Le programme nucléaire polonais se prépare - Sfen

Le programme nucléaire polonais se prépare

Publié le 4 septembre 2014 - Mis à jour le 28 septembre 2021
  • Monde

Marc PONCHET, responsable à l’Agence France Nucléaire International, fait le point pour la SFEN sur le programme nucléaire polonais.

Alors que les tensions en Ukraine ravivent la question de l’indépendance énergétique polonaise – selon les sources, 60 à 80% du gaz utilisé en Pologne provient de Russie – le gouvernement polonais a adopté en début d’année son « Programme nucléaire polonais (PPEJ)» dont la traduction en anglais est disponible en ligne depuis début août.

La Pologne veut augmenter sa capacité de production électrique en développant l’énergie nucléaire 

Le PPEJ porte sur « l’ensemble des actions à mener pour permettre un fonctionnement sûr et efficace des premières centrales nucléaires, pour assurer la totale sureté du cycle du combustible et pour envisager le futur démantèlement des installations nucléaires ». Il s’appuie sur la « Politique énergétique de la Pologne à l’horizon 2030 » adoptée par le Conseil des Ministres le 10 novembre 2009.

A cet horizon, la Pologne envisage d’augmenter sa capacité de production électrique de 35 GW actuels jusqu’à 45 GW et pour y répondre souhaite introduire l’énergie nucléaire dans son mix énergétique à l’horizon 2024. Selon le calendrier présenté dans ce Programme Nucléaire Polonais, le choix de la technologie pour la première centrale nucléaire polonaise devrait intervenir à la fin 2016 – début 2017. Un projet préliminaire de mix énergétique polonais 2050 a été publié le 14 août 2014 par le ministère de l’économie. Celui-ci contient l’option de diversification nucléaire.

Il faut souligner que cette confirmation de la volonté politique de lancer un programme nucléaire intervient dans un contexte économique qui reste favorable, avec une croissance du PIB qui devrait atteindre 3,5% en 2014 et 3,85% en 2015. Le commerce extérieur de la Pologne a généré un excédent commercial de 700 millions d’euros au cours des quatre premiers mois de l’année 2014. La France est le 4ème client de la Pologne (6%) et son 5ème fournisseur (4%). Le chômage reste toutefois le point faible de l’économie polonaise avec un taux de 13% au mois d’avril 2014.

La France et la Pologne sont cosignataires, parmi 10 pays européens, d’un courrier en date du 25 juillet, adressé au Commissaire européen Oettinger pour soutenir la nécessité d’un mix énergétique équilibré incluant l’énergie nucléaire en Europe.

L’offre industrielle française en Pologne

L’ensemble des acteurs français industriels et institutionnels sont mobilisés pour soutenir l’offre industrielle française portée par AREVA et EDF. Ces derniers ont multiplié leurs efforts pour sensibiliser et informer les partenaires polonais impliqués dans le développement de ce projet. De son côté, le 28 novembre 2013, la SFEN et son homologue, la Polskie Towarzystwo Nukleoniczne (PTN) ont signé un accord de coopération.

En parallèle, l’AFNI[1], en partenariat avec l’ambassade de France à Varsovie poursuit son travail de coordination et d’animation du soutien institutionnel. La formation reste un sujet prioritaire en Pologne. Le département de l’énergie nucléaire du ministère de l’économie devrait remettre fin août à l’AIEA pour évaluation son projet de rapport portant sur le « Human Capacity Building ». Ce premier rapport définissant le besoin polonais en matière de ressources humaines devrait être validé par le Ministre de l’Economie d’ici fin 2014.

Dans le même temps, le ministère de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur polonais annonce le lancement d’un appel d’offres international pour la formation de 120 étudiants polonais à l’énergie nucléaire. L’I2EN[2], qui a rencontré en mai dernier avec l’AFNI, les acteurs principaux de la formation pour le projet nucléaire (ministères, universités, instituts de recherche) coordonne les partenaires français concernés par cet appel d’offre et l’ensemble des actions dans le domaine de la formation en général. 5 offres de stages pour doctorants et 11 offres de stages de fin de master sont proposées par les acteurs français à l’Université polytechnique de Varsovie (WUT). De son côté, l’Université Technologique de Gdańsk (GUT) a fait part à l’I2EN de son souhait d’une coopération franco-polonaise dans le but de créer un centre d’information et de formation sur l’énergie en Poméranie.

