« AREVA reste un acteur mondial à long terme »
Lors de la conférence GLOBAL 2015 (21-24 septembre) consacrée au cycle du combustible, organisée par la SFEN, Philippe Knoche, directeur général d’AREVA, s’est prononcé sur l’industrie nucléaire française. Après avoir souligné que la transformation d’AREVA ne s’arrête pas à la restructuration de son actionnariat, il a partagé sa vision de l’évolution des besoins des clients et de la meilleure façon d’y répondre. il a réaffirmé sa confiance en la capacité de la filière à relever les défis qui l’attendent dans une perspective internationale. RGN vous offre l’intégralité du discours de M. Knoche.
En début d’année, j’ai dû annoncer qu’AREVA connaissait des pertes de l’ordre de 5 milliards d’euros et que l’entreprise devait se réinventer. Ces pertes étaient dues à un certain nombre de projets particulièrement difficiles, dont celui d’Olkiluoto en Finlande. Elles étaient aussi liées aux investissements de ces 10 dernières années, ou tout au moins à leurs aspects financiers négatifs, même s’ils auront des côtés positifs dans l’avenir. En jeu également, des raisons liées aux conditions du marché nucléaire à court terme. Cela a impliqué la nécessité de réduire la dette, de diminuer les risques et de s’adapter aux conditions du marché. Avec le soutien de l’État français, après des débats stratégiques, des décisions ont été prises et nous préparons leur mise en œuvre.
La première de ces décisions, et la plus connue, est qu’EDF va prendre une position majoritaire sur le marché des réacteurs nucléaires en exploitation, dans les domaines des services, de la maintenance, de la fabrication du combustible et des équipements, et de la construction des îlots nucléaires. Cette participation majoritaire sera bénéfique aux clients dans le monde, car EDF mettra au service de son fournisseur sa longue expérience d’exploitant. Nous restons une entreprise autonome pour de nombreuses raisons et notamment, pour être en soutien à nos clients. Cette nouvelle organisation se mettra en place dès que toutes les procédures requises seront terminées, c’est-à-dire pas avant la deuxième moitié de 2016.
Sous ce parapluie, une structure dédiée sera créée pour faire face aux nouveaux projets de construction de réacteurs, qui s’avèrent être de vrais défis, et les équipes d’EDF et d’AREVA travaillent ensemble, sous le contrôle d’EDF. AREVA va désormais concentrer ses efforts sur un marché connu il y a 15 ans comme étant celui de COGEMA. Les activités du nouvel AREVA seront l’extraction, la conversion, l’enrichissement, ainsi que l’ingénierie du cycle du combustible, le démantèlement, le recyclage et la logistique.
Nous avons créé deux entreprises autonomes, liées par un « pacte » d’actionnaires par lequel le nouvel AREVA va garder une minorité de parts dans le nouvel AREVA NP qui devient une filiale d’EDF sur le marché des réacteurs. Cette participation minoritaire va permettre conserver les liens qui existent depuis toujours entre les réacteurs et le cycle du combustible. Nous pourrons ainsi répondre aux besoins spécifiques, qu’il s’agisse d’offres globales, d’adaptation du cycle du combustible à de nouveaux réacteurs, de Génération IV…
Une approche différente
On ne peut pas limiter la transformation d’AREVA à la structure de son actionnariat. Les conditions actuelles du marché nous imposent d’adopter une approche totalement différente en termes de coût, de management, de réduction des risques, et de simplification en général.
Nous avons annoncé que notre programme avait pour objectif une réduction de nos coûts à hauteur d’un milliard d’euros, sur plus de 8 milliards. Nous devons pour cela réduire nos effectifs de 6 000 personnes, sur plus de 40 000 employés dans le monde. Mais cette réduction d’effectifs ne pourra être réussie que si nous simplifions radicalement notre structure, pour nous adapter aux différents marchés, pour avoir moins de niveaux hiérarchiques, moins d’organisations matricielles… Nos équipes sont dans l’entreprise depuis assez longtemps maintenant, elles ont été embauchées il y a au moins dix ans. Et nous n’avons plus besoin de processus lourds et complexes. Nous devons aller vers plus de simplification.
Plus rentable, plus simple et bien centré en matière de marchés, tel est notre objectif. Parce que nous nous concentrons sur le cycle du combustible, nous allons vendre CANBERRA (notre filiale de mesures nucléaires). Le processus de vente est en cours. Nous allons aussi concentrer notre activité dans les énergies renouvelables uniquement sur notre co–entreprise à 50/50 avec GAMESA sur les éoliennes offshore, qui n’est pas encore consolidée.
La transformation se fait dans tous les secteurs de l’entreprise.
Satisfaire des besoins en évolution
Mais nous ne nous transformons pas pour nous-mêmes. Nous nous transformons pour satisfaire nos clients et répondre à l’évolution des besoins. Une évolution dans laquelle nous sommes plutôt bien placés. La première des évolutions est le transfert de notre industrie, des pays de l’OCDE vers les économies émergentes, notamment en Asie, qui portent les nouveaux projets. Par le passé, AREVA a déjà su répondre à l’évolution des besoins de la clientèle. C’est clairement un des points forts de la transformation. Mais il n’y a pas que l’Asie : la plus grande partie du parc nucléaire mondial est ailleurs, et a besoin de sécurité d’approvisionnement.
