L'Italie franchit une étape décisive vers son retour au nucléaire - Sfen

L’Italie franchit une étape décisive vers son retour au nucléaire

Publié le 8 juin 2026

Près de quarante ans après avoir abandonné l’énergie nucléaire à la suite de l’accident de Tchernobyl, l’Italie franchit une nouvelle étape vers son retour à l’atome. La Chambre des députés a adopté un projet de loi donnant au gouvernement les moyens de reconstruire un cadre juridique pour le nucléaire civil.

Le 4 juin, la Chambre des députés italienne a adopté à une large majorité le projet de loi porté par le gouvernement de Giorgia Meloni visant à réintroduire l’énergie nucléaire dans le paysage énergétique national. Le texte a recueilli 155 voix favorables, contre 86 oppositions et 8 abstentions. Il doit désormais être examiné par le Sénat. Cette loi ne lance pas directement la construction de centrales nucléaires. Elle confère cependant au gouvernement un mandat pour élaborer, dans un délai de douze mois, l’ensemble des décrets nécessaires au retour du nucléaire civil en Italie. Ces textes devront notamment définir les procédures d’autorisation, l’organisation institutionnelle de la filière, les règles relatives à la gestion des déchets radioactifs ainsi que les dispositifs de soutien à la recherche et à l’innovation nucléaire.

L’Italie avait abandonné son programme nucléaire à la suite du référendum organisé en 1987 après l’accident de Tchernobyl. Les quatre réacteurs alors en exploitation avaient été arrêtés et le pays avait progressivement renoncé à toute production électronucléaire. Une tentative de relance engagée dans les années 2000 avait ensuite été stoppée après l’accident de Fukushima et le référendum de 2011. Aujourd’hui, le contexte énergétique a profondément évolué. Confrontée à une forte dépendance aux importations d’énergie et soucieuse de réduire ses émissions de gaz à effet de serre, l’Italie réévalue le rôle que pourrait jouer le nucléaire dans sa stratégie de long terme.

Le pari des petits réacteurs modulaires

Contrairement aux programmes nucléaires historiques fondés sur de grands réacteurs, Rome affiche un intérêt particulier pour les petits réacteurs modulaires (SMR) ainsi que pour les réacteurs avancés actuellement en développement. Selon le ministre de l’Environnement et de la Sécurité énergétique Gilberto Pichetto Fratin, les premiers réacteurs pourraient être mis en service à l’horizon 2034-2035. Cette orientation se traduit déjà par des initiatives industrielles concrètes. En mai 2025, Enel, Ansaldo Energia et Leonardo ont créé la société Nuclitalia afin d’évaluer les technologies susceptibles d’être déployées dans le pays et d’étudier les conditions d’émergence d’une future filière nationale. Le gouvernement italien estime que le nucléaire pourrait représenter entre 11 % et 22 % de la production électrique du pays à l’horizon 2050, contribuant ainsi à la décarbonation du système énergétique tout en limitant la dépendance aux combustibles fossiles importés.

La relance italienne s’inscrit dans un mouvement beaucoup plus large observé à l’échelle internationale. Comme le souligne le rapport de la Sfen La relance du nucléaire dans le monde – édition 2025, plus de quarante pays développent aujourd’hui de nouveaux projets nucléaires ou envisagent d’en lancer. Cette dynamique concerne aussi bien des États disposant déjà d’un parc nucléaire que des pays souhaitant accéder pour la première fois à cette technologie. Partout, plusieurs tendances convergent : prolongation de la durée de vie des réacteurs existants, lancement de nouveaux programmes, développement des SMR et renforcement des politiques de souveraineté énergétique.■

Par Ludovic Dupin avec WNN
Image : La Présidente du Conseil italien Georgia Meloni – ©ANDREAS SOLARO / AFP