Les Etats-Unis remettent l'uranium en production - Sfen

Les Etats-Unis remettent l’uranium en production

Publié le 10 juillet 2026
Exploitation mine uranium

Le rapport annuel de l’Energy Information Administration (EIA) signale une activité minière et une production de concentré en forte hausse, atteignant des niveaux inédits depuis dix ans. Les investissements dans l’exploration et le développement sont également en hausse.

Une production minière en hausse de 150 %, des volumes de concentré multipliés par 3 : l’activité de la filière nationale de l’uranium aux Etats-Unis a connu un rebond marqué en 2025, d’après les dernières données publiées par l’EIA. Cette embellie est alimentée par les politiques de soutien au nucléaire et à la souveraineté énergétique, mais reste timide au regard des capacités historiques.

Les mines américaines ont produit près de 1,4 million de livres d’U3O8 en 2025 (soit environ 630t), principalement sur des sites de récupérations in situ (ISR) dans les états bordant les montagnes Rocheuses, Wyoming et Nouveau-Mexique en tête. La barre du million de livres est dépassée pour la première fois depuis 2017, confirmant le regain d’activité déjà enclenché en 2024. La fabrication de concentré a elle atteint 2,1 millions de livres (environ 950t), dont environ 60% par des producteurs américains.

La hausse proportionnellement spectaculaire de la production s’accompagne de quelques réserves. Son niveau reste faible par rapport aux standards récents, puisqu’elle n’atteint qu’un tiers de l’activité du début des années 2010 ; sans même oser la comparaison avec les records historiques des années Reagan, durant lesquelles le pays comptait 250 mines en activité, selon les chiffres de la World Nuclear Association, contre 8 à l’heure actuelle. De même, l’EIA note que les projets ISR en activité ont une capacité annuelle théorique de 13,3 millions de livres, suggérant que les exploitants se gardent bien de grignoter leurs réserves.

Les premiers effets des politiques de souveraineté énergétique

Les chiffres de l’EIA ne manqueront pas de réjouir son autorité de tutelle, le département fédéral de l’énergie (DOE), largement mobilisé pour mettre en œuvre les politiques de soutien au développement du nucléaire et au renforcement de la souveraineté énergétique. Dans la continuité de la précédente administration, les leviers financiers actionnés depuis 2024 ont davantage concerné les activités de conversion, d’enrichissement et de fabrication de combustibles; mais plusieurs projets miniers ont récemment bénéficié des nouvelles procédures accélérées d’autorisation et de revue d’impact environnemental.

La multiplication des signaux en faveur de la relance du nucléaire a manifestement encouragé les opérateurs du secteur minier à parier sur la relance de la production domestique d’uranium. Cette dynamique transparait aussi dans la hausse significative des dépenses d’investissement et les activités d’exploration, à leur plus haut niveau depuis 2014, selon l’EIA. Au moins 7 projets ISR seraient déjà planifiés, d’une capacité additionnelle totale de 10,5 millions de livres.

Une relance durable, même proche des standards historiques, ne suffira cependant pas à la filière pour répondre seule à une demande en hausse constante (plus de 50 millions de livres en 2024 pour les réacteurs civils, selon l’EIA). La souveraineté énergétique est donc un horizon pour alimenter la relance, mais pas forcément un objectif atteignable en lui-même. ■

Par Paul Laurent, Journaliste indépendant

Image : L’exploitation de l’uranium connaît un regain d’activité aux États-Unis, porté par les politiques de soutien à la filière nucléaire et à la souveraineté énergétique. – @Shutterstock/Parilov