Transition énergétique : tirons les leçons de l’expérience allemande - Sfen

Transition énergétique : tirons les leçons de l’expérience allemande

Publié le 20 mai 2014 - Mis à jour le 28 septembre 2021
  • Transition énergétique

« Le nucléaire qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas nous permet une transition énergétique plus sécure ». Ces mots sont ceux de Nicolas Hulot lors de son audition au Sénat, le 13 mai dernier. Considérant la douloureuse expérience allemande et conscient que l’objectif numéro 1 doit être la diminution des émissions de gaz à effet de serre, l’envoyé spécial du président de la République pour la préservation de la planète accorde au nucléaire l’avantage « d’éviter certaines options auxquelles d’autres pourraient être tentés, notamment dans les énergies fossiles » (charbon, gaz, ou pétrole).

Pour se réaliser, la nécessaire transition énergétique devra s’appuyer sur le nucléaire. Une technologie mature et éprouvée, seule à même d’aider les énergies renouvelables à se développer.  

 

Transition énergétique : le contre-exemple allemand

Depuis plusieurs années, les Allemands ont mis des moyens financiers et technologiques importants pour remettre à plat leur mix énergétique. Accompagnée par une opinion publique favorable, cette nouvelle trajectoire s’est traduite par une réduction de la part du nucléaire, et l’augmentation concomitante des énergies renouvelables et du charbon – et pas n’importe quel charbon, le plus sale : le lignite.

Cette transition énergétique « zéro nucléaire » se traduit par des coûts sociaux et environnementaux élevés. Avant d’être une transition énergétique, l’Energiewende semble être une transition pour aller des prix bas vers des prix élevés. L’Allemagne est sur le podium, en deuxième place des pays de l’OCDE dans lesquels l’énergie est la plus chère : 26,36cents/kWh, soit deux fois plus qu’en France (13,63cents/kWh). En Allemagne, les grandes entreprises bénéficient de l’exonération totale de charges et ne paient pas les équivalents des taxes françaises allouées à l’investissement dans le réseau électrique ou les renouvelables. Autrement dit, les consommateurs financent la transition énergétique. En quelques années, la facture d’électricité des particuliers a explosé, +80% entre 2000 et 2013, entraînant 1,4 million de ménages supplémentaires dans la précarité énergétique. Le coût social est énorme. En 2013, l’Allemagne dénombrait 6,9 millions de ménages en situation de précarité énergétique, contre 3,9 millions en France.

La seconde limite du modèle allemand est son coût environnemental. Alors que les experts du climat appellent à une diminution des émissions de CO2, Eurostat, l’institut de statistique de l’Union européenne, décerne à l’Allemagne la place de plus gros pollueur d’Europe avec une production de 760 millions de tonnes de CO2 en 2013, en hausse de 2% par rapport à 2012. 760 millions de tonnes de CO2 soit (encore une fois) le double de la France (345 millions de tonnes de CO2).  

 

Réussir la transition énergétique avec le nucléaire

Face aux incertitudes sur l’évolution de la demande énergétique et sur le rythme de développement des renouvelables, il est indispensable de conserver au nucléaire une place essentielle dans la production d’électricité.

Amortis depuis plusieurs années, chaque réacteur nucléaire français rapporte en moyenne 250 millions d’euros par an à la collectivité. Cette manne financière n’est pas négligeable quand on veut rénover les logements et développer les énergies renouvelables. Augmenter la durée d’exploitation des réacteurs nucléaires au-delà de 40 ans permet de préparer et d’accompagner la transition énergétique tout en préservant le pouvoir d’achat des ménages.

D’ici à 2025, le coût du mégawattheure nucléaire restera stable, aux alentours de 55 euros (contre 70 à 100 €/MWh pour la production thermique classique et 85 à 300 €/MWh pour les énergies renouvelables).

Pour conclure, laissons le mot de la fin au ministre de l’Economie, Arnaud Montebourg qui déclarait fin 2011 : « ce qu’il faut organiser, c’est d’abord la sortie du pétrole, pas celle du nucléaire. L’atome est justement l’outil pour assumer cette transition. C’est le moyen d’avancer sur le chemin de la réindustrialisation ».

Publié par Boris Le Ngoc (SFEN)

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