Newcleo séduit Wall Street et s’offre une entrée à 2,4 milliards de dollars
Newcleo prépare son entrée en Bourse via une fusion avec la SPAC NewHold Investment Corp III. Cette opération valorise la startup à 2,4 milliards de dollars et pourrait lui permettre de lever jusqu’à 429 millions de dollars. Portée par l’engouement de Wall Street pour le nucléaire avancé, la startup franco-italienne s’inscrit dans une dynamique plus large de financement du secteur aux États-Unis, tandis que l’Europe reste en retrait.
Avec 780 millions de dollars de financements privés levés depuis 2021, l’entreprise spécialisée dans les réacteurs rapides modulaires poursuit sa dynamique de levée de fonds. En mai 2026, Newcleo a annoncé son introduction en Bourse via une fusion avec NewHold Investment Corp III (NHIC), une société d’acquisition à vocation spéciale (SPAC).
Cette opération valorise l’entreprise franco-italienne, spécialisée dans les réacteurs rapides refroidis au plomb (LFR) et le cycle fermé du combustible MOX, à environ 2,4 milliards de dollars. L’opération pourrait générer jusqu’à 429 millions de dollars de produits bruts, issus de deux sources de financement complémentaires.
Une première tranche de 220 millions de dollars provient d’un private investment in public equity (PIPE), une vente réalisée en amont de l’introduction en bourse permettant à des investisseurs institutionnels de s’engager à acheter des actions de la société. Fixée à 10 dollars par action, cette opération a été sursouscrite, un signal généralement positif, traduisant une demande supérieure à l’offre d’actions.
229 millions de dollars provenant de la fiducie de la SPAC seront aussi ajoutés. Concrètement, la SPAC dispose d’un capital placé en fiducie (trust) lors de son introduction en bourse. Ces fonds sont ensuite utilisés pour financer l’acquisition de la société cible.
La New Hold Investment Corp III est orientée dans les technologies industrielles. C’est la première fois qu’elle investit dans une technologie nucléaire. Son portefeuille et acquisitions étaient plutôt dans les services industriels, ingénierie, gestions des déchets…
Wall Street s’emballe pour les startups du secteur
« Il ne s’agit pas seulement d’une étape majeure pour l’entreprise, mais d’un immense vote de confiance de Wall Street envers les infrastructures nucléaires avancées », se félicite dans un post LinkedIn Daniela Wilson, Responsable des opérations et du développement durable.
Elle ajoute : « Les marchés financiers commencent à reconnaître que les réacteurs avancés (comme les réacteurs rapides refroidis au plomb de Newcleo) sont indispensables à la construction d’économies bas carbone. » Le secteur nucléaire bénéficie d’un accueil très favorable à Wall Street. Newcleo suit ainsi la trajectoire de NuScale et Oklo Power, deux startups nucléaires entrées elles aussi en Bourse en 2024 et 2022.
La première, pionnière dans le développement de réacteurs modulaires, a bondi de 212 % en 2025 depuis le jour de son introduction en bourse en 2022. En début d’année 2026, le cours est repartie à la basse. La seconde, soutenue par Sam Altman d’OpenAI, a levé plus de 306 millions de dollars en mai 2024 et son titre a progressé de 480 % en quelques semaines.
La Maison Blanche a aussi joué un rôle important afin de sécuriser l’investissement grâce aux décrets de mai 2025 du président Donald Trump. Les autorisations pour les réacteurs avancés ont été simplifiées et le nucléaire modulaire désigné comme une priorité nationale, notamment pour la souveraineté.
Mais une Europe à la traîne
Aux Etats-Unis, les financements publics et les contrats étatiques ont contribué à créer un environnement favorable au développement de l’innovation nucléaire. Parallèlement, l’abondance des capitaux privés et l’appétit des investisseurs américains pour les technologies innovantes, qu’il s’agisse du nucléaire ou de l’intelligence artificielle, ont aussi contribué à cet essor.
De son côté, l’Europe accuse encore un certain retard. Plusieurs schémas de financement sont actuellement examinés par la Commission Européenne, notamment en France et en République tchèque. L’inclusion du nucléaire dans la taxonomie verte européenne lui permet déjà d’accéder à certaines sources de financement privées.
Toutefois, le secteur reste largement soutenu par des acteurs publics. À l’inverse, les marchés nord-américains offrent un accès plus large aux capitaux privés ce qui contribue à attirer les start-ups du nucléaire. La mise en place de dispositifs de soutien plus cohérents et d’incitations financières à l’échelle européenne pourrait renforcer l’attractivité du continent pour ces entreprises innovantes. ■