Eau contaminée de Fukushima: éclairage sur la situation - Sfen

Eau contaminée de Fukushima: éclairage sur la situation

Publié le 30 septembre 2013 - Mis à jour le 28 septembre 2021
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Où en est-on à Fukushima ? Qu’en est-il vraiment des incidents de ces dernières semaines ? Les officiels japonais organisaient du 16 au 20 septembre un briefing à Vienne, à l’occasion de l’Assemblée Générale de l’AIEA. Alors que les nouvelles de fuite ont créé un climat d’inquiétude dans le monde entier,  en particulier sur les réseaux sociaux, la situation pratique sur le terrain progresse, et les conséquences sur la pollution de l’océan paraissent bien maîtrisées.

L’eau de Fukushima: d’où vient-elle ? Combien y en a-t-il ? Quel est son degré de contamination ?

Chaque jour, on injecte dans les réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima 400 m3 d’eau. Cette eau sert à refroidir les réacteurs 1, 2 et 3, lesquels avaient fusionné pendant l’accident de mars 2011. Chaque jour aussi, le site reçoit de l’extérieur (la zone est sujette à des ruissellements d’eau) un flux continu d’eau de 400 m3 supplémentaires. Cette eau devient contaminée en pénétrant sur le site. Au total, ce sont donc 800 m3 d’eau par jour qui doivent être décontaminés: 400 m3 seront réinjectés dans les réacteurs, et 400 m3 seront stockés.

Afin d’éviter l’accumulation d’eau sur le site, il faut contenir le flux d’eau provenant de l’extérieur du site. C’est dans cet objectif que le Gouvernement a conçu un projet qui consiste à  « geler le sol » en y injectant des tuyaux réfrigérants: il s’agit d’un procédé de génie civil couramment utilisé dans la construction des tunnels, qui permet d’éviter les ruissellements d’eau. Une enveloppe de 320 millions d’euros a été débloquée pour financer le projet.

En attendant, près de 400 000 m3 d’eau contaminée se sont accumulés sur le site. La plupart est stockée dans des gros tanks cylindriques. Une grande partie (80 %) n’est heureusement que faiblement contaminée, et on pourra imaginer, après un traitement pour la débarrasser des éléments radioactifs qu’elle contient, qu’on pourra la rejeter à la mer. A l’opposé, une très faible partie, 10 000 m3 (donc 2,5 % du total), principalement localisée dans les sous sols de la centrale, est hautement contaminée. A noter cependant: il ne s’agit pas d’une contamination aux métaux lourds (lesquels ont une vie très longue) mais une contamination Cs134, Cs137 et Tritium.  Le Cesium 134 (Cs134) a une demi-vie de 2 ans, donc a déjà perdu près de 60 % de son activité. Le Cesium 137 a une duré de vie de 30 ans.

Quel est le taux de radioactivité de l’eau de mer aux abords de la centrale ?

Tepco a mis en place sur le site deux zones maritimes contrôlées avec des barrières sur le rivage de la centrale: la Zone A, qui est le port de la centrale proprement dit, dans une distance de l’ordre de 300 m3 du rivage, et la Zone B, délimitée par une barrière à une distance un peu plus éloignée. Des contrôles sont effectués de manière continue pour comparer la radioactivité de l’eau de mer à la norme internationale de 10 becquerel par litre (Bq/l), laquelle est la norme pour l’eau potable fixée par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

Au regard des inquiétudes dont les médias se sont fait l’écho (on avait vu ainsi dernièrement circuler sur internet des « simulations de contamination » qui montraient une transmission de la « contamination » dans l’ensemble de l’Océan Pacifique, jusqu’en Amérique du sud), on s’attendrait à de forts taux de contamination de l’eau de mer. Les résultats des prélèvements montrent une situation heureusement très différente: si dans la Zone A, les résultats des relevés sont supérieurs aux limites fixées par la norme pour l’eau portable, dès la Zone B,  les résultats sont inférieurs. Au-delà: la dilution est encore plus forte. Dès une distance de 400 mètres de la centrale, nous sommes non seulement inférieurs à 10 Bq/l. A noter: la radioactivité naturelle de l’eau de mer est évaluée en moyenne, dans le monde, aux alentours de  12 Bq/l.

Renseignements prix auprès des spécialistes de la SFEN: les résultats des tests à Fukushima ne sont pas surprenants: le Césium se dissout très mal dans l’eau de mer et se dépose vraisemblablement sur le fonds de la mer, dans les sédiments. Il ne peut migrer au-delà. Une surveillance est à réaliser alors de manière continue sur les poissons pêchés au voisinage de la centrale, dans le cas où les poissons auraient mangé des plantes chargées en Césium. Un spécialiste de la SFEN a calculé qu’il faudrait, compte-tenu du niveau très bas des taux, qu’une personne mange plusieurs dizaines de kilos de ce poisson contaminé sur une seule journée pour qu’il y ait un risque pour sa santé. Aussi, comme nous allons le voir, un programme de contrôles très strict de la chaîne alimentaire a été mis en œuvre.

Quelle est la situation de la décontamination dans les zones habitées ?

Les responsables japonais a expliqué, lors de leur briefing à l’AIEA, qu’il fallait faire la différence entre plusieurs zones.

En premier lieu, il faut considérer les « zones de décontamination intense », dont la décontamination est sous la responsabilité des municipalités. Ces zones, dans lesquelles la radioactivité ambiante était restée inférieure à 20 millisievert (mSv), n’avaient pas été évacuées. Les municipalités ont fixé des plans à 5 ans, avec pour objectif de revenir aux alentours de 1 mSV/an. A ce jour, l’objectif a été atteint par exemple avec 60 % sur les parcs et stades visés, et 30 % sur les maisons. Une centaine de municipalités ont mis en place des installations de surveillance. La norme pour les lieux de baignade est la même que pour l’eau potable, soit 10 Bq/l.

En second lieu, il y a les « zones de décontamination spéciale », sous la responsabilité du Gouvernement. Leur degré de contamination varie. Sur les zones entre 20 et 50 mSv/an, l’objectif est de revenir à un niveau inférieur à 20 mSV, et d’autoriser le retour des populations. Sur les zones dont le niveau est supérieur à 50 mSv/an, il s’agit, à ce stade, de faire seulement des projets pilotes de décontamination.

Rappelons que le taux légal en France est de 20 mSv/an pour les professionnels du nucléaire, et de 1 mSv/an pour le grand public. La moyenne reçue par le grand-public, toutes activités confondues (examens médicaux, vols transatlantiques, etc.) se situe aux environs de 2,5 mSv/an.

Enfin, quels sont les contrôles mis en place sur la nourriture ?

Les contrôles sont apparemment très nombreux: sur les 12 derniers mois,  les responsables japonais ont déclaré que plus de 400 000 contrôles avaient été effectués. En tout, 99,3 % étaient dans la norme (inférieurs à 1 mSv/an). Pour les 0,7 % au-delà de la limite, les contrôles ont donné lieu à un retrait du marché, suivi d’inspections sur la chaîne de distribution et sur le lieu de provenance.

En conclusion : des chiffres très rassurants sur le degré de contamination dans la mer, dans les zones évacuées et sur les contrôles de nourriture, qui laissent espérer que les conséquences de l’accident sur la santé des populations restera très faible.  En contraste avec l’inquiétude qui continue à régner dans l’opinion mondiale, lasse d’entendre des rumeurs sur les difficultés du chantier.

Par Valérie Faudon

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