[Il fallait l’avoir vu] Quand le chancelier allemand reconnaît que la sortie du nucléaire fut une erreur stratégique
Rarement un chancelier allemand aura porté un jugement aussi direct sur la politique énergétique du pays. En qualifiant la sortie du nucléaire d’« erreur stratégique », Friedrich Merz ouvre un débat de fond sur les choix industriels, les coûts du système électrique et la capacité de l’Allemagne à garantir sa sécurité énergétique à long terme.
Dans un discours prononcé lors d’une conférence économique, le chancelier allemand Friedrich Merz a posé un diagnostic rare à Berlin : la politique de sortie du nucléaire, soigneusement menée depuis plus de deux décennies, constitue selon lui une « grave erreur stratégique ». Sa déclaration relance avec force les débats techniques et politiques sur la trajectoire énergétique allemande — et soulève une série d’interrogations fondamentales sur la planification énergétique à long terme.
Germany’s Merz admits:
It was a serious strategic mistake to exit nuclear energy.
We are now undertaking the most expensive energy transition in the entire world.
I know of no other country that makes things so difficult and expensive as Germany. pic.twitter.com/JmIXUaEtas
— Clash Report (@clashreport) January 15, 2026
« Cela a été une erreur stratégique de sortir du nucléaire », explique le chancelier, qui regrette que les derniers réacteurs, fermés il y a trois ans, n’aient pas été maintenus en service. De fait, il assure que « le pays mène la transition énergétique la plus coûteuse du monde », ajoutant : « Nous n’avons pas assez de capacités de production d’énergie. »
L’Allemagne avait décidé dès 2000 d’abandonner progressivement l’énergie nucléaire, une orientation fortement accélérée en 2011 après la catastrophe de Fukushima. En avril 2023, les trois dernières centrales encore en fonctionnement (Isar 2, Emsland et Neckarwestheim 2) ont été définitivement déconnectées, marquant la fin de plus de soixante ans de production nucléaire. Cette décision avait déjà suscité de vifs débats outre-Rhin.
Démantèlement et SMR
Friedrich Merz ne plaide pas pour une remise en service des réacteurs arrêtés, quand bien même celle-ci serait encore techniquement envisageable, alors qu’une partie du démantèlement est déjà engagée. En revanche, il n’exclut pas que l’Allemagne puisse se tourner, à plus ou moins long terme, vers les petits réacteurs modulaires (SMR) afin de répondre à ses besoins en électricité et en chaleur.
Déjà, la position allemande a considérablement évolué au niveau européen. En août dernier, à l’occasion du 25ᵉ Conseil des ministres franco-allemand, le ministère français de l’Énergie a indiqué que les deux pays s’étaient accordés pour défendre le principe de neutralité technologique dans la réglementation européenne. « Nous avons besoin de sortir de cette approche conflictuelle de la stratégie énergétique et, au fond, de reconnaître la légitimité de nos orientations énergétiques respectives », précisait alors Marc Ferracci, ministre de l’Industrie et de l’Énergie.
Comprendre : l’Allemagne ne fera plus obstacle au développement du nucléaire sur le Vieux Continent. ■