05.02.2019

Confusion sur les chiffres d’émissions de CO2 du nucléaire

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PPE
Par la rédaction

Fin janvier 2019, le gouvernement a publié le projet de Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) pour les 10 ans à venir (périodes 2019-2023 et 2024-2028) ; projet soumis aujourd’hui à la consultation de différentes instances et des professionnels du secteur, avant sa mise en application par décret, courant 2019.

Dans ce rapport de 368 pages, plusieurs parties sont dédiées au nucléaire, dont le chapitre 3 (alinéa 3.5.8. Le nucléaire) - Partie "Les enjeux environnementaux", page 126.

Le projet PPE indique notamment deux références en matière d’émissions de CO2 liées au nucléaire :

"- le GIEC, « qui a publié des données sur l’impact carbone de la filière nucléaire, l’estime en moyenne à 12g CO2/kWh au plan international » ;

- « selon la base carbone de l’ADEME, pour la France, l’énergie nucléaire émet en moyenne 66 g CO2/kWh sur l’ensemble de son cycle de vie »."

La SFEN attire l’attention des pouvoirs publics sur le fait que le résultat proposé par la base carbone de l'ADEME, largement utilisée pour les calculs des bilans réglementaires Gaz à Effet de Serre (GES), est en réalité de 6g CO2/kWh pour l'énergie nucléaire en France.

Comme indiqué dans une note de la SFEN « Urgence climatique : peut-on se passer de l’énergie nucléaire ? » (pages 14-17), publiée en octobre 2018, la valeur de référence pour le bilan Gaz à effet de serre (GES) du kWh nucléaire est bien évaluée à 12g CO2/kWh par le GIEC.

Pour calculer les émissions de CO2, la méthode de référence reste l’Analyse de Cycle de Vie (ACV). Elle a fait l’objet d’un consensus scientifique international ; elle est utilisée dans tous les secteurs, dont le nucléaire, pour calculer le bilan environnemental d’un service ou d’un produit. L’ACV est normalisée depuis de nombreuses années (normes ISO 14040 & 44).  Le chiffre de 66 gr CO2/kWh, cité dans le projet de la PPE, vient d'une étude ancienne de B. Sovacool. Cette dernière n'est pas une étude ACV, mais une « méta-analyse », c'est-à-dire une analyse d’études dont certaines ne sont pas des études ACV. En outre, les chiffres ne sont pas adaptés à la France. 

A noter que le résultat d’émissions de CO2 dans notre pays est inférieur, en raison du faible contenu carbone que revêt l'électricité française, qui réduit notamment la contribution des émissions de gaz à effet de serre, en particulier dans les étapes industrielles du cycle du combustible, comme l’enrichissement de l’uranium. Cette étape a aussi bénéficié de la réduction majeure (d’un facteur de près de 50) de l’énergie consommée en passant de la technologie par diffusion gazeuse à celle de l’ultracentrifugation.

La valeur de « 66 g CO2/kWh » ne saurait donc être retenue comme référence dans le rapport de la PPE, et provient probablement d'une malheureuse coquille. Il semble important de la modifier dans le rapport définitif du rapport de la PPE, pour éviter toute confusion et majorer indûment d’un facteur de l’ordre de 10 les émissions de la filière nucléaire.