“Notre stratégie s’articule autour de trois axes clés : excellence du produit, fourniture de systèmes intégrés et accompagnement long terme de nos clients”, Eric Blanc - Sfen

“Notre stratégie s’articule autour de trois axes clés : excellence du produit, fourniture de systèmes intégrés et accompagnement long terme de nos clients”, Eric Blanc

Publié le 19 décembre 2013 - Mis à jour le 28 septembre 2021
  • Jeune Génération

 Quelles sont les spécificités et les challenges actuels à relever pour le contrôle-commande nucléaire ? Mesures post-Fukushima, extension de la durée de vie des centrales ou encore développement du nucléaire dans les pays émergents, Ines Daoud et Silvain Ikazaki ont eu l’opportunité de poser ces questions à Eric Blanc de Rolls-Royce.   

SFEN Jeune Génération : pourriez-vous nous décrire en quelques mots votre parcours professionnel ?

Eric Blanc : j’ai une formation d’Ingénieur Mécanique (FH Germany) et un Master de l’IMD Lausanne. J’ai évolué au sein du groupe ABB durant 20 ans, à plusieurs niveaux managériaux, notamment dans la division Robotique, Automatisme et Energie.

J’ai ensuite rejoint le groupe Rolls-Royce en 2011 comme VP Operations I&C, dans le but de renforcer l’entité et d’améliorer son efficacité opérationnelle. Président de l’entité I&C depuis Mars 2013, j’ai pour objectif de pérenniser et de développer son activité. L’entité I&C comprend plusieurs filiales en France, en République Tchèque et en Chine.  

Qu’est-ce que le contrôle-commande ? Quelles sont les particularités du contrôle-commande dans l’industrie nucléaire ?

EB : Le contrôle-commande comprend toute la chaîne de traitement d’information depuis les capteurs, qui mesurent des informations au sein du réacteur (pression, température, flux neutronique…), au traitement de ces informations par des systèmes électroniques, qui envoient des ordres à des actionneurs permettant de commander le réacteur. L’ensemble de ces fonctions sont assurées par des systèmes conçus pour assurer la sûreté du réacteur. Le contrôle-commande existe dans de nombreuses industries. Le contrôle-commande nucléaire est néanmoins spécifique, compte tenu des fortes exigences de sûreté et de fiabilité. Les normes du domaine exigent des processus de réalisation d’étude rigoureux, une indépendance des contrôles et des inspections régulières. Sur le plan matériel, les équipements doivent résister à de fortes contraintes (séisme, pression, température, rayonnements…), et doivent rester opérationnels quelles que soient les conditions (normales, accidentelles, post-accidentelles). Ces exigences sont poussées à l’extrême par rapport à d’autres domaines, et nous conduisent à avoir une diversité matérielle ou logicielle au niveau de nos solutions, et de mettre en place des niveaux de redondance et de séparation importantes.  

Pourriez-vous nous retracer l’histoire de l’entité contrôle-commande de Rolls-Royce à Grenoble ? Au fil de votre histoire, quelles ont été les principales évolutions de votre entité l’unité I&C de Grenoble ?

EB : L’entité contrôle-commande de Rolls-Royce a une histoire très riche, qui a commencé dans les années 70, au moment de la construction du parc nucléaire français. Sous le nom de Merlin Gerin, l’entité a démarré son activité par la détection neutronique. Le périmètre s’est ensuite élargi à l’électronique qui accompagne la partie détection neutronique, puis aux systèmes de sûreté et de contrôle, notamment le système de protection du réacteur et le système de contrôle des barres, et enfin à de l’instrumentation spécifique, à savoir des transmetteurs de pression Bibloc. Au fil du temps, nous avons également développé et étoffé notre offre de services, assurant un support long terme à nos clients. Nous avons ainsi accompagné l’ensemble du développement du parc français depuis les réacteurs 900MW jusqu’aux réacteurs N4, nous permettant ainsi de bénéficier d’un partage d’expérience et d’une industrialisation sur près de 40 ans auprès d’un exploitant reconnu mondialement. Nous avons également développé notre activité à l’international avec de nombreux projets, notamment en Chine sur l’ensemble des réacteurs de conception Framatome et sur la totalité des réacteurs chinois de type CPR1000, et en République Tchèque avec la modernisation des 4 réacteurs VVER de Dukovany. Nous sommes aujourd’hui présents sur 200 réacteurs de 20 pays.

ous avons certes connu une évolution sur le plan de l’enseigne (de Merlin Gerin à Schneider, puis à DS&S avant de rejoindre le groupe Rolls-Royce) mais nous avons conservé les mêmes compétences techniques, la même structure et surtout un même socle de solutions que nous avons su faire évoluer au fil des années. Ces solutions comprennent de l’instrumentation critique de sûreté, des systèmes de contrôle du cœur et des solutions de support long terme. Le fait d’avoir rejoint le groupe Rolls-Royce renforce cette ouverture à internationale par l’approche des marchés indiens et anglais et nous permet de renforcer notre positionnement en Europe de l’Est, profitant de la stratégie internationale pratiquée dans les autres secteurs de Rolls-Royce que sont l’aéronautique et la marine. Nous pouvons dire que la stratégie de l’entreprise aujourd’hui s’articule autour de trois axes clés : excellence du produit, fourniture de systèmes intégrés et accompagnement long terme de nos clients.  

