Otrera et Hexana s’installent dans les territoires historiques du nucléaire français
Les développeurs de SMR Hexana et Otrera ont annoncé des plans de développement début avril. Alors que le premier lance des études d’implantation dans le Gard rhodanien pour sa tête de série, le second a sélectionné un site pour une usine et un pôle technologique près de Cherbourg.
Après une période atone, le secteur français des petits réacteurs modulaires repart de plus belle. Les annonces du conseil de politique nucléaire en mars 2026 ont relancé une dynamique dont les développeurs récoltent les premiers fruits. Après les bonnes nouvelles de Jimmy, Calogena ou encore Newcleo, c’est au tour d’Otrera et de Calogena de présenter leurs avancées.
Otrera a fait le choix de la région normande pour l’implantation d’une usine industrielle, doublée d’un pôle technologique. Située sur la commune des Pieux, proche de Cherbourg, cette zone géographique permet à la start-up de s’appuyer sur un écosystème nucléaire solide. Proche du site d’implantation, on peut notamment souligner la présence de différents centres d’Orano, comme l’usine de retraitement de La Hague, mais aussi des sites de Beaumont, Saint-Sauveur, ou Valognes. Quelques kilomètres plus loin, se trouve aussi la centrale nucléaire de Flamanville.
Dynamique normande
La région a apporté son soutien au développement du projet dès les premières phases à travers différentes actions : identification du site, appui stratégique, soutien financier et prise de participation. « En plus du puissant écosystème cherbourgeois, un élément déterminant a été l’accompagnement de la Région via son fonds Normandie Participation » au coût global estimé à 50 millions d’euros pour le bâtiment et les machines, confie Frédéric Varain, président d’Otrera à la RGN. Pour la région, accueillir cette usine représente aussi un bénéfice social avec 200 à 250 emplois directs et 350 à 400 emplois supplémentaires induits sur le territoire à moyen terme.
Plusieurs zones étaient envisagées pour le développement d’Otrera, mais « le site des Pieux apparaît comme celui pouvant être industrialisé le plus rapidement », détaille encore le fondateur de la Start-up. Le temps est un enjeu que ne néglige pas Otrera. L’entreprise a établi un calendrier prévisionnel ambitieux : « Dans les grandes lignes, nous souhaitons lancer les travaux sur site en 2027, afin de pouvoir recevoir les premières machines dès 2028, et commencer les opérations sur les composants de réacteurs en 2029 », liste Frédéric Varaine. Le site des Pieux accueillera une usine de fabrication des composants clés du réacteur, comme les pompes, cuves, barres de contrôle et échangeurs, mais aussi un pôle technologique, pour la réalisation d’essais sur ces mêmes composants.
Avancées industrielles
« Dans un premier temps, l’usine remplira aussi le rôle d’atelier de fabrication, avec le montage des composants. L’idée est aussi de permettre la réalisation des tests en usine, notamment sur le bloc chaudière qui est transportable, souligne Frédéric Varaine. Le réacteur atteindra des températures aux alentours de 500 ou 550°C, l’idée est donc de pouvoir tester des boucles complètes à l’usine, pour limiter ensuite les besoins de démonstration une fois le réacteur complètement monté. »
Actuellement, le design du réacteur développé par Otrera est à l’étape de revue préparatoire des échanges techniques avec l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR). Les travaux réglementaires devraient cependant avancer rapidement : « Nous avons une réunion officielle de clôture le 15 avril, et nous souhaitons déposer le dossier pour la pré-instruction des options de sûreté au début du mois de mai », souligne Frédéric Varaine. La première unité de démonstration devrait voir le jour en 2032 sur un site distinct, Otrera envisage notamment une implantation sur le site du CEA à Marcoule.
Aventure régionale
De son côté, Hexana a annoncé le lancement d’études d’implantation pour la construction de son premier SMR. Celui-ci sera installé dans la communauté d’agglomération du Gard rhodanien. « L’objectif est de débuter la phase d’industrialisation au second semestre 2026, qui inclura la mise en œuvre de moyens expérimentaux destinés à la qualification et aux essais programmés », explique à la RGN Sylvain Nizou, cofondateur et président d’Hexana. L’entreprise prévoit de démarrer la construction de sa tête de série en 2031, pour une exploitation à partir de 2035.
Le bassin économique de Bagnols-sur-Cèze offre différents avantages à la start-up essaimée du CEA. D’abord, elle accueille plusieurs industries énergivores et consommatrices de chaleur qui représentent des clients potentiels pour Hexana. « Notre réacteur pourra être couplé au réseau mais aussi à différents moyens de production d’hydrogène, un vecteur énergétique sur lequel la région est très dynamique », précise Sylvain Nizou. Au-delà des débouchés, les ambitions énergétiques du Sud-Est sont un argument de taille. « Les objectifs locaux et régionaux placent l’industrie nucléaire comme un enjeu prioritaire. Aussi, les acteurs du territoire nous fournissent une aide précieuse dans notre stratégie d’implantation », poursuit le président.
Retour aux sources
Si la construction du SMR devrait mobiliser au pic d’activité environ 2 000 personnes, Hexana permettra de créer de manière pérenne 150 à 200 emplois directs pendant les 80 ans d’exploitation visés. Comme pour Otrera en Normandie, Hexana peut compter sur un écosystème nucléaire déjà bien installé dans le Gard, à l’image du site du CEA de Marcoule ou les organisations Cyclium et Le Collectif. « C’est une région historique du nucléaire français, et plus encore pour les réacteurs à neutrons rapides refroidis au sodium », commente Sylvain Nizou.
En plus de ces travaux sur son choix d’implantation, Hexana avance sur d’autres aspects techniques et réglementaires. Actuellement dans la phase de revue préparatoire des échanges techniques avec l’ASNR, le projet de SMR devrait entrer dans la phase d’instruction en fin d’année 2026, avec le dépôt du dossier d’options de sûreté. En parallèle, Hexana apportera sa contribution au programme de fermeture du cycle annoncé lors du Conseil de politique nucléaire de mars 2026. « Le gouvernement a élargi le soutien qu’il apporte aux SMR et à la filière nucléaire lors du CPN, explique Sylvain Nizou. Après avoir été lauréats de l’AAP France 2030, Hexana poursuit en priorité son développement commercial au travers de financements essentiellement privés tout en cohérence avec le cadre national de relance des RNR Sodium. » ■