La sûreté est une priorité

La coopération en matière de sûreté est également l’un des sujets prioritaires franco-polonais. Une délégation de l’Autorité de sûreté polonaise (PAA) conduite par son Président Janusz Włodarski s’est rendue en France du 2 au 4 juillet dernier. Plusieurs visites et réunions étaient prévues : à l’IRSN, à EDF sur le site du chantier EPR Flamanville 3 et à l’ASN en présence de M. Pierre-Franck Chevet. Les échanges ont porté sur le licenciant, l’organisation générale de l’ASN et les relations avec l’IRSN, la politique de communication et de transparence, la culture de sûreté, les missions IRRS[3] et la coopération bilatérale. Huit spécialistes de PAA ont par ailleurs participé le 9 juillet à l’Ambassade de France à une réunion technique de présentations de plusieurs codes de calculs français. Les exposés étaient assurés par le CEA, l’IRSN et l’Andra.

 

[Délégation de l’Autorité de sûreté nucléaire polonaise – chantier de l’EPR de Flamanville]

Délégation de l’Autorité de sûreté nucléaire polonaise – chantier de l’EPR de Flamanville

 

De son côté, l’IRSN a rencontré en mai dernier PAA et les candidats aux statuts d’organismes de support technique (TSO). PGE, l’électricien polonais chargé du projet visant à construire les deux premières centrales nucléaires de 3000 mégawatts chacune, a annoncé le 7 juillet que la société AMEC Nuclear UK Ltd a été choisi par PGE EJ1 comme assistant à la maîtrise d’ouvrage (Owner’s Engineer). AMEC collabore depuis 2006 avec EDF Energy dans le cadre du projet nucléaire de Hinkley Point. L’attribution de ce contrat d’Owner’s Engineer devrait contribuer à relancer la dynamique du projet industriel. Par ailleurs, le DEN polonais a sollicité la France sur la possibilité d’initier une coopération portant sur le soutien apporté par les Etats au développement de l’industrie nucléaire. L’AFNI s’est proposé de définir plus précisément les besoins polonais. Une réunion ad hoc a été organisée le 27 juin dernier au ministère de l’Économie.

L’actualité nucléaire franco-polonaise reste dense et l’intérêt polonais pour l’expérience française en matière de développement de l’énergie nucléaire bien réel

Parmi bien d’autres initiatives, on peut retenir la venue en France d’une délégation polonaise pour le salon World Nuclear Exhibition du 14 au 16 octobre et l’organisation à Varsovie d’un séminaire consacré à l’ « Approche globale de sûreté : standards, codes et méthodes – Nécessité de dialogue entre les parties prenantes » le 30 octobre.

De nombreux congrès et séminaires permettront tout au long des prochains mois de poursuivre ce travail de partenariat qui, tout en valorisant l’expérience française renforce la compréhension et la confiance entre les hommes, toutes deux indispensables au soutien de la future offre industrielle française.

 

[1]L’Agence France Nucléaire International (AFNI) est un établissement public à caractère industriel et commercial, créé en 2008 au  Commissariat à l’énergie atomique. Elle a pour vocation d’aider les États étrangers souhaitant développer une filière nucléaire civile.

[2]L’Institut international de l’énergie nucléaire (I2EN) est un organisme français qui a pour mission de faciliter l’accès des formations françaises aux étudiants étrangers. Il est hébergé par le Commissariat à l’énergie atomique dans les locaux de l’INSTN à Saclay. Il rassemble 24 partenaires de la filière nucléaire française : universités, grandes écoles, industriels, organismes et agences de recherche et ministères

[3] Integrated Regulatory Review Service (IRRS) mission d’inspecteurs de l’AIEA

 

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