Les développeurs de SMR chahutés par la spéculation sur les marchés financiers
Après leur envolée spectaculaire en 2025, plusieurs entreprises américaines développant de petits réacteurs ont perdu une grande partie de leur valeur en Bourse. Faibles revenus, lourdes dépenses et calendriers industriels ambitieux alimentent les doutes, amplifiés par les vendeurs à découvert et les interrogations entourant la croissance de l’intelligence artificielle.
La « bulle » des SMR serait-elle en passe de se dégonfler ? Après avoir atteint des sommets en 2025, la valeur boursière de certains développeurs nord-américains, entre autres NuScale Power et Oklo, a dévissé de près de 80 %. Une glissade attribuable à une évaluation plus critique des perspectives financières de ces entreprises encore loin d’atteindre l’équilibre, mais qui reflète aussi la maturation progressive d’un secteur qui doit prouver sa valeur dans la course technologique aux énergies bas carbone.
L’analyse des bilans donne quelques indications sur la source des inquiétudes des investisseurs. NuScale Power a reporté seulement 75 000$ de revenus au deuxième trimestre de cette année, à contraster avec 100M$ de pertes nettes depuis début 2026. Chez Oklo, le blog d’analyse financière Seeking Alpha a relevé 1,2M$ de revenus pour 48,5M$ de pertes sur ce même deuxième trimestre. Ce déséquilibre s’explique par les importants coûts de développement de leurs produits, qui ne seront rentabilisés qu’après avoir atteint le stade de commercialisation. Cependant, les attentes sont d’autant plus importantes à mesure que ces sociétés accumulent les pertes en parallèle d’une très haute valorisation de leur potentiel -NuScale ayant dépassé à son pic les 10Mds$ de capitalisation totale, et Oklo les 20Mds$.
Plusieurs facteurs ont contribué à tempérer l’enthousiasme. Le boom des SMR est en large partie connecté à celui du secteur de l’IA. Or, outre des doutes sur la viabilité des nouveaux géants de l’IA eux-mêmes, cette opportunité dépend de la capacité des développeurs à atteindre à très court terme leurs objectifs de commercialisation, ou risquer d’être supplantés par d’autres sources d’énergie (principalement le gaz naturel). De plus, la contestation croissante de l’implantation des data centers aux États-Unis pourrait freiner tout l’écosystème.
L’horizon d’une valorisation plus raisonnable et moins turbulente
Le scepticisme des marchés est amplifié par la vente à découvert (ou short selling), pratique permettant de parier sur la baisse des cours des développeurs de SMR. Le Financial Times rapporte que les spéculateurs auraient ainsi gagné plus de 2Mds$ sur un an et que le mouvement touche aussi les nouvelles valeurs rentrées en bourse en 2026, comme l’américain X-Energy. Le site d’analyse financière Bar Chart signale que les entreprises ont amorcé un début de contre-feu dans leur communication aux investisseurs, notamment lors de l’annonce des résultats semestriels de NuScale Power.
Que dit cette dégringolade des perspectives réelles de ces start-ups ? Les plus grandes peuvent s’en inquiéter en se félicitant d’avoir assuré leurs arrières au moment opportun : Oklo a ainsi multiplié par sept sa trésorerie grâce à des levées de fonds l’an dernier. En parallèle certains signaux positifs peuvent contribuer à rassurer les investisseurs, comme les différentes politiques de soutien initiées par l’administration Trump ou l’accord signé en janvier 2026 par Meta, qui a accepté de participer au financement du développement des SMR d’Oklo et de Terra Power.
La cotation en bourse ouvre aux start-ups un réservoir de financement essentiel pour leur croissance, mais les expose à des cycles alimentés par l’enthousiasme et les doutes des investisseurs. L’intérêt pour le potentiel des SMR a d’abord été dirigé vers un petit nombre de valeurs qui bénéficiait aussi de signaux économiques et politiques favorables. La glissade récente reflète ainsi des interrogations légitimes sur la capacité de ces entreprises à surfer sur la conjoncture, mais aussi un élargissement progressif de l’offre, avec trois nouvelles introductions en bourse au premier semestre 2026 (X-Energy, Deep Fission, Hadron Energy), et une concurrence accrue des start-ups de la fusion dans les financements privés. Dans ce contexte, les prochains cycles frapperont différemment ceux qui ont réussi à tenir leurs promesses et ceux qui tardent à le faire. ■