Rolls-Royce SMR passe du projet au concret au Royaume-Uni
Via son entreprise publique Great British Nuclear, le gouvernement britannique a signé un contrat avec Rolls-Royce SMR ouvrant la voie à la préparation du site de Wylfa pour trois unités de 470 MW. Pour l’entreprise comme pour le pays, cette annonce marque une étape majeure dans la course européenne au nouveau nucléaire.
Les premiers SMR européens verront-ils le jour au Royaume-Uni ? C’est du moins l’ambition du gouvernement britannique qui a signé lundi 13 avril un premier contrat avec Rolls-Royce SMR, lançant ainsi officiellement les activités pour une première série de trois réacteurs. Cette annonce est le fruit d’une accélération de la stratégie nucléaire du Royaume-Uni, portée par son bras armé : l’entreprise publique Great British Nuclear (GBN). « En cette période d’instabilité mondiale, il s’agit d’une étape majeure pour la sécurité énergétique de la Grande-Bretagne », souligne le secrétaire d’Etat à la Sécurité énergétique et à la neutralité carbone Ed Miliband.
Dans le détail, l’accord trouvé permet « le démarrage des travaux sur le site, grâce à un contrat ferme autorisant Rolls-Royce SMR à développer sa conception adaptée au site et à commander les composants essentiels auprès des fournisseurs », précise l’entreprise dans un communiqué. En parallèle, le National Wealth Fund s’est engagé à investir jusqu’à 599 millions de livres sterling dans le projet, notamment pour « soutenir l’avancement de la conception générique de cette nouvelle technologie ». Il s’agit du deuxième investissement du fonds public dans le secteur du nucléaire après un prêt pour le projet de Sizewell C en juillet 2025.
Renaissance d’un site
Ce soutien offre ainsi la visibilité nécessaire à Rolls-Royce pour intensifier son programme de recrutement. Il permet aussi de préparer le site de Wylfa situé au nord du Pays de Galles à l’arrivée de trois unités SMR à eau pressurisée pour une capacité totale de 1,4 GW. « Nous soutenons une entreprise britannique pour la réalisation de nos premiers petits réacteurs modulaires, créant ainsi une génération d’emplois de qualité, stimulant la croissance et fournissant une énergie propre et locale pour les décennies à venir », ajoute Ed Miliband. Rolls-Royce SMR estime que le projet devrait créer jusqu’à 3 000 emplois locaux au plus fort de la construction et environ 5 000 emplois supplémentaires à l’échelle nationale.
Pour l’île d’Ynys Môn, l’accueil des SMR ouvre un nouveau chapitre de son histoire nucléaire, après une période atone. En effet, deux réacteurs Magnox (à l’uranium métallique non enrichi modéré au graphite et refroidi au gaz) de 490 MWe ont fonctionné sur le site entre 1971 et 2015. Après ces fermetures, Wylfa devait faire l’objet d’un projet d’Hitachi qui souhaitait y construire deux réacteurs ABWR de 1,4 GW chacun. Mais cette initiative a finalement été abandonnée en 2019, la viabilité économique des unités n’étant pas garantie.
Le futur du site s’est concrétisé avec le rachat par le gouvernement du terrain en 2024 pour 160 millions de livres. Puis en novembre 2025, avec sa sélection pour accueillir les premiers SMR du pays. De manière plus large, le gouvernement britannique s’est engagé à consacrer plus de 2,6 milliards de livres sterling à son programme SMR. « GBN a déjà attribué cette année plus de 350 millions de livres sterling de contrats à travers la chaîne d’approvisionnement, y compris à certaines des plus grandes entreprises britanniques », souligne l’exécutif.
Une approche européenne
Le Royaume-Uni est le pays où Rolls-Royce SMR est le plus avancé au niveau réglementaire. Le développeur est entré dans la troisième et dernière phase de la revue générique de conception (General design assessment – GDA) de l’Office national de régulation nucléaire en juillet 2024. D’après les estimations calendaires du gouvernement, cette étape « doit durer environ 24 mois », et permet par la suite à l’exécutif de délivrer une déclaration d’acceptabilité de conception.
Pour autant, le développeur britannique prépare aussi son arrivée sur le continent. Rolls-Royce SMR est en effet un partenaire privilégié de l’énergéticien tchèque CEZ qui a pris une participation de 20 % dans l’entreprise fin 2024. Dans ce cadre, les deux parties ont signé un accord permettant de lancer des travaux préliminaires pour étudier et préparer l’implantation de jusqu’à 3 GW près du site nucléaire de Temelin. D’autre part, la technologie de Rolls-Royce SMR est l’une des deux seules à avoir atteint la phase finale du processus de sélection de partenaire de Vattenfall pour le développement de SMR en Suède. Avec cette approche globale à la maille européenne, l’entreprise britannique cherche à s’assurer une place à l’avant du peloton dans la course au nouveau nucléaire. ■