[Les pouvoirs méconnus du nucléaire] Sauver les cornes de rhinocéros contre le trafic illégal
De la qualité de l’eau aux traces de pinceau cachées sous les chefs-d’œuvre, de la lutte contre les insectes à la protection des rhinocéros, le nucléaire déploie ses talents bien au-delà de la production d’électricité et de chaleur. Dans cette série estivale, la RGN vous invite à découvrir ces usages aussi méconnus que fascinants. Au programme aujourd’hui : le rôle de l’atome dans la lutte contre le braconnage et la contrebande des cornes de rhinocéros.
Il reste aujourd’hui moins de 28 000 rhinocéros à l’état sauvage, contre plus de 500 000 au début du XXᵉ siècle. « Le braconnage pour la corne de rhinocéros est la plus grande menace pour les cinq espèces de rhinocéros. » met en garde la Fondation internationale des rhinocéros. Chaque année, environ 1000 rhinocéros sont abattus illégalement en Afrique du Sud[1], le pays détenant la plus importante population mondiale de rhinocéros.

Graphique 1 : Nombre de rhinocéros blancs et noirs tués par le braconnage – Source : Fondation internationale des rhinocéros
La demande vient principalement de la Chine et du Vietnam. « Le principal moteur de demande est celui des sculptures décoratives et des babioles comme les tasses, bracelets et pendentifs », explique la Fondation. « En médecine traditionnelle chinoise, on pense que la corne possède des propriétés curatives, principalement pour réduire les fièvres. Il n’existe aucune preuve scientifique pour étayer cette croyance. » ajoute-t-elle.
Parmi les différentes stratégies mises en œuvre — telles que l’écornage, les patrouilles anti-braconnage, la coopération internationale et la sensibilisation des populations — le nucléaire apporte également une contribution significative à cette lutte.
Le projet rhisotope transforme la corne de cible à bouclier
« Les rhinocéros sont braconnés pour une raison : leur corne. Et si la corne elle-même pouvait servir de moyen de dissuasion ? », interpelle la Directrice Générale du Projet Rhisotope, Jessica Babich.
Le projet consiste à insérer en toute sûreté une petite quantité de matière radioactive dans la corne d’un rhinocéros. Elle est sans danger pour l’animal et pour l’environnement. Grâce à cette injection, les cornes pourront être détectées par des portiques, disposés aux frontières, dans les ports et les aéroports du monde entier, qui sont équipés de détecteurs à rayonnements. « À l’origine, les moniteurs de rayonnement portables n’étaient pas destinés à sauver les rhinocéros. Grâce au projet Rhisotope, cette technologie va désormais contribuer à lutter contre le trafic illicite d’espèces sauvages », explique Rafael Grossi, directeur général de l’AIEA.
Cette technologie transforme la corne en un puissant moyen de dissuasion contre le braconnage et réduit leur valeur sur le marché noir.
Le braconnage devient maintenant un pari perdant
Jusqu’à maintenant pour les trafiquants, le braconnage était considéré comme faiblement risqué mais hautement récompensé même avec les techniques mises en place comme l’écornage ou le taillage des cornes. Mais ces dernières sont limitées : elles sont chères, elles doivent être répétées tous les 18 à 24 mois. Mais cela est aussi couteux pour le mammifère. « C’est invasif, stressant, cela limite leur capacité à se défendre eux-mêmes et de se reproduire », ajoute Jessica Babich.
Le projet rhisotope a changé la donne. Il offre une meilleure protection sur le long terme. Il s’injecte en quelques minutes, dure 5 ans et surtout n’impacte pas le rhinocéros car il peut garder sa corne. « C’est le seul projet avec une conservation de la corne qui augmente la chance de détection », se félicite Docteur Roger Howsley, membre de la direction du projet rhisotope.
Cette technologie augmente les chances d’interception et de poursuite judiciaire. Pour les trafiquants pris en flagrant délit de contrebande de matières radioactives, les conséquences sont bien plus graves. Le braconnage devient hautement risqué et faiblement récompensé.
La prochaine étape est maintenant de traiter plus de 500 rhinocéros pour que ces derniers aient le plus de chance de vivre à l’état sauvage tout en gardant leur corne. ■