Pour la première fois, l’ASNR ouvre ses portes au grand public - Sfen

Pour la première fois, l’ASNR ouvre ses portes au grand public

Publié le 2 octobre 2026

Drones de mesure, radioactivité à mesurer soi-même, accidents nucléaires ou changement climatique… Le 10 octobre, l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection ouvrira pour la première fois son siège au grand public. Une initiative légère en apparence, mais qui s’inscrit dans une histoire beaucoup plus profonde : celle de la transparence devenue, en vingt ans, une composante à part entière de la sûreté nucléaire française.

On connaît les journées portes ouvertes des centrales, des laboratoires ou des usines. Celles d’une autorité de contrôle sont moins courantes. Le samedi 10 octobre, l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) accueillera pourtant, pour la première fois, le grand public dans son siège de Montrouge, au sud de Paris. L’événement, organisé dans le cadre de la Journée nationale de la résilience, veut donner à voir les coulisses de la sûreté nucléaire et de la radioprotection.

Et pour une autorité souvent associée aux inspections, aux décisions techniques et aux avis d’expertise, le programme prend parfois une tournure assez concrète. Les visiteurs pourront notamment découvrir les véhicules, drones et robots utilisés pour mesurer la radioactivité ou une éventuelle contamination. Le projet OpenRadiation permettra aussi de s’essayer directement à la mesure de la radioactivité dans l’environnement.

À cela s’ajouteront jeux, quiz, animations multimédias et une exposition consacrée à la radioactivité, à ses usages, à ses risques ainsi qu’à ses effets sur la santé et l’environnement. Des experts de l’Autorité seront présents pour échanger directement avec les visiteurs.

De Tchernobyl au changement climatique

Pour ceux qui voudront pousser plus loin, l’ASNR a aussi prévu plusieurs conférences. Les sujets donnent un assez bon aperçu de l’étendue de ses missions : fonctionnement d’une centrale nucléaire, enseignements des accidents de Three Mile Island, Tchernobyl et Fukushima, sûreté face au changement climatique ou encore perception des risques liés à la radioactivité par les Français.

L’exercice ne consiste donc pas seulement à montrer quelques instruments de mesure. Il s’agit aussi d’expliquer comment une autorité indépendante appréhende des questions souvent techniques, parfois sensibles, et auxquelles le public n’est généralement confronté qu’à l’occasion d’un incident, d’une controverse ou d’un grand débat sur le nucléaire.

Cette première journée portes ouvertes intervient d’ailleurs à un moment symbolique. La France célèbre cette année les vingt ans de la loi du 13 juin 2006 relative à la transparence et à la sécurité en matière nucléaire, plus connue sous le nom de loi TSN.

Vingt ans de transparence nucléaire

Le terme de « transparence » n’est pas seulement une formule employée par les acteurs du secteur. La loi TSN en donnait dès son premier article une définition précise : l’ensemble des dispositions permettant de garantir au public une information « fiable et accessible » en matière de sécurité nucléaire. Elle consacrait également le droit de chacun à être informé sur les risques liés aux activités nucléaires et leurs impacts sur la santé, la sécurité et l’environnement.

Le texte de 2006 a profondément structuré le paysage français. Il a notamment créé l’Autorité de sûreté nucléaire comme autorité administrative indépendante, donné une assise législative aux commissions locales d’information (CLI) et créé le Haut Comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire (HCTISN).

Vingt ans plus tard, l’ASNR, née en 2025 de la réunion de l’ASN et de l’IRSN, revendique cette continuité. Elle publie ses décisions, ses avis et les lettres de suite de ses inspections, tout en développant consultations, échanges avec les parties prenantes et dispositifs de dialogue avec la société. Dans un communiqué publié en juin pour les vingt ans de la loi TSN, l’ASNR, le HCTISN et l’ANCCLI allaient même plus loin : selon eux, « la transparence n’est pas un supplément de la sûreté : elle en est une condition ».

L’enjeu concerne d’ailleurs toute la filière. Les exploitants sont eux aussi soumis à des obligations d’information, tandis que les CLI assurent autour des installations nucléaires une fonction locale de suivi, d’interrogation et d’information du public. La transparence nucléaire française s’est ainsi progressivement construite comme un système associant autorité de contrôle, exploitants, experts, élus, associations et citoyens. ■

Par Ludovic Dupin, journaliste Sfen

Image : expérimentation de mesure de radioactivité avec l’ASNR – ©ASNR