Le Cossen, sentinelle de la sécurité nucléaire française - Sfen

Le Cossen, sentinelle de la sécurité nucléaire française

Publié le 30 septembre 2026

Créé en 2016, le Commandement spécialisé pour la sécurité nucléaire (Cossen) est devenu un acteur central de la sécurité nucléaire française. Dix ans après sa création, la relance du nucléaire a renforcé d’autant son rôle dans la filière.

Note : Cet article a été publié initialement dans la RGN 2026-2 Été 2026.

Pour comprendre l’architecture de la protection globale des activités nucléaires françaises, il convient de distinguer les notions de sûreté et de sécurité. La sûreté nucléaire s’entend comme l’ensemble des dispositions techniques et mesures organisationnelles prises en vue de prévenir les accidents ou d’en limiter les effets pour les installations nucléaires de base et les transports des substances radioactives1. Sa définition dans le code de l’environnement est incluse dans celle, plus large, de la sécurité nucléaire. La sécurité nucléaire est plus précisément définie dans le code de la défense comme visant à protéger les installations et matières nucléaires contre les menaces liées aux vols, pertes, détournements susceptibles de permettre la confection d’une arme nucléaire ou risque d’agression terroriste2.

L’organisation de cette sécurité globale repose sur deux piliers complémentaires: l’ASNR pour la sûreté et la radioprotection, et une organisation ministérielle intégrée, complétée depuis 2016 par le Commandement spécialisé pour la sécurité nucléaire (Cossen), créée pour assurer la protection des installations et des matières nucléaires contre les actes de malveillance. Constitué initialement pour répondre à un besoin d’accroissement de la protection physique des sites et de contrôle de leurs accédants, le Cossen prend aujourd’hui en compte les évolutions qui touchent la filière nucléaire, qu’il s’agisse de la relance de celle-ci ou de la multiplication des crises et des conflits.

Le Cossen, dix ans après sa création, arrive à un niveau de maturité certain. Ses relations, tant avec les acteurs institutionnels qu’industriels, en font un lieu d’échanges et de partages dans une optique de poursuite d’élévation du niveau de la sécurité nucléaire civile.

Du 11 septembre aux intrusions dans les centrales

Les attentats du 11 septembre 2001 ont profondément changé la perception et la gestion des menaces, notamment à caractère terroriste pour passer d’une logique ponctuelle et policière à une approche préventive et permanente de sécurité globale.

La France a ainsi repensé la lutte anti-terroriste, traduisant celle-ci dans différents plans élaborés par le Secrétariat général pour la défense et la sécurité nationale (SGDSN)3. Cette réflexion a été particulièrement poussée pour la protection des sites sensibles et notamment pour le nucléaire du fait du caractère inacceptable des conséquences qu’un événement survenant dans ce domaine pourrait avoir sur l’homme et l’environnement.

La structuration de l’État s’est effectuée sur le volet réglementaire avec deux dimensions. D’une part, la mise en place d’un dispositif interministériel de sécurité des activités d’importance vitale4, visant à assurer la protection d’opérateurs publics ou privés identifiés comme indispensables pour la continuité d’activité de la Nation ou pouvant présenter un danger grave pour la population en cas d’agression. D’autre part, l’élaboration d’une réglementation relative à la « protection et au contrôle des matières nucléaires, de leurs installations et de leurs transports » (PCMNIT)5 qui prend en compte également la nécessité de prévenir les actes de sabotage. La mise en œuvre de ces dispositifs a conduit à un renforcement de la protection physique des sites nucléaires pour passer d’une logique de protection contre les vols à une logique de protection contre la malveillance terroriste. La survenue de plusieurs intrusions de militants écologistes dans des centrales nucléaires au début des années 2010, a néanmoins interrogé sur l’apparente facilité d’entrer sur ces sites. Des inspections interministérielles ont alors été menées et ont conclu à l’identification d’un besoin de coordination des acteurs institutionnels dans le domaine et d’harmonisation des politiques de sécurité appliquées. S’appuyant sur ces préconisations, le Plan d’action contre la radicalisation et le terrorisme (PART) de 2016 a promu la « création d’un service à compétence nationale destiné à compléter le dispositif de protection des sites nucléaires civils ». Ce service, le Cossen, créé par arrêté cosigné des ministres de l’Intérieur et de l’Énergie le 20 juillet 2016 a été érigé en service à compétence nationale par décret du 20 avril 20176. Placé à la croisée des compétences du ministère de l’Énergie et du ministère de l’Intérieur, le Cossen assure la coordination nécessaire à la prise en compte globale des enjeux de sécurité nucléaire.