Nous avons de nombreux actifs dans les mines, de notre actionnariat au Canada à notre présence en Afrique, au Kazakhstan et aux explorations plutôt prometteuses en Mongolie. Tous les investissements que nous avons faits dans les mines, mais pas seulement, sont efficaces. Georges Besse II (l’usine d’enrichissement de Tricastin) est maintenant en service. Une partie de nos usines de conversion, l’amont du cycle jusqu’à la production de tétrafluorure (à Malvesi), est maintenant rénovée. Et les rénovations vont commencer pour les autres. Nos investissements ont pesé lourd sur notre déficit. Mais ce sont des actifs industriels exceptionnels.
Les besoins évoluent aussi en matière de combustible usé. Les quantités de combustible usé accumulées depuis des années deviennent, pour les clients que je rencontre, sinon un problème immédiat, du moins une source croissante d’analyse et de développements. Bien sûr, cela a à voir avec le licensing, l’acceptation du public. Mais pas seulement. C’est aussi une question sur la vision à long terme de l’industrie nucléaire. C’est la question de sa pérennité. Pour cela, nous développons des solutions de recyclage, des solutions spécifiquement conçues pour le démantèlement, et pour le stockage de combustible. Aux États-Unis, nous venons de recevoir l’autorisation de la Nuclear Regulatory Commission pour une évolution du système de stockage NUHOMS, qui permet à un réacteur à eau pressurisé d’entreposer 32 assemblages intacts et 16 assemblages endommagés. Face à ces besoins en constante évolution, nous allons continuer à proposer des solutions innovantes. Avec une idée toujours à l’esprit : « qu’est-ce qui compte pour nos clients, en matière de sûreté et d’économie ? »
Innover au service de la sûreté et de l’économie
Quelle que soit notre structure d’entreprise, mettre nos capacités à innover au service de la sûreté et de l’économie de nos clients reste notre objectif clé. Concrètement, quelles solutions mettons-nous sur le marché ? Commençons par la sûreté. Après Fukushima, et sans augmenter significativement les coûts, nous avons développé le programme Safety Alliance pour apporter à nos clients, exploitants du monde entier, des solutions qui leur permettent d’améliorer la sûreté de leurs réacteurs : des systèmes de filtration, des recombineurs passifs, des réponses aux situations accidentelles, des formations… toute une gamme de solutions qui peuvent être adaptées à chaque besoin spécifique de chaque opérateur, sans entraver sa performance économique. Autre exemple, dans le domaine de la conception et de la fabrication du combustible, où nous mettons de nouveaux produits sur le marché : ATRIUMTM 11 (voir page 5) pour le marché des réacteurs à eau bouillante et GAIA pour les réacteurs à eau pressurisée, dont les performances ont été améliorées en termes de résistance, de thermo-hydraulique et, au final, sur les plans économique et de la sûreté. Nous avons aussi un programme de coopération avec nos clients concernant un combustible résistant aux accidents afin que dans le futur, l’industrie nucléaire continue en permanence à améliorer son niveau de sûreté. Et exploiter en toute sûreté est plus économique. Le combustible est représentatif de l’innovation que nous apportons à la conception et à la fabrication, mais aussi, à la fin, au recyclage et aux solutions de gestion du combustible endommagé dans les piscines.
Et maintenant, comment allons-nous faire ?
AREVA est un groupe qui exploite des mines, des usines d’enrichissement, de conversion, de fabrication de combustible et qui a une force commerciale unique. Beaucoup de choses vont changer suite à la refondation de l’industrie nucléaire française. Quoi qu’il en soit, nous conservons une force commerciale unique pour les mines, la chimie et l’enrichissement. Nous discutons avec Bernard Fontana, l’homme qui nous a rejoints pour diriger l’activité Combustible d’AREVA NP (ex-FRAMATOME), pour savoir comment garder l’intérêt des clients pour une solution industrielle développée pour eux et que nous leur apportons. Il s’agit de mettre en place un processus qui nous permet de livrer au client la solution unique dont il a besoin, quand il en a besoin. La mise sur le marché en temps et en heure est cruciale, parce que de plus en plus, il est indispensable de réagir vite face à un incident ou à une exigence réglementaire.
La sûreté est notre ADN et nous allons le conserver
Nous sommes confiants dans la capacité d’AREVA à livrer à ses clients, de toute l’industrie, les solutions dont ils ont besoin. Cette confiance est d’abord fondée sur le « brin sûreté » de l’ADN d’AREVA, que nous conservons. Avec les turbulences que nous connaissons actuellement, je peux vous dire que notre première préoccupation est bien la sûreté. AREVA a des actifs, de l’extraction à la conversion, l’enrichissement, dans les composants pour le combustible des réacteurs. Ces actifs ont été rénovés, nos installations de recyclage sont pratiquement comme neuves. Leurs coûts de maintenance sont donc relativement bas, et les faibles dépenses d’investissement servent nos impératifs de sûreté.
Ces actifs sont fondés sur des technologies parfois uniques au monde, que nous partageons avec des partenaires de longue date. C’est une des premières raisons d’avoir confiance. Ces technologies nous permettent d’être dans les trois meilleures entreprises mondiales en termes de parts de marché, et ce sur l’ensemble des technologies du cycle. Le marché émet des signes positifs avec notamment le redémarrage du Japon et la propreté radiologique, ou encore l’avancée du chantier de Taishan (Chine) et tout ce qui démontre que les réacteurs de 3e génération avancent et arrivent sur le réseau.
Une autre raison d’être confiant est que le nucléaire est là. Le nucléaire est bien là et il se développe à nouveau. AREVA est un partenaire à long terme, un fournisseur à long terme, sur lequel vous pourrez compter encore longtemps.