Première divergence d’Antares : pari tenu pour le programme de réacteurs avancés du DOE
Trois ans seulement après sa création, Antares a réussi à faire diverger un premier prototype de son réacteur refroidi par caloduc au sodium et alimenté en combustible Triso. Une performance qui concrétise l’ambition des programmes américains de démonstration de réacteurs avancés.
La date limite était fixée au 4 juillet 2026. Antares s’est donné un peu de marge en menant à bien une divergence avec son prototype de réacteur Mark-0 le jeudi 4 juin. La start-up américaine créée en 2023 devient ainsi la première à atteindre l’objectif de criticité du programme d’accélération de développement des réacteurs avancés porté par le Département de l’Energie américain (DOE). Créée il y a environ un an, cette initiative définit une feuille de route claire et ambitieuse : réaliser une divergence avec au moins trois des onze designs lauréats avant la fête nationale américaine de 2026.
Validation technique
Prequel du réacteur R1 qui sera commercialisé par Antares, Mark-0 a pour objectif de valider les principes physiques de la technologie mais aussi ses systèmes de contrôle, et sa chaîne d’approvisionnement. « Il s’agit d’un test à haute sécurité et à forte valeur informative qui joint la conception prévisionnelle à la réalisation physique. C’est aussi un facteur d’accélération », souligne John Bramble, PDG d’Antares dans un communiqué.
Attention cependant, cette expérience ne préempte pas de l’efficacité commerciale de l’équipement. « Antares a atteint la criticité à puissance nulle : la réaction en chaîne s’est maintenue essentiellement sans production d’énergie mesurable, souligne John Wagner, directeur de l’Idaho National Laboratory qui accueille le prototype dans un post LinkedIn. Il ne s’agit ni d’un fonctionnement à pleine puissance, ni d’une production d’électricité. C’est la preuve que le système fonctionne : la validation scientifique et technique dont dépendent les prochaines étapes. »
Pour autant c’est une avancée scientifique et nucléaire majeure pour le pays. Avec une unité refroidie par caloduc au sodium et alimentée en combustible Triso, ce réacteur représente une nouveauté technologique après une quarantaine d’années d’inertie. Et Antares compte bien capitaliser sur cette avancée. « Cette démonstration et le processus d’autorisation qu’elle établit constituent une étape clé vers le déploiement de microréacteurs producteurs d’électricité pour les installations militaires américaines d’ici le 30 septembre 2028 », souligne l’entreprise dans un communiqué. L’entreprise s’est engagée auprès des forces armées américaines, notamment dans le cadre du programme ANPI pour déployer son réacteur sur la base aérienne de San Antonio.
Dans une vidéo publiée sur X, le PDG d’Antares a présenté son prochain prototype baptisé Mark-1. « Nous sommes à quelques mois des tests complets de notre système de conversion d’énergie, et nous en connecterons un à un réacteur peu après », a-t-il déclaré. Pour ce second projet, une autorisation du régulateur américain sera cependant nécessaire.
Antares Mark-0 has achieved initial criticality! ⚛️ pic.twitter.com/gYQxy0ucrd
— Jordan Bramble (@jordanbramble) June 4, 2026
Cette annonce marque peut-être une étape décisive dans le processus réglementaire d’autorisation pour les nouvelles technologies nucléaires aux États-Unis. En effet, cette réussite n’est que la première d’une série. Si les objectifs du programme sont tenus au moins deux autres lauréats doivent réaliser une divergence dans les prochaines semaines. La course est donc toujours en cours entre Aalo Atomics, Atomic Alchemy, Deep Fission, Last Energy, Oklo (deux projets), Natura Resources, Radiant Industries, Terrestrial Energy et Valar Atomics.
Le programme d’accélération de démonstration du DOE fait partie d’une série de mesures prises par l’administration Trump à la mi-2025. En plus d’une série d’ordres exécutifs visant notamment à simplifier la réglementation, le gouvernement a lancé un dispositif visant à contourner certaines lourdeurs administratives. Le programme permet de s’affranchir en partie de la Commission de régulation nucléaire américaine (NRC) en se plaçant sous l’autorité du DOE, conformément à ce que prévoit la loi sur l’énergie atomique. Cette dernière précise en effet qu’une exclusion de l’obligation de licence est possible pour la construction ou l’exploitation de réacteurs « sous contrat ou pour le compte » du DOE.
Dans ce cadre, le programme est spécifiquement pensé pour « favoriser la recherche et le développement de réacteurs nucléaires, et non pour démontrer la viabilité commerciale des projets ». L’aide du DOE repose uniquement sur cette accélération des procédures. Si le programme vise aussi à débloquer rapidement des fonds privés pour les projets, « chaque entreprise est responsable des coûts associés à la conception, la fabrication, la construction, l’opération, et le démantèlement des réacteurs ». ■