Accord entre Washington et Téhéran : cinq questions sur le stock d’uranium enrichi iranien
L’accord annoncé le 15 juin entre les États-Unis et l’Iran a permis d’écarter le risque d’une escalade régionale immédiate. Mais il laisse ouverte l’une des questions les plus sensibles du dossier nucléaire iranien : le devenir du stock d’uranium enrichi accumulé ces dernières années. Les deux parties se sont donné 60 jours pour trouver une solution. Quantité, niveau d’enrichissement, contrôle par l’AIEA ou options de neutralisation : cinq questions pour comprendre les enjeux.
- Que prévoit l’accord signé entre les États-Unis et l’Iran ?
L’accord annoncé le 15 juin porte principalement sur la désescalade entre les deux pays et la reprise des discussions diplomatiques. Les questions nucléaires n’y sont pas réglées dans le détail. Elles doivent faire l’objet d’un cycle de négociations techniques de 60 jours. Depuis le sommet du G7 à Evian, Emmanuel Macron a salué un accord qui « ouvre la voie à des négociations globales » devant répondre aux préoccupations liées aux programmes nucléaire et balistique iraniens. Autrement dit, l’accord ne constitue pas l’aboutissement des discussions nucléaires mais leur point de départ.
- Quel est le stock d’uranium enrichi détenu par l’Iran ?
Selon les dernières données disponibles de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), l’Iran disposait avant les frappes de juin 2025 d’environ 440,9 kg d’uranium enrichi à 60 %, auxquels s’ajoutaient plusieurs tonnes d’uranium enrichi à des teneurs inférieures. Ce niveau de 60 % reste inférieur au seuil généralement associé à un usage militaire, situé autour de 90 %. Il est néanmoins considéré comme particulièrement sensible du point de vue de la non-prolifération, car l’essentiel du travail d’enrichissement a déjà été réalisé.
Cela ne signifie pas qu’une arme serait immédiatement disponible. Il faudrait encore réenrichir la matière, la convertir, la métalliser, puis concevoir un dispositif explosif fiable. La France a rappelé récemment qu’il n’existait « aucune justification civile crédible » à la détention de plus de 400 kg d’uranium enrichi à ce niveau.
Pour les États-Unis, la question n’est donc plus seulement celle de la quantité, mais aussi celle de l’usage futur de cette matière. Donald Trump a ainsi déclaré que tout accord définitif devrait garantir que l’enrichissement iranien soit limité à des niveaux « qui ne pourront jamais être utilisés à des fins militaires ».
- Sait-on où se trouve ce stock aujourd’hui ?
C’est aujourd’hui l’une des principales zones d’incertitude. Depuis les frappes ayant visé plusieurs installations nucléaires iraniennes, l’AIEA ne dispose plus de la même visibilité qu’auparavant sur les stocks et certains équipements du programme nucléaire iranien. Le Conseil des gouverneurs de l’AIEA a d’ailleurs demandé à Téhéran de fournir des informations complètes sur ses matières nucléaires et de permettre leur vérification.
À ce stade, aucune autorité internationale n’a confirmé publiquement la localisation précise de l’ensemble du stock d’uranium enrichi recensé avant le conflit. La reconstitution de cette visibilité constituera probablement l’un des premiers enjeux des discussions à venir.
- Que veulent l’Iran et les États-Unis ?
Les positions des deux pays restent différentes. « La seule façon de gérer les stocks de matières enrichies est de les diluer en Iran », estime le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi. Téhéran refuse en revanche l’idée d’un transfert définitif de son uranium enrichi vers un pays tiers.
De son côté, Washington souhaite obtenir des garanties vérifiables sur l’absence d’usage militaire du programme nucléaire iranien ainsi qu’un contrôle robuste des matières nucléaires. Avant la signature de l’accord, Donald Trump a déclaré vouloir récupérer le stock d’uranium enrichi iranien et a indiqué qu’il serait probablement détruit par la suite afin d’empêcher Téhéran de le conserver.
Cette divergence explique largement pourquoi la question du stock n’a pas été tranchée dans l’accord du 15 juin.
- Quelles sont les options pour neutraliser le stock ?
Plusieurs solutions techniques sont envisageables. La première consisterait à transférer la matière hors d’Iran, comme cela avait été pratiqué dans le cadre de l’accord nucléaire de 2015. Cette option est généralement privilégiée par les partisans d’une réduction rapide du risque de prolifération.
La deuxième repose sur la dilution (downblending). Elle consiste à mélanger l’uranium enrichi avec de l’uranium naturel ou appauvri afin de ramener sa teneur à un niveau compatible avec certains usages civils. Cette solution est celle privilégiée par Téhéran.
Une troisième possibilité serait la destruction ou la transformation irréversible de tout ou partie du stock.
Quelle que soit l’option retenue, la question centrale sera celle de la vérification. Plus encore que le devenir physique du matériau, les négociations devront déterminer quel rôle pourra jouer l’AIEA pour confirmer l’inventaire des matières nucléaires et contrôler leur éventuelle neutralisation. Soixante jours après la signature de l’accord, le succès des discussions se mesurera donc probablement moins à l’existence d’un compromis politique qu’à la capacité des parties à rétablir une confiance technique autour du suivi des matières nucléaires iraniennes. ■