La start-up qui mise sur les réacteurs à sels fondus - Sfen

La start-up qui mise sur les réacteurs à sels fondus

Publié le 23 décembre 2015 - Mis à jour le 28 septembre 2021
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L’effervescence américaine est contagieuse et d’autres entrepreneurs se lancent dans l’aventure pour créer leur propre technologie de réacteurs nucléaires. C’est le cas de Terrestrial Energy. Depuis bientôt trois ans, cette entreprise canadienne développe un réacteur à sels fondus : le « Réacteur Intégral à Sels Fondus » (Integral Molten Salt Reactor, IMSR). Pour le dirigeant de cette start-up de 30 personnes, Simon Irish, financier aguerri, l’objectif est de commercialiser une première unité dans la prochaine décennie.

 

Comment est née Terrestrial Energy ? 

Simon Irish – Nous avons créé Terrestrial Energy en janvier 2013. L’objectif de notre entreprise est de commercialiser un réacteur à sels fondus : le Réacteur Intégral à Sels Fondus (Integral Molten Salt Reactor, IMSR). Ce réacteur a été imaginé par notre directeur technologique, le Docteur David Leblanc. Notre entreprise fête ses trois ans. Nous avons plus de 30 salariés aujourd’hui, dont certains qui sont hautement qualifiés, et le projet avance.

En 2016, nous allons présenter notre technologie à l’autorité de sûreté nucléaire canadienne et engager le processus de pré-licence. Notre ambition est d’avoir certifié, construit et commencé à exploiter notre première unité au Canada pendant les années 2020.

Nous sommes persuadés que nous pouvons commercialiser l’IMSR pendant les années 2020. Plusieurs facteurs viennent conforter cette idée. Le premier est l’état de préparation de la conception de l’IMSR. Un premier prototype avait été conçu et exploité entre 1965 et 1969 par le laboratoire national d’Oak Ridge (Tennessee, États-Unis). Il s’agissait alors du réacteur expérimental à sels fondus (MSRE) de 8 MW thermique. Tout comme le MSRE, l’IMSR utilise un combustible sous forme de fluorure d’uranium. Ce combustible est mélangé avec des sels porteurs. Le cœur de ce réacteur « bruleur » fonctionne avec un spectre thermique, modéré par des éléments de graphite. Le combustible est un liquide, alors que les réacteurs nucléaires conventionnels utilisent tous un combustible solide. Ce liquide contient le combustible nucléaire et sert aussi de liquide de refroidissement primaire.

En outre, notre conception intégrée, qui comprend une unité-cœur remplaçable, supprime la problématique de l’obsolescence des matériaux, souvent citée comme un obstacle à la commercialisation. En réalité, bien qu’il y ait beaucoup de travail d’ingénierie à faire, il n’existe pas d’obstacle technique insurmontable à la commercialisation de l’IMSR.

 

Quelle sera la puissance du réacteur ?

SI – L’IMSR est un petit réacteur modulaire. L’unité elle-même est de 400 MW thermique, ce qui représente 192 MW électrique. 

Nous sommes confiants à l’idée que nous pourrons commercialiser et exploiter une première unité pendant les années 2020.  

 

Terrestrial Energy

Réacteur Intégral à Sels Fondus 

 

Pourquoi avoir fait le choix de cette technologie ?

SI – Notre analyse est que parmi les réacteurs de quatrième génération, seule la technologie des réacteurs à sels fondus offre « l’innovation coût » dont le nucléaire a besoin pour être compétitif par rapports aux énergies fossiles qui dominent les marchés de l’énergie.

J’entends trop souvent cette petite musique qui voudrait que le réacteur à sels fondus fait face à des défis technologiques importants qui mettront des années à se résoudre. C’est totalement faux. D’abord, il n’y a pas de « modèle unique » de réacteur à sels fondus. Derrière ce terme générique se cache une multitude de technologies et on ne peut pas avoir un avis sur cette technologie sans faire référence à la conception spécifique en question. Il est vrai que certains modèles doivent surmonter des défis techniques majeurs, mais c’est également le cas pour l’univers des réacteurs à combustible solide.

Aujourd’hui, le nucléaire n’a pas de problème technologique, il a un problème économique : la technologie des réacteurs conventionnels est trop compliquée et trop chère. Si vous voulez remplacer les énergies fossiles vous avez besoin d’un produit compétitif. Chez Terrestrial Energy, nous pensons que notre produit sera adapté aux besoins du marché et de l’industrie : sûr, simple et facile à exploiter. Ce sont des conséquences directes de l’utilisation d’un combustible liquide aux sels fondus et de notre architecture « intégrée ».

 

Est-ce difficile d’être une start-up dans l’industrie nucléaire ?

SI – En Amérique du Nord, et en particulier aux Etats-Unis, l’économie est très dynamique lorsqu’il s’agit d’investir pour soutenir des entreprises ou des technologies innovantes. Le secteur privé est moteur : il n’y a qu’à regarder le rôle croissant joué par les entreprises américaines dans le lancement de satellites pour s’en convaincre.

Il est important de comprendre qu’aujourd’hui, le développement d’une nouvelle technologie de réacteur n’a rien à voir avec un programme d’envergure tel que le programme Apollo de voyage sur la Lune. Désormais, le secteur privé peut assurer le développement des nouveaux réacteurs.

Nous croyons que nous pouvons changer le secteur de l’énergie. L’IMSR sera à n’en pas douter une innovation qui répondra aux besoins essentiels du marché d’aujourd’hui en étant à la fois propre, évolutive, compétitive et sûre. 

Comment l’industrie vous accueille-t-elle ?

SI – Ce qui est vraiment essentiel pour notre entreprise est de convaincre nos pairs – les ingénieurs des grandes entreprises du secteur – des mérites industriels et commerciaux de notre technologie.

Les premières expériences que nous avons eues depuis la création de Terrestrial Energy ont été très encourageantes. L’industrie se montre très intéressée par notre réacteur IMSR, ce qui est une excellente surprise ! Les différents acteurs reconnaissent qu’il n’y a pas d’obstacle technique à la commercialisation de l’IMSR. Ce sont aussi des hommes d’affaire qui reconnaissent à la fois l’opportunité énergétique de cette technologie et les perspectives commerciales des vingt prochaines années.

 

Que pensez-vous du programme américain « GAIN » ?

SI – La Maison Blanche a mis en place en 2015 un ensemble d’initiatives pour soutenir l’innovation nucléaire. L’Administration Obama montre ainsi qu’elle reconnaît l’importance de l’innovation nucléaire pour l’économie américaine, la sécurité d’approvisionnement énergétique et le respect des engagements climatiques des Etats-Unis.

Le programme GAIN s’intègre dans un panel de mesures et constitue un signal important pour les prochaines politiques en matière de R&D nucléaire. GAIN permettra de mettre des ressources considérables du réseau des laboratoires nationaux des États-Unis à la disposition des entreprises privées qui développent de nouveaux réacteurs. C’est une bonne chose ! Nous vivons des moments passionnants pour le développement des nouveaux réacteurs.

 

Publié par Boris Le Ngoc (SFEN)

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