[Présidentielle 2027] Au colloque de l’UFE, les grands partis listent leurs positions sur le nucléaire
À un an de l’élection présidentielle de 2027, les principaux partis commencent à préciser leur vision de la politique énergétique. Lors d’un colloque organisé par l’UFE, leurs représentants ont présenté leurs premières orientations. Si tous misent sur une électrification croissante des usages, les divergences restent profondes sur la place que devra occuper le nucléaire.
Au colloque de l’Union Française de l’Electricité (UFE), le mardi 23 juin, les grands partis politiques candidats annoncés ou pressentis à la Présidentielle de 2027 ont dressé les grandes lignes de leurs projets énergétiques. Si l’électrification massive du pays ressort comme une ambition commune à tous les programmes, c’est sur la manière d’atteindre cet objectif que divergent les partis politiques. Du développement massif à la sortie programmée de l’atome, tour d’horizon (dans l’ordre alphabétique) des premières pistes des partis politiques.
Christophe Béchu (Horizons) : « Trois piliers : le nucléaire, les ENR et l’Europe »
Christophe Béchu, maire d’Angers et secrétaire général du parti politique d’Edouard Philippe Horizons, a assumé « une continuité avec la politique d’Emmanuel Macron ». Mais il assure également que « des champs nouveaux qui sont investis ». « Le nucléaire est une chance incroyable, qui nous permet de disposer d’un patrimoine produisant de l’énergie décarbonée mais où nous avons des enjeux de prolongation des centrales et d’investissements dans le nouveau nucléaire », a-t-il ainsi décrit. Sur les ENR, décrites comme étant des « compléments indispensables », l’ex-ministre de Transition écologique assure « une accélération sur le stockage et la flexibilité est indispensable ». Autre différence avec Emmanuel Macron, la volonté de « bénéficier d’une stratégie unique à 2050 qui fusionne la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), la Stratégie nationale bas carbone (SNBC) et le Plan national d’adaptation au changement climatique (Pnacc). En plus de donner de la visibilité aux acteurs, cela répond à une réalité : on ne peut plus dissocier ce qui relève de l’adaptation et de l’atténuation. »
Olivier Faure (PS) : « Le nucléaire autant que nécessaire, les ENR autant que possible »
« On ne peut pas dire que l’on souhaite une énergie pleinement souveraine et tout miser sur le cheval nucléaire en même temps », a lancé Olivier Faure, premier secrétaire du Parti Socialiste. Si le député de Seine-et-Marne n’a pas de réticence à parler du nucléaire, et propose de le développer, il revoit à la baisse les ambitions du gouvernement actuel. « Je ne poursuivrais certainement pas la construction du même nombre d’EPR qui sont proposés par le gouvernement. La perspective est plutôt de deux à quatre EPR2. » Ce repli est justifié, selon lui, par trois raisons : la question du traitement des déchets ; les enjeux de souveraineté, puisqu’« il n’y a plus d’extraction d’uranium en France depuis 2001 » et que la France demeure en partie dépendante pour l’enrichissement de l’uranium (1) ; enfin, la difficulté à exporter ces technologies. Olivier Faure a ainsi mis en avant les difficultés d’EDF à remporter des appels d’offres européens, ainsi que les discussions bloquées en Inde. Pour autant, « j’estime que nous devons avoir assez de nucléaire pour éviter un shutdown à la française, mais il faut en parallèle continuer de faire tous les efforts possibles dans le secteur des renouvelables ».
Bruno Retailleau (LR) : « Miser sur l’atout que nous avons : le nucléaire »
Le président des Républicains Bruno Retailleau veut miser sur « un socle nucléaire qui est extraordinaire ». « Nous sommes le grenier à électrons de l’Europe et nous possédons des fleurons publics et privés que le monde nous envie. Mais depuis 15 ans, ces atouts ont été considérablement affaiblis pour des raisons idéologiques plus que scientifiques », a lancé le sénateur de la Vendée. Il prend pour exemple la fermeture de Fessenheim : « ce sont les Français qui en paient le coût ». Ou encore l’arrêt du programme Astrid, que le candidat compte relancer pour « faire de l’économie circulaire du nucléaire une réalité ».
Bruno Retailleau a aussi pris d’autres engagements concernant le nucléaire. D’abord, « je pousse au maximum la trajectoire de durée de vie des réacteurs. Je poursuis le programme EPR2, déjà avec la première tranche de 6 réacteurs. » Le candidat souhaite aussi arrêter les projets d’interconnexion « car l’Europe souhaite que nous amortissions l’intermittence de nos voisins avec notre parc nucléaire ». En parallèle, le candidat des Républicains souhaite mobiliser jusqu’à 4 GW de nouvelles capacités hydroélectriques et arrêter les subventions aux énergies renouvelables. L’objectif final : doubler la place de l’électricité dans le mix d’ici 20 ans.
Fabien Roussel (PCF) : « Nous avons un avantage compétitif énorme avec l’électricité nucléaire »
« La bataille pour le climat ne doit pas s’opposer à l’amélioration de la qualité de vie de nos concitoyens. Cela passe par l’implantation d’entreprises qui ont besoin de l’énergie nucléaire », a expliqué Fabien Roussel, secrétaire national du Parti Communiste Français. « Le nucléaire est la possibilité pour la France de multiplier l’atout que nous avons déjà aujourd’hui. Nous produisons de l’électricité décarbonnée, pilotable et stable, c’est de cela dont nos entreprises et les Français ont besoin. » En plus de militer pour augmenter les capacités de production nucléaire, Fabien Roussel veut aussi investir « dans la recherche avec le soutien du projet d’Iter et la relance du programme Astrid, mais aussi travailler sur les EPR de nouvelles générations qui géreront mieux les périodes de canicules et les besoins de refroidissement. » En parallèle, le PCF souhaite sortir du « marché spéculatif de l’électricité pour retrouver la possibilité de fixer des prix. Avec cette stratégie nous pensons pouvoir abaisser de 30 à 40 % la facture pour les ménages et les entreprises. » De quoi attirer de nouveaux investissements industriels.
