Suède : le pays envisage de nouveaux réacteurs nucléaires - Sfen

Suède : le pays envisage de nouveaux réacteurs nucléaires

Publié le 20 octobre 2022
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Le nouveau gouvernement suédois souhaite lancer la construction de nouveaux réacteurs nucléaires et s’interroge sur le redémarrage de deux réacteurs arrêtés récemment. Les accords entre les démocrates de Suède, les chrétiens-démocrates, les libéraux et les modérés visent ainsi à abandonner l’objectif « 100 % renouvelable » pour le 100 % bas carbone.

L’avenir du nucléaire en Suède semble se préciser. La nouvelle coalition, via les accords du Tidö (Tidö agreement, du nom du château où les négociations ont eu lieu), prévoit notamment que l’exploitant Vattenfall étudie la faisabilité de construire deux réacteurs supplémentaires à Ringhals ou sur d’autres sites. Plusieurs évolutions du code de l’Environnement sont par ailleurs envisagées pour faciliter et accélérer le développement du nucléaire, en particulier les petits réacteurs modulaires (SMR). Les accords prévoient notamment de faciliter le financement des projets nucléaires avec un soutien important de l’État et à raccourcir le processus administratif pour autoriser de nouvelles unités.

Ce nouvel élan semble définitivement tourner la page de sortie du nucléaire qui, après un référendum en 1980, était à l’origine prévue en 2010. Le moratoire fut abrogé en 2011 par un gouvernement de centre-droit dont l’action ne fut pas remise en cause par la coalition de 2014, rassemblant des écologistes et des sociaux-démocrates.

Compétitivité : un parc nucléaire longtemps sous pression

En 2021, avec six réacteurs en opération, le nucléaire représentait 31 % de l’électricité produite dans ce pays de 10 millions d’habitants. La capacité nucléaire est en baisse avec la fermeture de plusieurs réacteurs ces dernières années : Oskarshamn-2 (640 MW, 2016), Oskarshamn-1 (470 MW, 2017), Rhingals-2 (900 MW, 2019), Ringhals-1 (900 MW, 2020). La fermeture des deux unités de Ringhals a été le fruit d’un raisonnement économique alors qu’en 2015 l’exploitant Vattenfall anticipait des prix bas de l’électricité et donc un manque de compétitivité de l’atome. Cette compétitivité était également entachée par un ensemble de taxes, levées par la suite.

L’avenir du nucléaire restait, malgré la suppression des taxes, incertain comme le soulignait en 2019 l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dans son analyse. En effet, bien que l’objectif fixé en 2016 soit l’atteinte de la neutralité carbone en 2045 avec une production électrique provenant à 100 % des énergies renouvelables en 2040, « il s’agit bien là d’un objectif et non d’une date limite pour le nucléaire, analysait l’AIE. Cela ne sous-entend pas non plus la fermeture de centrales nucléaires pour des raisons politiques », clarifiait-elle.

Retournement des marchés de l’énergie

Néanmoins, encore en 2019, « les prix bas de l’électricité sur le marché nordique pourraient se prolonger dans le futur […]. De nouveaux investissements dans le nucléaire sont donc peu probables à moyen terme. […] La capacité nucléaire existante pourrait ne pas rester en service à moyen terme si les prix de gros de l’électricité baissent fortement et si les services rendus au système électrique par l’énergie nucléaire ne sont pas correctement rémunérés », concluait l’AIE. Une réalité qui semble bien loin aujourd’hui avec l’envolée des prix de l’énergie en conséquence du conflit en Ukraine

L’accord aborde également la question de l’adaptation de la régulation pour les petits réacteurs modulaires (SMR). Plus tôt dans l’année, en juin 2022, Vattenfall a par ailleurs annoncé étudier la faisabilité de construire deux SMR à Ringhals. Une étude dont les résultats ne sont pas attendus avant fin 2023, voire début 2024. Concernant le parc en exploitation, le nouveau gouvernement veut étudier la faisabilité de redémarrer les deux unités de Ringhals fermées en 2019 et 2020. ■

Gaïc Le Gros (Sfen) – Crédit photo ©Jonas Ekstromer TT News Agency/AFP

Légende : Les leaders de la nouvelle coalition, Johan Pherson (Parti libéral), Jimmie Akesson (Démocrates de Suède), Ulf Kristersson (Parti modéré), Ebba Busch (Parti Chrétien-démocrate).

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