EPR2 : EDF construit sa méthode pour tenir les délais
Pour ses futurs EPR2, EDF vise à terme une durée de construction de 70 mois par réacteur. Pour atteindre cet objectif, l’électricien a associé 35 entreprises à un travail de fond sur l’organisation des chantiers, la préfabrication, le montage et la logistique. Quelque 150 ateliers ont permis d’identifier 29 grandes pistes d’optimisation, désormais intégrées au programme. Une méthode nourrie notamment des retours d’expérience de Hinkley Point C et des chantiers nucléaires chinois.
Alors que les travaux préparatoires de Penly ont débuté en 2024 et avancent à grands pas, ceux de Gravelines ont reçu leur autorisation en août 2026. Une première étape pour ces chantiers pharaoniques au très long cours. « Le planning actuel pour Penly prévoit un premier béton en 2029, une mise en service à l’horizon 2036-2038, et de premiers électrons injectés sur le réseau en 2038 », souligne Henri Ansquer, responsable planning du programme EPR2 à EDF. Il intervenait dans un webinaire organisé par la Sfen en septembre dernier. L’objectif d’EDF est une durée de construction de 70 mois pour une unité, cible que l’entreprise entend atteindre sur le chantier du Bugey.
Tenir ces délais nécessite une préparation rigoureuse et précise du chantier. « Dès janvier 2024, une taskforce a été mise en place pour travailler sur le planning de Penly, puis, à l’été, l’objectif de construction d’une tranche générique de 70 mois a été fixé, en s’appuyant sur des hypothèses réalistes », note Estelle Obert, leader performance chantier EPR2 à EDF. EDF a mis en place la « taskforce 70 mois » visant à s’assurer que les méthodes et organisations seront les mêmes pour l’ensemble des six EPR2 dès la phase d’organisation et de conception.
Ce groupe de travail, rassemblant 35 entreprises partenaires, a été divisé par disciplines et domaines d’expertise : génie civil ; mécanique et ventilation ; électricité ; et essais. En parallèle, une réflexion transverse sur l’organisation, la logistique et la gouvernance a été menée par les participants. « L’objectif était d’impliquer les partenaires au plus tôt, avant même la signature de contrats définitifs », souligne Henri Ansquer. Ils ont participé à 150 ateliers thématiques sur une période de 18 mois. « Toutes les deux semaines, les acteurs se réunissaient pour identifier et tirer les meilleures propositions, avec comme premier critère de sélection : avoir un gain significatif sur le planning », complète Estelle Obert.
Concertation et optimisation
Globalement, 29 pistes d’optimisations, représentant plus de 200 actions, ont été validées par la direction du programme puis intégrées dans les contrats, les plannings de référence et les coûts. Parmi ces optimisations, on peut par exemple citer : « Utiliser la préfabrication de pièces entières pouvant aller jusqu’à plusieurs centaines de tonnes, comme sur le chantier de Hinkley Point C. Cela permet de réaliser des opérations, non pas sur le chantier, mais sur des plateformes dédiées. » Autre exemple : le montage du condenseur de manière anticipée.
« Nous avons maintenant un chemin critique qui passe par l’îlot nucléaire. Cela a été rendu possible grâce à des travaux poussés avec Arabelle Solutions et CNEC (acteur majeur du nucléaire chinois, ndr) pour accélérer le montage de l’îlot conventionnel, la construction de la station de pompage et de la salle des machines, et l’assemblage du groupe turboalternateur », détaille la leader performance chantier EPR2. La participation des équipes chinoises a permis de conforter le socle de méthode et le planning d’EDF « en s’appuyant sur une réalité industrielle travaillée avec nos partenaires. Il s’agissait de comparer les différentes stratégies plutôt que d’apporter des innovations de rupture », explique Henri Ansquer.
Un travail continu
Si la taskforce 70 a terminé ses travaux en décembre 2025, les efforts d’optimisation du planning de construction des EPR2 se poursuivent. « En complément des 29 opportunités, nous pilotons 12 projets structurants à moyen ou long terme avec des comités bimensuels », détaille Estelle Obert. Cinq de ces projets sont, par ailleurs, déjà clôturés car ils ont été avancés « au moins à hauteur de 85 %, et sont donc maintenant repris dans une organisation pérenne ». L’objectif est encore une fois de gagner du temps ou de sécuriser le planning.
Ces 12 projets structurants touchent à l’organisation (temps de travail, logistique, préfabrication), mais aussi à la conception et la constructibilité (routes, introduction des équipements dans les bâtiments, phasage des remblais, piscine). L’une des améliorations porte par exemple sur la séquence de montage du circuit secondaire principal (CSP). Grâce à deux innovations, EDF et Framatome prévoient de diviser par deux la durée de montage de ces tuyauteries reliant les générateurs de vapeur aux bâtiments de sauvegarde de l’îlot nucléaire. De manière plus globale, EDF travaille aussi sur l’optimisation du temps de travail effectif des équipes sur le chantier, avec un objectif de 7 heures de temps métal quotidien par poste de travail. ■