23.01.2018

« La passion des systèmes complexes » - Catherine Devic, Leader du projet ConnexITy

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Par Boris Le Ngoc (SFEN)

A 46 ans, Catherine Devic est aux avant-postes de la transformation numérique de la filière nucléaire. Cette ingénieure formée sur les bancs de Sup Telecom Bretagne semblait prédestinée à piloter un projet d'envergure comme celui de ConnexITy.

Après plusieurs projets d’industrialisation d’infrastructures et de services à l’échelle nationale et européenne réussis, Catherine Devic s’oriente aux débuts des années 2000 vers la recherche appliquée dans le domaine de la téléphonie mobile, des réseaux de capteurs sans fil en environnement industriel et du contrôle-commande. « Pendant plus de huit ans, j’ai piloté un groupe de recherche d’une trentaine de personnes dans le domaine du contrôle commande de centrales électriques et de la sûreté de fonctionnement des systèmes programmés. »

C’est à cette époque qu’elle se passionne pour l’ingénierie des systèmes complexes. « Cela m’intéresse de développer les techniques et solutions permettant de maîtriser dans la durée les systèmes complexes et de faciliter l’intégration des nouvelles technologies pour une exploitation plus performante. » Elle s’est d’ailleurs investie plusieurs années dans l’Association française d’ingénierie système en tant que vice-présidente.

C’est donc tout naturellement qu’en juin 2011, elle se voit proposer la responsabilité de la programmation des activités de recherche d’EDF R&D dans le domaine de l’ingénierie des systèmes complexes. « À cette époque, j’ai piloté, en collaboration de la Direction générale des entreprises, l’un des plus gros projets de R&D dans le domaine des systèmes embarqués : le cluster Connexion [1]. » Ce projet dédié à l’innovation dans le contrôle-commande nucléaire s’est achevé en 2016 et est à l’origine du projet filière ConnexITy qu'elle dirige aujourd'hui. « Connexion a permis de lever une dizaine de verrous scientifiques. Des produits ont ensuite été commercialisés par les partenaires. Nous avons également eu des retombées en matière de démarche outillée dans le contrôle-commande. Surtout, nous avons démontré qu’il était possible de faire rimer « complexité », « agilité » et « simplicité ». Nous pouvons travailler plus efficacement dès lors que l’ensemble des acteurs est impliqué en amont du projet. Le numérique offre des outils précieux pour fluidifier et simplifier les interfaces. » Animée par le sens du collectif, Catherine Devic est convaincue que les grandes innovations du nucléaire sont nées d’une symbiose entre tous les partenaires de la filière. « Le succès du cluster Connexion a inscrit la nouvelle initiative, ConnexITy, dans une formidable dynamique : la R&D de la filière se fédère sur les innovations numériques et il est aujourd’hui plus simple d’intégrer les briques technologiques des uns et des autres ».

Pour Catherine Devic, la filière nucléaire est caractérisée par sa complexité et l’impérieuse nécessité de délivrer un travail de qualité tout en respectant de fortes exigences. Reste que d’autres secteurs peuvent inspirer de nouvelles méthodes. Catherine Devic regarde ainsi de près l’aéronautique : « La qualification d’un avion se fait à 80 % au sol. La filière dispose d’un atelier intégré avec le cockpit d’avion qui commence en numérique à piloter les simulations multiphysiques, puis, au fur et à mesure de l’avancée du projet, chaque modèle numérique est remplacé par son vrai équipement physique ». Une source d’inspiration pour la filière nucléaire ?