Inde : première divergence du PFBR, étape clé vers le cycle fermé du combustible
Avec le démarrage de son réacteur à neutrons rapides à caloporteur sodium de 500 MWe, l’Inde avance dans son programme de fermeture du combustible et s’impose comme un acteur majeur de cette filière de réacteurs.
Le chantier indien du réacteur à neutrons rapides surgénérateur, dit PFBR pour Prototype Fast Breeder Reactor, a été lancé en 2004. Malgré l’objectif initial d’une mise en service en 2010, il n’a divergé que le 6 avril 2026. Cependant, l’Inde, avec cette mise en service, devient l’un des trois pays au monde à disposer aujourd’hui d’un démonstrateur en exploitation avec la Russie et la Chine.
Le PFBR développé par Bhavini, une entreprise publique relevant du Département de l’Énergie Atomique (DAE), a bénéficié du retour d’expérience du RNR expérimental, le Fast Breeder Test Reactor, en exploitation depuis 1985 à Kalpakkam. Il est lui-même dérivé du petit RNR-Na français Rapsodie. Pour son démarrage, le PFBR dispose d’une couverture d’uranium-238 mais il a été conçu pour éventuellement accueillir du thorium-232 en périphérie du cœur afin d’avancer scientifiquement sur ces deux sujets.
Concernant le retraitement du combustible, sans lequel le déploiement de réacteurs à neutrons rapides est impossible, l’Inde dispose de plusieurs usines destinées aux combustibles du parc en exploitation. De plus, elle a inauguré en janvier 2024 une installation pilote pour la démonstration du retraitement du combustible des réacteurs à neutrons rapides.
Un programme nucléaire en trois étapes
« L’Inde est officiellement entrée dans la seconde phase de son programme nucléaire » s’est félicité le gouvernement. En effet, depuis ses origines, le programme nucléaire indien comporte trois étapes. La première est de produire de l’électricité avec des réacteurs utilisant de l’uranium naturel et de l’eau lourde comme modérateur. Il y a aujourd’hui 21 réacteurs de ce type en exploitation et une dizaine d’autres en construction.
Ce parc nucléaire produit d’ores et déjà le plutonium qui viendra alimenter le futur parc de réacteurs à neutrons rapides à caloporteur sodium (RNR-Na) dont le déploiement marquera l’achèvement de la deuxième étape du programme nucléaire indien. Avec l’utilisation d’uranium-238 en périphérie du cœur, ces réacteurs seront capables de produire plus de combustible qu’ils n’en consomment – c’est ce qu’on appelle la surgénération.
Enfin, la troisième étape, et c’est une spécificité indienne, est la mise en place d’un cycle thorium. Les réacteurs à neutrons rapides, grâce à une couverture du cœur cette fois-ci composée de thorium-232, produiraient de l’uranium-233, fissile donc utilisable par une nouvelle génération de réacteurs à eau lourde appelés AHWR. L’Inde dispose également de réserves naturelles de thorium sur son territoire. ■