Les prix spot de l’électricité augmentent et c’est une bonne nouvelle pour la planète - Sfen

Les prix spot de l’électricité augmentent et c’est une bonne nouvelle pour la planète

Publié le 2 octobre 2018 - Mis à jour le 28 septembre 2021
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Les prix de l’électricité sur le marché européen ont augmenté ces derniers mois. L’évolution du prix du CO2 n’y est pas étrangère. Un signal de bon augure dans la lutte contre le changement climatique en Europe, même si beaucoup reste à accomplir pour débarrasser le Vieux Continent des énergies fossiles.

Depuis le début de l’année, les prix du CO2 sont en forte hausse. Le marché a réagi à l’évolution de la réglementation du marché du carbone en Europe, et notamment au doublement du « taux d’absorption » de la réserve de stabilité (Market Stability Reserve) prévu sur la période 2019-2023. L’évolution soudaine des prix anticipe les futures réductions de quotas de carbone (équivalents à la sortie du marché de près de 1,4 milliard de tonnes de carbone) pour la période 2019-2023. Ce mécanisme de réserve de stabilité a été mis en place par la réforme du marché carbone européen de février 2018, pensée pour réhausser les cours, tombés très bas ces dernières années.

Cette situation s’est doublée d’un regain d’intérêt pour le marché du CO2 de la part d’acteurs financiers. Plusieurs acteurs spéculatifs qui avaient quitté le marché du carbone semblent de nouveau s’y intéresser : des départements « CO2 » ont réouvert dans certaines banques et chez certains brokers.

35 € la tonne de CO2 en 2019 ?

La forte hausse constatée depuis la mi-août peut aussi s’expliquer par des signaux envoyés au marché. Le niveau élevé des prix de l’électricité a pu envoyer le signal d’une plus grande utilisation des moyens thermiques et donc de plus grand besoin en quota de CO2. Pourtant, ce serait surtout une note d’analyse publiée au cours du mois d’août qui aurait fait réagir le marché. En effet, Mark Lewis, un expert reconnu travaillant pour Carbon Tracker, a publié une mise à jour d’une note qu’il avait publiée en début d’année détaillant ses prévisions d’évolution des prix. Il donne désormais une vision prospective à 25€/t à la fin de l’année et 35€/t en 2019.


Avec ce prix du CO2, l’Union européenne pourrait réaliser des économies d’émissions d’environ 400 millions de tonnes de carbone sur la période 2019-2023. Une hausse durable du prix de la tonne de CO2 serait donc fortement bénéfique pour le climat.

Cette baisse des émissions serait notamment due à l’inversion de la priorité d’appel sur le réseau de certaines centrales à gaz par rapport à des centrales à charbon. Le gaz serait ainsi plus compétitif, et avec un bilan carbone deux fois moins élevé que le charbon, il permettrait de baisser les émissions de CO2. Rappelons cependant que l’Union européenne a un objectif de neutralité carbone en 2050 et que dans ce contexte le gaz ne peut être qu’une solution de transition, au contraire du nucléaire.

Le prix élevé du CO2 rend d’ailleurs le nucléaire plus compétitif face aux énergies fossiles quand on tient compte des coûts complets, à condition cependant que ce niveau de prix du CO2 soit stable sur une longue période.

 

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Beaucoup reste à faire

Or, ce prix élevé n’est pas garanti sur le long terme. Mi-septembre, le prix du CO2 est d’ailleurs très rapidement passé de plus de 25€/t à environ 20€/t. Cette évolution a eu un impact direct sur le marché de l’électricité. Cette baisse peut s’expliquer par la réunion de plusieurs évènements. Le premier est la fin d’un problème d’approvisionnement de gaz en Europe depuis la Russie qui a fait baisser les prix du gaz et ainsi du CO2 en considérant la règle selon laquelle le prix du certificat n’avait alors pas besoin d’être à ce niveau pour provoquer l’inversion du merir order gaz/charbon. Quasiment en même temps, une information a été largement relayée selon laquelle l’UE pourrait réémettre des quotas si leur prix était sur 6 mois consécutifs supérieur à la moyenne du prix des deux années passées. En effet, l’article 29-A de la directive ETS précise que si ces conditions sont remplies le Conseil européen peut se réunir et intervenir pour réinjecter des permis. Même si ce critère n’était alors pas respecté, le marché, fortement spéculatif, a peut-être réagi rapidement à la baisse. La Pologne, qui recoure massivement au charbon dans sa production d’électricité, a notamment fait appel pour dire que les prix étaient trop élevés.

D’autre part, paradoxalement, après deux ou trois ans, à politique inchangée, la tonne de CO2 pourrait revenir à niveau très bas car le marché électrique aura alors plus d’énergie renouvelable. Or, dans ces conditions, ce qui explique le prix élevé du CO2 d’aujourd’hui n’existera plus. Ainsi, de manière contre intuitive, plus la part des énergies renouvelables qui ne se financent pas par les prix de marché augmente, plus le prix du CO2 baisse et donc plus le charbon est compétitif face au gaz.

Beaucoup reste donc à faire, d’autant en effet que 46 % des émissions globales échappent encore à toute tarification selon l’OCDE, et 12 % seulement donnent lieu à une tarification supérieure à 30 euros/tonne de CO2, niveau correspondant à l’estimation basse de leur coût réel pour l’environnement. Si la progression de la tarification des émissions de carbone devait se poursuivre au rythme actuel, il faudrait attendre 2095 pour qu’elle soit au niveau des coûts réels occasionnés par les effets sur le climat.


Par la rédaction

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