Pour la première fois, un pays européen envisage de prolonger ses réacteurs à 80 ans - Sfen

Pour la première fois, un pays européen envisage de prolonger ses réacteurs à 80 ans

Publié le 15 avril 2026 - Mis à jour le 4 mai 2026

L’électricien tchèque ČEZ envisage désormais de porter la durée d’exploitation de ses réacteurs nucléaires jusqu’à 80 ans, à Dukovany comme à Temelín. Une orientation soutenue politiquement pour la première fois en Europe.

Selon World Nuclear News, ČEZ a engagé des travaux préparatoires en vue d’une exploitation à long terme de ses installations nucléaires. Les quatre réacteurs de Dukovany (VVER-440), mis en service entre 1985 et 1987, sont directement concernés avec un objectif à 80 ans. Une extension similaire est à l’étude pour les deux unités plus récentes de Temelín (VVER-1000).

Les analyses menées par l’énergéticien concluent que la poursuite d’exploitation sur des horizons très longs est envisageable. « Les analyses économiques et de sécurité actuelles confirment qu’il sera possible d’exploiter Dukovany plus longtemps », indique le directeur général, Daniel Beneš. Il souligne par ailleurs que l’allongement de la durée de vie des centrales nucléaires constitue « une tendance mondiale ».

Cet objectif tchèque ne remet pas en cause la construction déjà engagée de nouveaux réacteurs dans le pays. « L’exploitation de Dukovany pendant une durée pouvant aller jusqu’à 80 ans ne vise pas à remplacer les nouvelles unités, mais constitue leur complément logique dans le cadre de la stratégie énergétique tchèque », précise le ministre de l’Industrie Karel Havlíček.

Appui du gouvernement

C’est la validation politique qui constitue la principale nouveauté en Europe. Jusqu’à présent, de tels horizons n’étaient pas absents des réflexions européennes, mais restaient confinés à des travaux d’expertise. La plupart des exploitants s’inscrivent aujourd’hui dans une logique de prolongation de 40 à 50 ans, avec un objectif croissant de 60 ans, qui devient la nouvelle référence.

Certaines initiatives commencent toutefois à repousser ces limites. En Finlande, la centrale de Loviisa Nuclear Power Plant a ainsi obtenu une prolongation d’exploitation jusqu’à 70 ans de fonctionnement.

En France, la trajectoire reste plus progressive. Les plus anciens réacteurs du parc existant sont en train d’être autorisés à 50 ans à l’occasion de leur visite décennale, avec l’objectif affiché par EDF d’atteindre au moins 60 ans à terme. Ce qui passera par des travaux sur les réacteurs liés en particulier à l’adaptation au changement climatique. Dans le même temps, les futurs EPR2, dont la décision d’investissement finale pour les trois premières paires est attendue fin 2026, sont conçus dès l’origine pour une durée de vie de 60 ans.

Les États-Unis en avance

Le contraste est d’autant plus marqué avec les États-Unis, où 23 réacteurs ont déjà obtenu une autorisation d’exploitation jusqu’à 80 ans dans le cadre des renouvellements de licence successifs. Surtout, l’industrie américaine commence à se projeter au-delà. L’hypothèse de réacteurs centenaires, capables d’atteindre 100 ans de fonctionnement, fait désormais l’objet de travaux et de discussions, à la fois techniques et économiques. ■

Par Ludovic Dupin, Sfen

Image : Centrale nucléaire de Dukovany en République tchèque – ©MICHAL CIZEK / AFP