Quelles sont les tendances de l’entreprise ces derniers temps ?

EB : La collaboration avec EDF, avec notamment la mise en place inédite dans les années 80 de systèmes numériques, nous a placés en position de référence sur un certain nombre de systèmes et solutions dans le domaine du contrôle-commande nucléaire. La volonté de Rolls-Royce et de notre entité contrôle-commande à Grenoble est de continuer à rester une référence dans ces domaines, en poursuivant le développement de nos technologies, mais aussi en élargissant notre périmètre d’action et notre gamme de solutions. Ceci permettant d’assurer une offre diversifiée et de poursuivre notre ouverture à l’international, à la fois sur des projets de nouvelles constructions, sur des projets de modernisation et sur la gestion de la durée de vie des centrales en opération. Au cours des 5 dernières années, l’entreprise a connu une forte croissance. Nous avons plus que doublé les effectifs, et multiplié notre chiffre d’affaire par 3 durant cette période. La priorité est désormais de maîtriser cette croissance, de façon à satisfaire au mieux nos clients, en leur apportant le plus haut niveau de qualité.  

Une centrale nucléaire est un objet de très haute technologie, avec de nombreuses interfaces entre les différents systèmes. Le contrôle-commande d’une centrale devant englober toutes ces interfaces, comment une entreprise comme Rolls-Royce peut-elle intégrer tous ces éléments ?

EB : Avec l’expérience et le savoir-faire que nous avons acquis en accompagnant le développement du parc français pendant 40 ans, nous avons la capacité aujourd’hui de répondre point par point aux attentes spécifiques d’un concepteur de réacteur, d’un exploitant, ou d’une autorité de sûreté. Ne pas être concepteur d’îlot nucléaire n’est pas un handicap, cela peut même être un atout, garantissant une fraîcheur de vue, de la créativité dans nos propositions. Par exemple, le projet de rénovation du contrôle-commande du palier 1300MW, aussi appelé projet VD3 1300MW M2C CO3, est aujourd’hui le plus important au monde. C’est une référence qui s’impose par elle-même de par la nature, la taille et la durée de notre l’engagement. Ce projet permet de valoriser notre approche technologique, ainsi que notre support et notre engagement sur le long terme vis-à-vis de tout autre client.  

Quel rôle pensez-vous que Rolls-Royce doit avoir dans les challenges actuels du nucléaire en France et à l’étranger (post Fukushima, extension de la vie des réacteurs nucléaires, développement du nucléaire dans des pays émergents, etc.) ?

EB : L’un de nos rôles est évidemment de répondre au durcissement des réglementations liées aux conditions post-accidentelles telles que le réclament plusieurs autorités de sûreté suite à l’accident de Fukushima. C’est typiquement le genre de sujets sur lesquels nous avons une valeur ajoutée pour répondre aux problématiques du client. L’extension de la durée de vie du parc nucléaire Français est un autre enjeu important pour Rolls-Royce, qui est impliqué dans les programmes de rénovation des différents paliers. La gestion de l’obsolescence de composants électroniques est une problématique clé sur laquelle nous apportons également une importante valeur ajoutée. Le développement du nucléaire dans les pays émergents est également un enjeu majeur. Les attentes sont très variables dans ces pays. Elles dépendent de la maturité de l’autorité de sûreté, du concepteur de la centrale et de l’exploitant.

Notre responsabilité peut varier entre la fourniture simple d’équipements (détecteurs neutroniques, transmetteurs de pression, Sondes de température), à la fourniture de systèmes complets ou à des solutions de support pour des clients dont le degré de maturité est moins important (certains pays de l’Europe de l’Est ou en Chine), où notre valeur ajoutée pour accompagner les clients dans le processus de licensing est très importante.  

Quel message souhaitez-vous faire passer aux jeunes professionnels du nucléaire ?

EB : Je pense qu’on ne peut pas s’investir dans le secteur nucléaire sans avoir un engagement ou une passion. Le nucléaire est un domaine où l’on se doit d’apporter de l’excellence. On n’a pas le droit à l’erreur, car la sûreté nucléaire dépend en partie de la qualité de notre travail. Et pour arriver à ce résultat, au-delà des garde-fous que sont les contrôles ou les inspections, il est indispensable que chaque acteur soit engagé dans ce qu’il fait. Le nucléaire est également un domaine où les technologies sont passionnantes, et s’inscrit dans une vision d’avenir qui ne se compte pas en années mais en décennies. Quel que soit le futur paysage énergétique, il y aura toujours une place pour le nucléaire pendant des décennies. Si les jeunes se reconnaissent dans ces valeurs, alors oui, il y a une place pour eux dans le nucléaire.  

Par Rédaction

  • Jeune Génération