« L’Âge de l’électricité est arrivé », assure l’AIE et le nucléaire y a toute sa place
Alors que la demande mondiale d’électricité continue de croître, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) souligne l’importance d’une expansion rapide et flexible des réseaux. Dans ce contexte, le nucléaire joue un rôle clé, à la fois pour soutenir la stabilité du système face à l’intermittence des renouvelables et pour accompagner la transition énergétique, malgré la persistance des énergies fossiles.
« Alors que l’ère de l’électricité progresse rapidement, la demande suit une trajectoire nettement haussière sur notre période de prévision de cinq ans, de 2026 à 2030 », écrit l’AIE dans son dernier rapport sur l’électricité dans le monde. Si les fossiles restent au cœur du système, les sources bas carbones connaissent une croissance inédite.
L’année 2025 a marqué un tournant pour le nucléaire mondial, avec une production record atteignant 2 850 TWh. Cette dynamique devrait non seulement se confirmer, mais s’amplifier au cours de la décennie. À l’horizon 2030, la production d’électricité d’origine nucléaire pourrait atteindre 3 279 TWh, soit un niveau inédit. La croissance attendue sur la période 2026-2030 est estimée à 2,8 %, un rythme sensiblement supérieur à celui observé entre 2021 et 2025 (1,3 %). Cette accélération repose sur plusieurs facteurs convergents : le redressement de la production dans des pays historiquement nucléarisés, comme la France et le Japon, mais aussi la montée en puissance de nouveaux réacteurs, en particulier en Chine, en Inde et en Corée du Sud.

Une croissance inégalement répartie
La croissance du nucléaire mondial masque en réalité des trajectoires très différenciées selon les régions. La Chine s’impose comme le principal moteur de l’expansion, avec une capacité nucléaire appelée à augmenter d’environ 30 GW d’ici 2030. À l’inverse, la production devrait rester globalement stable aux États-Unis et dans l’Union européenne, selon les projections de l’AIE. Ces évolutions se traduisent par un rééquilibrage progressif des parts de production. La Chine devrait représenter près de 20 % de la production nucléaire mondiale en 2030, contre 17 % en 2025. Dans le même temps, la part des États-Unis reculerait de 29 % à 25 %, tandis que celle de l’Union européenne passerait de 23 % à 20 %.

En parallèle de la progression du nucléaire, les sources d’électricité carbonées devraient elles aussi continuer de croître. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la production d’électricité à partir du gaz devrait augmenter en moyenne de 2,6 % par an d’ici 2030, un rythme comparable à celui observé avant la crise sanitaire et nettement supérieur à la moyenne des cinq dernières années (environ 1,4 %). Dans ce contexte, le gaz et le charbon devraient demeurer, respectivement, les première et deuxième sources de production d’électricité à l’échelle mondiale. Malgré la montée en puissance des capacités bas carbone, le système électrique mondial reste donc, à ce stade, structurellement dépendant des énergies fossiles.
L’intensité carbone de l’électricité en baisse
L’intensité carbone du système électrique mondial « a diminué à mesure que la part des sources à faibles émissions – énergies renouvelables et nucléaire – continue de croître rapidement dans le mix énergétique ». En 10 ans, elle a baissé de 14 % pour atteindre 435 geqCO2/kWh en 2025.

Cependant, comme la production mondiale d’électricité augmente, les émissions totales de CO₂ suivent la même tendance. Entre 2021 et 2025, elles ont progressé de 13 %, pour atteindre environ 13 900 Mt, soit 40 % des émissions mondiales totales. L’AIE souligne le défi majeur : « atténuer les émissions provenant de la production d’électricité à partir de combustibles fossiles grâce à des sources d’énergie propres, dans un contexte de demande croissante en électricité ». D’ici 2030, les projections indiquent une stabilisation des émissions liées à la production d’électricité. Sur la période 2026‑2030, elles ne devraient diminuer que de 0,4 % à l’échelle mondiale, avec des écarts régionaux marqués : -11 % pour l’Union européenne, -1,4 % pour les États-Unis et -0,2 % pour la Chine.
De nouveaux challenges
« L’ère de l’électricité exige une expansion rapide et efficace des réseaux, ainsi qu’une plus grande flexibilité des systèmes », souligne l’AIE, en raison de l’intégration croissante des énergies renouvelables dans le mix mondial. L’agence prévoit une augmentation d’environ 50 % des investissements annuels dans les réseaux d’ici 2030, par rapport aux 400 milliards de dollars actuels, avec une montée en puissance nécessaire des chaînes d’approvisionnement associées.
Selon l’Agence, Les batteries à l’échelle des services publics se développent rapidement, renforçant la flexibilité du système. Dans ce contexte, le nucléaire peut jouer un rôle clé : son parc s’adapte historiquement vite aux variations de la demande et contribue à gérer l’intermittence des renouvelables, offrant ainsi une stabilité indispensable au système électrique. ■