Connaître, anticiper, protéger

Le Cossen a trois missions principales, exercées au profit des opérateurs du nucléaire et des acteurs institutionnels nationaux ou locaux : connaître et suivre l’ensemble des accédants aux sites nucléaires, collecter les événements survenant dans les entités rattachées à la filière nucléaire, et améliorer la réponse des forces de sécurité intérieure en lien avec ces mêmes événements. Ainsi, en tant que pôle d’expertise pour la sécurité du nucléaire civil répondant au ministère de l’Intérieur, le Cossen collecte, centralise, analyse, synthétise et diffuse le renseignement relatif aux menaces. Le traitement de ces informations lui permet d’identifier d’éventuels signaux faibles et d’en rendre compte aux services compétents qui peuvent ensuite diligenter des mesures complémentaires. Ces missions donnent au Cossen une connaissance fine de l’écosystème nucléaire, mise au service de la prévention des menaces et de la diffusion d’une culture commune de sécurité, comprise comme étant bien l’« affaire de tous ». De plus, le Cossen développe l’expertise des personnels de la gendarmerie et de la police nationales impliqués dans les missions nucléaires. Il concourt notamment à la préparation et au déroulement des exercices réguliers durant lesquels sont testés les dispositifs de sécurité mis en place par les opérateurs contre différentes menaces. Il évalue la réponse des forces de sécurité intérieure qui complète la primo-intervention de l’opérateur. Il conseille également les autorités nationales et locales dans l’élaboration de la planification de défense et de sécurité nationale. La diversité de ses missions et de ses interlocuteurs a permis au Cossen de développer une expertise originale à la croisée de trois domaines : la sécurité, le renseignement et le nucléaire. S’y ajoute une acculturation juridique de tous les personnels, le droit étant prégnant pour la sécurité nucléaire. Cette culture commune constitue aujourd’hui l’un de ses principaux atouts pour accompagner les opérateurs comme les autorités publiques face à l’évolution des menaces.

Relance nucléaire et nouvelles menaces

La filière nucléaire connaît une nouvelle phase de développement, impulsée par le président de la République dans son « Discours de Belfort » de février 2022. Cette dynamique transforme profondément la filière : les grands industriels lancent de nouveaux projets, tandis que de nombreuses PME et start-up rejoignent l’écosystème nucléaire. L’activité du Cossen augmente donc par voie de conséquence avec de nouveaux accédants à la filière à prendre en compte, des entreprises à familiariser avec la culture de sécurité nucléaire et potentiellement de nouveaux territoires concernés par les planifications de protection. Ces PME qui rejoignent aujourd’hui la supply chain nucléaire forment ainsi ce qui pourrait être qualifié de « Base industrielle et technologique du nucléaire » (BITN).

Concomitamment, le contexte international se tend, marqué par une multiplication des conflits, des attaques hybrides et de la concurrence débridée. Ainsi, parallèlement aux menaces physiques et notamment terroristes qui restent élevées, d’autres émergent, alimentées par l’utilisation des systèmes d’information, telles que les menaces informationnelles et réputationnelles auxquelles le secteur nucléaire est particulièrement sensible.

Créé pour renforcer la protection des sites nucléaires civils après les intrusions du début des années 2010, le Cossen est devenu en dix ans un acteur central de la sécurité nucléaire française. Il participe à la consolidation de l’« équipe de France régalienne de la sécurité nucléaire » sous l’égide du département ministériel de la Sécurité nucléaire (DSN) et aux côtés de la Direction de l’expertise nucléaire de défense et de sécurité (DEND). Son rôle est appelé à se renforcer afin de maintenir un haut niveau de protection des installations, des matières nucléaires et de l’ensemble de la filière. ■

Par le général de division Jean-Valéry Lettermann, directeur du Cossen

Image : Le Général de division Jean-Valéry Lettermann, directeur du Cossen, lors d’une visite à Iter – ©Cossen

  1. Article L591-1 du Code de l’environnement.
  2. Article R.133-1 du Code de la défense : « la “sécurité nucléaire” désigne la protection et le contrôle des matières nucléaires et des activités associées contre les actes de malveillance et les pertes. Tout acte pouvant faciliter ou visant le vol ou le détournement de matières nucléaires, notamment dans un but de prolifération nucléaire ou tout acte pouvant faciliter ou visant à produire des dommages, notamment un acte à caractère terroriste, est un acte de malveillance […] »
  3. Le SGDSN assiste le Premier ministre dans l’exercice de ses responsabilités en matière de défense et de sécurité nationale. Le champ d’intervention du SGDSN couvre l’ensemble des questions stratégiques de défense et de sécurité, dans le domaine de la programmation militaire, de la politique de dissuasion, de la sécurité intérieure concourant à la sécurité nationale, de la sécurité économique et énergétique, de la lutte contre le terrorisme et de la planification des réponses aux crises.
  4. Décret no 2006-212 du 23 février 2006 relatif à la sécurité des activités d’importance vitale.
  5. Article L1333-1 à L1333-14 du Code de la défense.
  6. Décret no 2017-588 du 20 avril 2017 portant sur la création d’un service à compétence nationale dénommé « Commandement spécialisé pour la sécurité nucléaire », cosigné par les ministères de l’Intérieur, de l’Énergie et de la Défense.