Canicule de juin : comment le nucléaire a permis à la France de traverser le pic de chaleur européen
La vague de chaleur exceptionnelle de fin juin a constitué un test pour le système électrique français. Forte demande liée à la climatisation, production éolienne en berne et contraintes sur certains réacteurs nucléaires : malgré cette combinaison défavorable, la France est restée exportatrice d’électricité grâce à son parc nucléaire, souligne une étude d’Aurora Energy Research.
On connaissait l’expression « Dunkleflaute » (calme sombre) pour qualifier les périodes de pénurie simultanée de vent et de soleil, principalement en hiver. Nos voisins allemands parlent désormais de « Hitzeflaute » (« calme chaud ») pour désigner des épisodes où une forte chaleur s’accompagne de peu de vent. Le système électrique est alors soumis à une double contrainte : une demande élevée, notamment en raison de la climatisation, et une faible production d’électricité éolienne.
Aurora Energy Research a publié le 7 juillet une étude intitulée « La vague de chaleur de juin 2026 a mis à rude épreuve le système électrique français, sans toutefois compromettre la sécurité d’approvisionnement ». Cette analyse montre que le parc nucléaire (malgré des restrictions limitées de production) , est resté un socle du système électrique. Il a permis à la France de rester exportatrice pendant la période et de soutenir ses voisins, en particulier la Belgique et l’Allemagne, soumis en fin de journée à des prix de marché très élevés, et contraints de recourir fortement aux énergies fossiles.
Demande en forte hausse et moyens de production inégalement affectés
La canicule de fin juin 2026 a été qualifiée d’épisode historique par Météo-France. Elle s’est déroulée du 17 au 30 juin 2026, avec un pic d’intensité entre le 22 et le 26 juin. Les 24 et 25 juin ont été les journées les plus chaudes jamais enregistrées en moyenne sur la France. Pour la première fois, la température moyenne nationale sur 24 heures a atteint 30 °C. 72 départements ont été placés en vigilance rouge canicule, un record depuis la création de cette vigilance en 2004. Cette vague de chaleur a été plus intense que celle d’août 2003, tout en étant plus courte (14 jours, contre 16 jours).
Selon RTE[1], dans les périodes de fortes chaleurs, pour chaque degré en plus, la consommation augmente généralement de l’ordre de 0,7 GW à 1 GW (selon les heures de la journée), soit trois fois moins que l’impact d’un degré en moins l’hiver. La pointe de consommation a atteint 58 GW le 24 juin. Au plus chaud de la canicule, la demande supplémentaire était de 12GW par rapport à la période pré-canicule selon Aurora. Le profil de la demande observé en fin d’après-midi le 24 juin fait également apparaître un second pic. Selon le consultant Nicolas Goldberg, celui-ci pourrait correspondre au moment où les installations jusque-là alimentées par leur production photovoltaïque recommencent à prélever de l’électricité sur le réseau.

Titre : Demande électrique en juin 2026 comparé à la moyenne de juin 2021-2025 – Source : Aurora Energy Research
Malgré cette hausse, attribuée principalement à la climatisation, la demande est restée très inférieure à celle des pics hivernaux : pour rappel, la consommation avait atteint 90GW au mois de janvier.
Selon Aurora, le solaire, porté par un fort ensoleillement, a produit en France l’ordre de 30% au-dessus de la normale, et l’éolien, pénalisé par des conditions anticycloniques, a produit près de 60 % de moins que la normale. À la pointe de 18 h, le 24 juin, la puissance éolienne s’est limitée à 2 GW, contre environ 10 GW en moyenne sur la période du 1er au 21 juin, soit un écart de 8 GW.

Titre : Production solaire et éolienne en France lors de la canicule de juin 2026 – Source : Aurora Energy Research
Sur le parc nucléaire, l’impact est resté limité : environ 5,5 GW de puissance ont été temporairement indisponibles afin de respecter les contraintes réglementaires relatives à la température des cours d’eau. Trois réacteurs ont été concernés : Nogent, Bugey et Golfech. Ainsi, la France est demeurée exportatrice pendant toute la période de la canicule.

