[Il fallait l’avoir vu] Nucléaire : le patron d’E.on ferme la porte au privé en Allemagne - Sfen

[Il fallait l’avoir vu] Nucléaire : le patron d’E.on ferme la porte au privé en Allemagne

Publié le 14 mai 2026

Dans plusieurs interviews récentes, Leonhard Birnbaum estime que le nucléaire ne constitue plus une option pour les énergéticiens privés allemands, sur fond de critiques croissantes du pilotage de l’Energiewende. Un constat qui renvoie toute perspective de relance à un engagement massif de l’État.

Le patron du géant énergétique allemand E.on, Leonhard Birnbaum, multiplie depuis plusieurs mois les prises de parole critiques sur la trajectoire actuelle de la transition énergétique allemande. Dans plusieurs interviews récentes, cet acteur central de la transition énergétique allemande (Energiewende) estime que Berlin a besoin d’établir de nouvelles règles énergétiques, que les centrales à gaz sont devenues inévitables et et que le nucléaire ne constitue plus une option réaliste pour les acteurs privés.

En particulier dans le quotidien suisse Neue Zürcher Zeitung (NZZ), Leonhard Birnbaum soutient la nouvelle ministre allemande de l’Économie Katherina Reiche et estime que le pays a désormais besoin de « nouvelles règles » énergétiques. Il y plaide pour un « reality check » et considère que les centrales à gaz sont aujourd’hui « sans alternative crédible » pour garantir la sécurité d’approvisionnement.


Surproduction et intégration

Plus récemment dans un entretien accordé au journal allemand Die Welt, il déclarait ainsi : « Nous avons beaucoup plus d’énergie solaire que nous ne pouvons en intégrer et en consommer », ce qui n’est pas sans faire échos à une déclaration antérieure dans le podcast allemand Table Today où il déclarait : « On construit sans tenir compte de la demande. On construit sans tenir compte des infrastructures. On construit avec trop de subventions et sans se soucier du numérique. »

Le patron d’E.on ne tient pas un discours anti-renouvelables, mais il assure que l’Allemagne n’a pas ou peu pris en compte leur intégration dans le système électrique : réseaux, flexibilité, stockage, digitalisation et maîtrise des coûts.

Sur le nucléaire : « mort » en Allemagne, mais pas forcément ailleurs

Concernant le nucléaire, Leonhard Birnbaum tient une ligne désormais très claire : il ne croit plus à un retour de l’atome en Allemagne. Dans l’interview de NZZ, il juge qu’un retour du nucléaire est « exclu » en Allemagne, tout en laissant entendre qu’il garde un espoir pour la Suisse.  Et dans une autre interview vidéo accordée à The Pioneer, il lance : « Le nucléaire est mort en Allemagne ». Il justifie cela par le fait que les équipes industrielles ont été démantelées, les exploitants ont quitté cette activité et les conditions économiques et réglementaires d’un retour du nucléaire n’existent plus aujourd’hui en Allemagne.

Dans un entretien plus ancien au journal allemand Handelsblatt, le patron allemand allait plus loin sur ce sujet. Le dirigeant allemand déclare : « Je considère toujours que la sortie du nucléaire fut une grande erreur ». Mais il estime qu’aucun acteur privé n’investira désormais dans de nouveaux réacteurs en Allemagne, en raison de l’instabilité du cadre politique allemand. Une position qui revient implicitement à considérer qu’un éventuel retour du nucléaire ne pourrait se faire qu’avec un engagement massif de l’État. ■

Par Ludovic Dupin, Sfen

Image : Leonhard Birnbaum, PDG d’E.on lors des résultats annuels en février 2026 – @ ROLF VENNENBERND / DPA / DPA PICTURE-ALLIANCE VIA AFP