Agnès Pannier-Runacher (Renaissance) : « Produire plus, consommer moins et profiter de la surproduction d’électricité »
Pour l’ex-ministre de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher, le candidat Gabriel Attal s’inscrit pleinement dans la lignée de la politique d’Emmanuel Macron. « Nous sommes un champion des énergies qu’elles soient renouvelables ou nucléaires. Donc notre position est celle de la neutralité technologique. Ce qui nous intéresse c’est qu’elles soient pilotables, bas carbone et surtout compétitives économiquement. » Sans plus s’étendre sur le sujet nucléaire, la députée du Pas-de-Calais s’est surtout exprimée sur les questions en rapport avec le marché de l’électricité : création de nouvelles filières énergétiques (batteries, hydrogène, géothermie), révision des tarifs heures pleines/heures creuses, ou encore développement de la pilotabilité des moyens de production ENR, vigilance sur le paquet interconnexion de l’Union européenne.
Jean-Philippe Tanguy (RN) : « Un parc nucléaire massivement développé »
Si Jean-Philippe Tanguy, président délégué du groupe Rassemblement National à l’Assemblée, estime « ne pas parier sur le tout nucléaire », l’atome représente l’un des axes majeurs de la politique énergétique de son parti. « Puisque l’on veut doubler la part de l’industrie dans le PIB français d’ici à 2050, il faut environ 200 TWh d’électricité supplémentaire. D’où le parc nucléaire massivement développé. À savoir deux chantiers de cinq paires d’équivalent EPR2 et le plus rapidement possible passer à la 4e génération. » Sur ce dernier point, le député de la Somme s’est emporté sur l’arrêt de Superphénix, qui a fait « perdre à la France 50 ans d’avance et donner l’avantage à la Chine et à la Russie ». Plus globalement, sur le marché de l’électricité, le RN souhaite revenir à une position proche de celle avant la libéralisation du marché. « La France doit reprendre les rênes de sa production, de la fixation des prix, et de la concurrence interne au marché français. EDF reprendra le contrôle total de RTE et d’Enedis et d’une manière générale une simplification du marché de l’électricité qui sera verticale. » De quoi réduire la facture d’un tiers pour les ménages et d’un quart pour les entreprises.
Marine Tondelier (Les Ecologistes) : « Nous proposons donc le 100 % renouvelables à terme »
« Pour nous, le nucléaire n’est pas une option viable, ni une alternative crédible. Il est trop cher et trop lent pour attendre la neutralité carbone. Les ERP2 ne seront pas livrés avant 2040 ou 2050, alors que nos objectifs de Paris sont fixés à 2030 et que Flamanville 3 a eu énormément de retard », a expliqué Marine Tondelier, secrétaire nationale d’Europe, Ecologie, Les Verts. En plus des problématiques de calendrier du dernier projet nucléaire français, la candidate estime que l’uranium n’est pas compatible avec un système énergétique souverain : « Aujourd’hui nous n’importons pas l’uranium de pays alliés. » Attention cependant : « On a bien conscience qu’il y a un effet falaise, donc si un écologiste arrive à la présidence, on ne fermera pas tout de suite toutes les centrales. Il faudra d’abord déployer le plus vite possible les énergies renouvelables. »
Aurélie Trouvé (LFI) : « Nous pensons qu’à terme il faut une sortie du nucléaire »
« Nous partageons tous un objectif : la sécurité de l’approvisionnement, ce qui demande une sortie à terme des énergies fossiles, pour être indépendant », a commencé la députée LFI de Seine-Saint-Denis Aurélie Trouvé. « Cela demande une électrification massive de notre appareil productif. On ne peut pas laisser la décarbonation dans les mains d’actionnaires de multinationales, qui ne la déclenchent pas à temps et pas suffisamment. » Pour tenir ces objectifs d’électrification, LFI compte s’appuyer sur les énergies renouvelables, « domaine dans lequel nous avons pris beaucoup de retard. Nous regrettons qu’il n’y ait pas plus d’ambition. » « Nous pensons qu’à terme il faut une sortie du nucléaire », a-t-elle continué.
Dominique de Villepin (La France Humaniste) : « Un pacte productif avec les six EPR2 »
L’ex-Premier ministre Dominique de Villepin ne s’est pas étendu sur les mesures concernant le nucléaire, bien qu’il ait indiqué sa volonté de poursuivre le programme EPR2. Pour le candidat, « il faut changer de méthode pour tenir le cap de l’électrification ». « D’abord, il faut partir de la facture. C’est elle qui doit commander notre système. Avoir un prix de l’électricité qui suit le prix du gaz est un non-sens, alors que notre électricité est produite par l’essentiel par le nucléaire. » Ainsi Dominique de Villepin s’est étendu sur des sujets liés au marché de l’électricité. Au programme : suppression des CEE, fixation d’un « prix juste » du carbone, aide à l’électrification par les véhicules électriques ou les PAC. Finalement, le candidat appelle à la création d’un « pacte territorial pour que les investissements dans les infrastructures électriques retombent à l’avantage des citoyens ». ■
Par Simon Philippe, Sfen
Image : MEHDI FEDOUACH / AFP
(1) La Sfen et la RGN ont produit plusieurs travaux pour expliquer que la France n’a aucune dépendance en matière de cycle du combustible.