Nucléaire : le triplement d’ici 2050 est possible… et même dépassable
Viser un triplement de la capacité nucléaire en 2050 est un objectif très ambitieux, mais indispensable pour le climat. Selon la World Nuclear Association, cette ambition est atteignable, voire dépassable… à condition d’accélérer les constructions à un rythme inédit, de prolonger les réacteurs existants et de mettre en place des mesures politiques de long terme.
D’après le World Nuclear Outlook Report, publié par la World Nuclear Association en janvier 2026, si les objectifs nationaux sont respectés, la capacité nucléaire mondiale pourrait atteindre environ 1446 GW, dépassant l’objectif de tripler la capacité nucléaire mondiale d’ici 2050. Cette ambition, soit environ 1200 GW, avait été soutenue par 33 pays dans l’élan de la COP 28 sur le climat de 2023. L’atome est désormais considéré comme « élément central des stratégies en matière de climat et de sécurité énergétique » souligne ce rapport.
En novembre 2025, la capacité nucléaire mondiale s’élevait à 376,3 GW, fournie par 416 réacteurs en service. Pour atteindre l’objectif de 1446 GW, il faudrait pratiquement quadrupler la capacité nucléaire actuelle. Concrétiser cet objectif impliquera d’accélérer la construction de nouvelles installations à un rythme inédit, de prolonger l’exploitation des réacteurs existants et d’engager des réformes majeures des cadres politiques et des marchés.
L’urgence de traduire l’ambition en mesures concrètes
Des mesures politiques devront être mises en place rapidement par les États. Le rapport met en évidence qu’il est essentiel de “reconnaître que l’énergie nucléaire est un pilier central pour atteindre les objectifs climatiques mondiaux, en particulier compte tenu de l’augmentation prévue de la demande en électricité et en énergie”. L’atome devra être intégré dans la planification à long terme de la décarbonisation et de la sécurité énergétique, au même titre que les énergies renouvelables et d’autres technologies à faible émission carbone.

Le rôle clé de l’exploitation à long terme
Parmi les 1446 GW, 27 % seront issus de la prolongation des réacteurs à 60 ans et 80 ans. Selon l’agence internationale de l’énergie, « prolonger la durée de vie des centrales nucléaires est l’un des moyens les plus rentables d’assurer une production supplémentaire à faible émission de carbone »1. Loin d’être une simple option envisagée pour l’avenir, l’exploitation à long terme des réacteurs constitue déjà une réalité pour plusieurs parcs dans le monde. En juin 2025, 43 réacteurs en fonctionnement avaient dépassé les 50 ans de service, soit près de 10 % des réacteurs actuellement opérationnels dans le monde.
À ceux qui pourraient s’interroger sur une éventuelle dégradation des performances des réacteurs avec l’âge, le World Nuclear Performance Report répond « les réacteurs ayant fonctionné pendant 40 ans ou plus continuent d’afficher de bonnes performances ». Il n’existe aucune corrélation entre la baisse du facteur de charge et l’âge des installations .
Accélération des calendriers de construction
Tous les cinq ans, les États devront mettre en service de nouvelles capacités nucléaires, de plus en plus importantes à mesure que se rapproche l’objectif de 2050. Entre 2046 et 2050, 65,3 GW de nouvelles capacités nucléaires devront être construites chaque année. C’est le double du pic historique atteint au milieu des années 1980.

Pour respecter ces vitesses de construction, la définition de politiques nucléaires et de stratégies industrielles durables et réalistes sera nécessaire. Elle permettra des investissements à long terme et le maintien des capacités industrielles. Les gouvernements devront aussi soutenir les mécanismes d’octroi de licences, d’implantation et de financement afin de faciliter les plannings de construction.
Le succès de cette ambition dépendra également de la mobilisation de financements. Ce volet constitue lui aussi un véritable défi, car les projets nucléaires nécessitent des investissements colossaux. Pour répondre à ces enjeux, plusieurs modèles de financement du nucléaire ont déjà été proposés en Europe, comme en Pologne, en République tchèque ou encore au Royaume-Uni. ■