les utilisations et les effets des rayonnements ionisants, problématique récurrente du nucléaire médical et industriel.

Le programme « Information et santé » a permis une information très complète des professionnels pour leur permettre de répondre au public avec des conférences, des films d’animation, des sites Internet et plusieurs chroniques radiophoniques didactiques.

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Le Grand Prix SFEN remis à une équipe EDF/CEA/AREVA/IRSN

Le prix SFEN de l’innovation technologique

Le Comité des prix SFEN souhaite, avec ce nouveau prix, reconnaître l’importance de l’innovation dans le nucléaire, soulignant ainsi son caractère d’énergie d’avenir.

L’équipe d’EDF R&D, constituée de Pierre-Louis Filiot, Nicolas Paul, Eve Dufossé et Vincent Le Guen, a développé un outil d’aide aux opérateurs chargés du contrôle de positionnement des assemblages combustibles lors des opérations de déchargement-rechargement des réacteurs à eau pressurisée.

Les turbulences résultant du dégagement de chaleur par le combustible irradié rendent très difficile la lecture des repères d’identification des assemblages sur les séquences vidéo. À partir d’un modèle de turbulences, un algorithme de restauration restaurant la lecture en temps réel a été développé, apportant sûreté, confort et gain de temps lors des opérations de déchargement-rechargement. Le procédé est déployé sur l’ensemble du parc nucléaire français. Techway, PME française, exploite une licence consentie par EDF hors de son parc. Le procédé intéresse des exploitants et industriels de nombreux pays.

Une mention a été attribuée aux travaux qui ont permis la création du robot Charli, outil de découpe des LIPOSO (liaisons pompes/sommier à la base de la cuve de Superphénix) dans le cadre du démantèlement d’installations nucléaires. Damien Valot et Delphine Delvalle du Centre d’ingénierie de démantèlement des équipements nucléaire d’EDF, Marc Gosset, Ronan Warot, Pierre Lenoir et Bruno Rossin d’Areva sont à l’origine de ce nouvel outil.

Charli a été conçu pour pénétrer dans ces tuyauteries inaccessibles. Opérant à distance dans un environnement exigu, chaud et radioactif, en présence d’aérosols sodium et de projections, il découpe les tuyauteries par laser et libère le sodium des zones de rétention. La première découpe a été faite avec succès en novembre 2013. Le savoir-faire acquis profite à Éloïse, perche de découpe laser orbital dont les essais de qualification se sont déroulés à l’été. 


Jacques Gaussens, délégué général de la SFEN de 1986 à 1989, a notamment été membre de la direction de Framatome. 

Jean Bourgeois a dirigé le premier département de sûreté nucléaire du CEA en 1973. Il a élaboré la doctrine de sûreté nucléaire française. 

 Ingénieur de l’École Nationale Supérieure des Arts et Métiers, Pierre Boiron est l’ancien secrétaire général de l’Association française pour les règles de conception et de construction des chaudières électronucléaires (AFCEN). Il préside le Comité des prix SFEN depuis 1995. 

Le code RSE-M (Règles de Surveillance en Exploitation des Matériels Mécaniques des Ilots Nucléaires REP) définit les opérations de surveillance en exploitation. Il s’applique aux équipements soumis à pression équipant les centrales à eau pressurisée et les pièces de rechange qui leurs sont destinées.

http://chercheurs.edf.com/fichiers/fckeditor/Commun/Innovation/departements/DOC_EDF_PLAQUETTE_LNHE_Fr.pdf.pdf

Par la Rédaction