Centrale de Zaporijia : Rosatom reçoit deux licences d’exploitation russes
L’autorité de régulation du nucléaire russe a délivré à Rosatom deux licences d’exploitation de 10 ans pour des réacteurs de la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijia. Alors qu’un redémarrage partiel est envisagé par l’entreprise russe, l’opérateur ukrainien Energoatom dénonce un risque de sûreté.
Peu à peu, la Russie s’approprie le contrôle exclusif de la plus grande centrale nucléaire du continent. Après sa saisie par les forces militaires russes peu après le début de l’invasion en 2022, c’est de manière réglementaire que l’offensive est maintenant menée. Mi-février, Rostekhnadzor, l’autorité de sûreté nucléaire russe, a attribué à l’énergéticien Rosatom une licence d’exploitation de 10 ans pour le réacteur n°2 de Zaporijjia. Ainsi, c’est le deuxième réacteur de la centrale qui passe sous tutelle réglementaire russe, après une licence pour le réacteur n°1 en décembre 2025.
Les documents délivrés par le régulateur russe permettent à la fois de prolonger les licences d’exploitation ukrainiennes, qui arrivent pour certaines à expiration, mais aussi de mettre en conformité l’installation nucléaire avec les lois et réglementations en vigueur en Russie. L’objectif : renouveler l’intégralité des licences d’exploitation d’ici la fin de l’année 2027. Une demande est en cours de traitement pour l’unité 6, dont la licence actuelle expire en octobre 2026. Rosatom prévoit de soumettre des demandes d’ici la fin de l’année 2027 pour les trois unités restantes.
Ces procédures ouvrent la voie à un redémarrage partiel de la centrale. « Nous envisageons comme option la plus réaliste de redémarrer en priorité les unités 2 et 6, dont les cœurs actifs contiennent du combustible fabriqué en Russie. Toutes ces unités ont été arrêtées en septembre 2022, et depuis, aucune n’a fonctionné en mode de production », expliquait le directeur actuel de la centrale de Zaporijia, Yuriy Chernichuk, sur le site d’information de Rosatom en avril 2025.
Redémarrage compromis
Le redémarrage de certains réacteurs doit cependant faire face à plusieurs difficultés majeures. D’abord, Yuriy Chernichuk assurait que « la fin des hostilités et l’assurance d’un minimum de paix et de calme sur le site de la centrale de Zaporijia et dans sa zone avoisinante » seront un point de départ obligatoire des mesures de redémarrage. En effet, la centrale a été déconnectée à plusieurs reprises du réseau électrique. Le 27 février 2026, l’AIEA a annoncé avoir négocié un cessez-le-feu localisé dans la région de Zaporijia afin de restaurer la connexion au réseau électrique de la centrale.
L’autre frein au redémarrage de la centrale repose sur l’approvisionnement en eau du site. En effet, l’accès à une source froide est compromis depuis la destruction du barrage de Kakhovka. Plusieurs options pour pallier cette absence sont à l’étude, dont l’utilisation du fleuve Dniepr. Pour rappel, toutes les unités de la centrale sont placées en arrêt à froid depuis septembre 2022.
Rejet ukrainien catégorique
Cette prise de contrôle et le projet de redémarrage sont évidemment dénoncés du côté ukrainien. « La centrale fonctionne avec du combustible nucléaire fourni par la société américaine Westinghouse et des systèmes de sécurité ukrainiens, pour lesquels la Russie ne dispose d’aucune information de conception ni de guides d’utilisation », met en avant Pavlo Kovtonyuk, le PDG par intérim d’Energoatom.
Il souligne, par ailleurs, que des erreurs pourraient être liées à la méconnaissance des spécificités des réacteurs, mais aussi à la pression exercée sur les travailleurs. « Environ 3 000 employés ukrainiens de l’usine ont été contraints de signer des contrats avec le groupe russe Rosatom et nombre d’entre eux travaillent depuis quatre ans sous la contrainte, dans des conditions tendues qui augmentent le risque d’accident », explique Pavlo Kovtonyuk.
Dans un communiqué, l’énergéticien public ukrainien estime aussi que le projet de redémarrage « remet en question sa proposition d’accord de partage de l’électricité produite lors des pourparlers de paix menés à Abou Dhabi [fin janvier 2026] sous l’égide des États-Unis ». ■