Titre : Solde exportateur de la France avec ses pays voisins lors de la canicule de juin 2026. – Source : RTE
Un recours aux centrales thermiques en fin d’après-midi, dans une situation de prix très élevés en Belgique et en Allemagne
L’analyse d’Aurora montre qu’en fin d’après-midi, alors que la production solaire diminuait, l’hydroélectricité puis les moyens thermiques fossiles, notamment les centrales à gaz, ont pris le relais pour répondre à la forte demande en France comme dans les pays voisins. Sur le pic du soir, des unités de pointe, plus coûteuses que les centrales thermiques classiques, ont même été activées. Entre 18h et 21h, la production thermique est passée de 1GW (dont 0,8GW de gaz) en période pré-caniculaire à 5GW (dont 4GW de gaz) en moyenne entre le 21 et le 24 juin.

Titre : Production par source d’électricité en France entre le 20 juin et le 24 juin 2026 – Source : Aurora Research
Cette Hitzeflaute s’est traduite par une forte envolée des prix de l’électricité en fin d’après-midi, en particulier en Belgique et en Allemagne, avec un important recours aux importations de France. En Belgique, privée de ses deux réacteurs nucléaires en travaux pour leur prolongation d’exploitation, les prix moyens entre 18 h et 21 h ont atteint près de 370 €/MWh du 22 au 24 juin. Le soir du 24 juin, ils ont même culminé à 1 038 €/MWh. En Allemagne, malgré un recours massif aux centrales fossiles, les prix moyens ont atteint 424 €/MWh sur cette même plage horaire les importations d’électricité ont progressé d’environ 30 %.

Titre : Mix électriques en France, en Allemagne et Belgique pendant la canicule et prix moyens entre 18 et 21h – Source : Aurora Research
Un retour d’expérience à tirer pour le parc nucléaire
Dans un post sur LinkedIn, Etienne Dutheil, Directeur de la division nucléaire d’EDF, a souligné que, pendant la canicule, les matériels se sont bien comportés et la sûreté a été garantie à tous les instants. Au plus fort de la canicule, entre le mercredi 24 juin et le vendredi 26 juin, EDF avait 41 réacteurs en production, connectés au réseau électrique, et a maintenu l’effort sur les 13 arrêts programmés pour maintenance, qui sont en cours, dont 3 visites décennales. Les organisations du travail ont été adaptées pour protéger autant que possible les salariés des effets du travail en ambiance chaude.
Pour rappel, les enjeux techniques et de sûreté associés aux épisodes de canicule avaient fait l’objet d’un plan « Grands Chauds » engagé à la suite des retours d’expérience des canicules de 2003 et 2006. Ces actions avaient porté en particulier sur la vérification de la tenue en température des équipements importants pour la sûreté, et l’adaptation des systèmes de refroidissement et de ventilation des locaux sensibles. Des protocoles organisationnels ont aussi été mis en place pour protéger les salariés en cas de fortes chaleurs.
Etienne Dutheil conclut néanmoins que « tout cela peut être encore amélioré et nous engageons dès maintenant un retour d’expérience. ». En ce qui concerne la question de la réglementation française pour les rejets thermiques, plusieurs médias ont évoqué des dispositifs comme ceux de la centrale de Civaux qui permettent de rejeter dans la rivière de l’eau à une température inférieure à celle de l’eau prélevée. EDF indique réfléchir à cette solution dans le cadre de son plan d’adaptation au changement climatique. ■
Par Valérie Faudon, Déléguée générale de la Sfen
Image : La centrale nucléaire de Saint-Alban, en Isère, le 21 juin 2026. – @ROMAIN DOUCELIN / NURPHOTO / NURPHOTO VIA AFP
[1] RTE Canicule : la sécurité d’approvisionnement en électricité n’appelle aucune vigilance particulière 22/06/2026