France Libre, Barracuda, Invincible : TechnicAtome entre dans une décennie de charge historique - Sfen

France Libre, Barracuda, Invincible : TechnicAtome entre dans une décennie de charge historique

Avec un carnet de commandes inédit de 3,5 milliards d’euros, TechnicAtome entre dans une nouvelle phase de montée en puissance industrielle. Le spécialiste français des chaufferies nucléaires navales est désormais engagé simultanément sur trois grands programmes structurants : le porte-avions de nouvelle génération, les sous-marins nucléaires d’attaque Barracuda et le futur sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE 3G).

Dans un contexte de réarmement stratégique et de renforcement des capacités de défense françaises, TechnicAtome affiche des résultats 2025 en forte progression. Le groupe spécialisé dans la propulsion nucléaire navale annonce un chiffre d’affaires de 683 millions d’euros pour un résultat net de 84 millions d’euros. Surtout, l’industriel met en avant un carnet de commandes record de 3,5 milliards d’euros, dont 2,3 milliards enregistrés sur la seule année 2025.

« Ce sont des étapes majeures des programmes de la dissuasion qui nous engagent pour les dix prochaines années. Ces contrats représentent pratiquement 2 milliards d’euros de prises de commandes », a déclaré Nasrine Winther, directrice du développement et de la stratégie du groupe, lors d’une conférence de presse.

Trois grands programmes structurants

Cette dynamique repose principalement sur trois grands programmes de propulsion nucléaire navale actuellement conduits par TechnicAtome.

Le premier concerne le porte-avions de nouvelle génération (PANG) France Libre. Le navire sera équipé de deux chaufferies nucléaires de nouvelle génération baptisées K22. Entièrement nouvelles dans leur conception, elles devront permettre au futur porte-avions de conserver une vitesse de 27 nœuds malgré un déplacement proche de 78 000 tonnes, soit près du double de celui du Charles-de-Gaulle. L’autonomie visée est de dix ans entre deux rechargements de combustible.

Dans un communiqué, TechnicAtome décrit ces chaufferies comme une « prouesse de technologie et d’industrialisation », capable « d’emporter deux fois plus d’énergie dans un cadre de sûreté toujours aussi exigeant ». La phase d’avant-projet est désormais achevée et le programme est entré dans sa phase de conception détaillée.

Le deuxième grand chantier concerne les sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) Barracuda. Les SNA de classe Suffren doivent progressivement remplacer les sous-marins de type Rubis. Plus grands, plus endurants et plus discrets, ils bénéficient des performances offertes par leur propulsion nucléaire.

Sur les six sous-marins prévus, trois restent encore à livrer d’ici 2030. Le Suffren a été admis au service actif en 2022, le Duguay-Trouin en 2024 et le Tourville en 2025. TechnicAtome souligne maintenir un rythme soutenu avec le démarrage d’une chaufferie Barracuda environ tous les dix-huit mois. Le De Grasse, quatrième unité de la série, a ainsi vu diverger sa chaufferie nucléaire le 12 décembre 2025.

Enfin, le troisième programme stratégique concerne les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de troisième génération (SNLE 3G), destinés à succéder à la classe Le Triomphant à l’horizon 2035.

Selon TechnicAtome, la chaufferie du SNLE 3G s’inscrit dans la continuité technologique des chaufferies K15 équipant les SNLE actuels et les SNA Barracuda, tout en intégrant plusieurs innovations visant à améliorer les performances, la disponibilité, la durée de vie du cœur ainsi que le niveau de sûreté. La phase de conception détaillée est désormais terminée et la livraison du premier bâtiment est attendue pour 2037.

Maintenance, combustible et nouveaux marchés

Au-delà de ces grands programmes militaires, TechnicAtome poursuit également ses activités historiques de maintien en condition opérationnelle des chaufferies nucléaires navales, de fabrication des cœurs nucléaires et de gestion du cycle du combustible.

Le groupe regarde également vers de nouveaux marchés. Lors de cette conférence de presse, le PDG de TechnicAtome, Loïc Rocard, a confirmé l’intérêt de l’industriel pour la production de chaleur nucléaire industrielle. TechnicAtome avait notamment participé au projet de SMR Nuward aux côtés d’EDF avant de quitter le programme lors de la refonte de son design.

Autre évolution notable : le réacteur d’essais à terre RES, exploité à Cadarache depuis 2018 pour les essais de propulsion navale, doit également contribuer à la production de tritium à partir de 2027.

Une montée en puissance industrielle à sécuriser

Pour faire face à cette accumulation de programmes, TechnicAtome a présenté un plan stratégique à horizon 2035 visant à sécuriser les compétences, renforcer la visibilité industrielle de sa chaîne de sous-traitance et garantir l’exécution des contrats.

Le groupe travaille aujourd’hui avec environ 150 entreprises partenaires, dont 98 % sont françaises. Depuis sa création, TechnicAtome a conçu 22 chaufferies nucléaires embarquées. Un savoir-faire que seuls trois pays maîtrisent aujourd’hui : la France, les États-Unis et la Russie. ■

Par Ludovic Dupin, Sfen

Image : Représentation de la chaudière K22, dont deux unités propulseront le futur porte-avions France Libre – @Technicatome