Italie : le retour du nucléaire ouvre une nouvelle porte à la filière française
Près de quarante ans après avoir tourné le dos à l’atome, l’Italie vient d’adopter une loi organisant son retour au nucléaire. Un changement majeur qui doit encore être traduit en règles concrètes, mais sur lequel EDF et Nuward se positionnent déjà. Rome rejoint ainsi plusieurs pays européens qui, depuis quelques années, relancent ou développent de nouveaux programmes nucléaires.
« Après presque quarante ans, l’Italie dispose de nouveau d’un cadre réglementaire pour produire de l’énergie nucléaire. Un choix courageux et de bon sens », a assuré Giorgia Meloni lors du vote d’une loi très attendue. La présidente du Conseil italien poursuit : « Aujourd’hui, nous importons de l’électricité produite par les centrales nucléaires des pays voisins, mais nous ne pouvons pas la produire nous-mêmes. Cette loi sert à changer les choses. »
Le Parlement italien a définitivement adopté le texte le 23 septembre par 81 voix contre 51 et sept abstentions au Sénat. Devenue la loi n° 169 du 29 septembre 2026, la « délégation au gouvernement en matière d’énergie nucléaire durable » a été publiée au Journal officiel italien le 30 septembre et entrera en vigueur le 15 octobre.
Toutefois, l’Italie ne vient pas de décider la construction d’une centrale, ni même de choisir une technologie ou de sélectionner un site. Il s’agit d’une loi d’habilitation donnant au gouvernement le pouvoir d’élaborer le cadre permettant à nouveau le développement du nucléaire. Le texte prévoit notamment un programme national, la mise en place d’une autorité de sûreté indépendante, un cadre pour la gestion du combustible usé et des déchets, ainsi que pour la recherche et le développement.
Quarante ans après, un changement de cap
Le retournement est considérable pour un pays qui avait été l’un des pionniers du nucléaire civil européen dès les années 1960 avant d’y renoncer. Après l’accident de Tchernobyl, le référendum de 1987 ouvre la voie à la sortie du nucléaire. Les deux derniers réacteurs, Caorso et Trino Vercellese, ferment en 1990. Une première tentative de relance sera ensuite interrompue à la suite de la catastrophe de Fukushima en 2011.
Quinze ans plus tard, le contexte politique et énergétique a profondément changé. Depuis 2023, le gouvernement italien travaille à la possibilité de réintroduire le nucléaire dans le mix électrique. Pour Gilberto Pichetto Fratin, ministre de l’Environnement et de la Sécurité énergétique et principal porteur du texte, il ne s’agit justement pas de revenir au système énergétique d’hier : « Le nucléaire n’est pas un retour vers le passé : c’est une technologie gagnante qui, avec les renouvelables, peut produire des résultats extraordinaires pour notre sécurité énergétique, sur la voie de la neutralité en 2050. »
EDF revient en Italie, mais cette fois avec Nuward
Pour la filière française, ce retour italien représente une opportunité. En février 2009, alors que le gouvernement Berlusconi préparait déjà une relance du nucléaire, EDF et Enel avaient noué un partenariat industriel. Ensemble, ils étudièrent la faisabilité d’au moins quatre EPR en Italie. Le programme prévoyait alors une première mise en service autour de 2020. Le référendum organisé en Italie après Fukushima, en 2011, mettra fin à cette ambition.
Dix-sept ans plus tard, EDF est de nouveau présent, cette fois avec son futur SMR développé par Nuward. En juin 2026, EDF et Nuward ont signé une déclaration d’intention avec huit entreprises italiennes, dont Edison, Ansaldo, Saipem ou encore Webuild, afin de préparer le développement et le déploiement du réacteur français.
Surtout, la stratégie ne consiste pas simplement à exporter en Italie un réacteur conçu et fabriqué en France. Nuward présente le futur marché italien comme une occasion de constituer une chaîne de valeur industrielle européenne. « Au-delà du déploiement d’un premier réacteur, cette dynamique crée des opportunités concrètes pour l’industrie italienne de contribuer au développement de la technologie et d’intégrer la chaîne de valeur du futur programme européen de SMR », souligne ainsi l’entreprise sur LinkedIn.
C’est l’un des atouts particuliers du dossier italien. Le pays ne produit plus d’électricité nucléaire depuis plus de trente ans, mais il n’a jamais complètement quitté l’industrie nucléaire. Des groupes comme Ansaldo Nucleare, Saipem ou Walter Tosto ont conservé des compétences et interviennent dans des projets internationaux.
La situation rappelle d’ailleurs celle de 2009. À l’époque déjà, EDF et Enel avaient associé Ansaldo au programme EPR et engagé un travail d’identification et de qualification d’entreprises italiennes susceptibles de participer à la chaîne d’approvisionnement.
L’Italie pourrait ainsi devenir à la fois un premier marché et une base industrielle pour le projet français. Rien n’est cependant acquis : Rome n’a encore sélectionné aucune technologie et le marché italien attirera nécessairement d’autres porteurs de projets.
L’Italie rejoint un mouvement européen plus large
Le cas italien est particulièrement spectaculaire parce que le pays avait abandonné deux fois la perspective nucléaire. Mais il s’inscrit dans une transformation plus large du paysage européen.
La Belgique a elle aussi profondément modifié une politique de sortie engagée vingt ans auparavant. La loi de 2003 organisait l’arrêt progressif des centrales et interdisait de fait de nouvelles capacités. Après avoir décidé la prolongation de Doel 4 et Tihange 3, la Chambre des représentants a adopté en mai 2025 une loi supprimant le principe de sortie du nucléaire, par 102 voix contre 8 et 31 abstentions.
La Suède est déjà passée à l’étape suivante : celle du financement. Depuis août 2025, les développeurs de nouveaux réacteurs peuvent demander des prêts publics et des contrats pour différence. La Pologne construit de son côté son premier programme électronucléaire autour de trois AP1000 de Westinghouse, représentant environ 3,75 GW.
D’autres réflexions ou projets émergent également chez de nouveaux entrants ou dans des pays qui réexaminent leur position, notamment au Danemark, en Norvège, en Lituanie ou encore en Croatie. ■