Data centers, intelligence artificielle : EDF change d’échelle - Sfen

Data centers, intelligence artificielle : EDF change d’échelle

Partenariat avec Mistral AI, Gigafactory européenne, Data centers géants : en quelques jours, EDF a multiplié les annonces autour de l’intelligence artificielle. Une stratégie qui dépasse largement la fourniture d’électricité. Le groupe entend désormais se positionner comme un acteur de premier plan de l’écosystème français et européen de l’IA, en s’appuyant sur l’un de ses principaux atouts : l’électricité bas carbone et abondante.

La question des besoins énergétiques de l’intelligence artificielle s’impose dans le débat public. Derrière les modèles de langage, les assistants conversationnels ou les applications industrielles se cachent des infrastructures extrêmement gourmandes en puissance électrique : centres de données, supercalculateurs, réseaux de télécommunications et capacités de stockage.

Pour EDF, cette évolution représente une opportunité stratégique. À l’occasion du sommet Choose France, le groupe a ainsi enchaîné plusieurs annonces qui dessinent les contours d’une stratégie cohérente : attirer les investissements liés à l’IA en France, mettre à disposition des capacités électriques importantes, mais également utiliser l’intelligence artificielle pour renforcer ses propres activités industrielles.

Bouchain : EDF ouvre la voie à des data centers géants

L’annonce la plus spectaculaire concerne sans doute le site de Bouchain, dans le Nord. EDF a désigné le groupe japonais SoftBank comme attributaire pressenti pour développer sur l’emprise de l’ancienne centrale thermique un centre de données de grande puissance. Le projet prévoit dans un premier temps un data center de 400 MW, une échelle encore rare en Europe.

Cette opération s’inscrit dans une démarche plus large engagée par EDF depuis plusieurs mois : valoriser certains anciens sites industriels disposant déjà de raccordements électriques de forte capacité afin d’accélérer l’implantation de centres de données.

Dans un contexte où les délais de raccordement deviennent un facteur limitant pour les grands projets numériques, cette approche constitue un avantage compétitif majeur. La disponibilité d’une électricité abondante et exportatrice a constitué un élément déterminant dans la décision d’investissement de SoftBank en France.

Une candidature française à la future gigafactory européenne de l’IA

Quelques jours auparavant, EDF avait déjà rejoint le consortium AION, qui porte une candidature française dans le cadre du programme européen des AI Gigafactories.

Aux côtés d’Ardian, Orange, Iliad, Scaleway, Capgemini, Bull et Artefact, l’électricien participe à un projet visant à développer une infrastructure de calcul massive destinée à soutenir l’émergence d’une intelligence artificielle européenne.

L’objectif affiché est de répondre à un enjeu désormais largement partagé : l’Europe accuse un retard important face aux États-Unis et à la Chine dans les infrastructures de calcul de très grande puissance.

Le projet pourrait représenter jusqu’à 10 milliards d’euros d’investissement et atteindre à terme une puissance proche du gigawatt, soit l’équivalent de la production d’un grand réacteur nucléaire.

Mistral AI : l’IA au service du nucléaire

La stratégie d’EDF ne consiste toutefois pas uniquement à alimenter les infrastructures numériques. Le groupe a également annoncé la signature d’un partenariat avec Mistral AI afin de développer des outils d’intelligence artificielle destinés à ses propres métiers.

Les travaux porteront notamment sur l’ingénierie, la maintenance et la construction des futurs EPR2. Le partenariat prévoit également le développement d’agents conversationnels capables d’exploiter le vaste patrimoine documentaire accumulé par EDF au fil de plusieurs décennies d’exploitation et de construction nucléaires.

Pour Bernard Fontana, PDG du groupe, l’enjeu dépasse les seuls gains de productivité : « Ce partenariat avec Mistral AI permet de renforcer notre souveraineté numérique en développant une IA conçue au plus près de nos métiers, s’appuyant sur notre patrimoine de données et hébergée sur des infrastructures de confiance. L’objectif est clair : utiliser l’IA pour gagner en efficacité opérationnelle tout en garantissant la sûreté, la sécurité et la qualité. » ■

Par Ludovic Dupin, Sfen
Image : image générée par ChatGPT