Le combustible nucléaire usé, une source d'énergie considérable - Sfen

Le combustible nucléaire usé, une source d’énergie considérable

Publié le 25 avril 2023 - Mis à jour le 26 avril 2023
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Selon l’association internationale de défense de l’environnement RePlanet, si les stocks existants de combustible nucléaire usé étaient recyclés et réutilisés comme combustible pour les réacteurs à neutrons rapides, ils pourraient produire de l’électricité sans émission de carbone pour l’Europe pendant une durée de 600 à un millier d’années.

Dans son nouveau rapport intitulé « What a waste : Comment la fission rapide peut fournir une énergie propre à partir des déchets nucléaires », l’ONG environnementale européenne RePlanet[1] explique que les réacteurs nucléaires européens « ont une longue histoire d’utilisation sûre et ont fourni des quantités prodigieuses d’électricité propre pendant des décennies ». Cependant, il note qu’ils utilisent moins de 1 % du potentiel énergétique réel de l’uranium naturel utilisé pour fabriquer leur combustible et que les assemblages de combustible irradié retirés des réacteurs sont pour partie considérés dans certains pays européens comme des « déchets nucléaires ». (En France, dans le cadre de la stratégie de fermeture du cycle du combustible, les matières valorisables sont séparés des déchets.)

Bien que ces combustibles usés ne constituent pas une menace significative pour l’environnement ou la santé[2], ils représentent un défi politique et comptent parmi les raisons les plus souvent invoquées pour justifier l’opposition à l’énergie nucléaire malgré son caractère bas carbone, indique le rapport.

Selon RePlanet, l’utilisation future de ce combustible usagé dans une nouvelle génération de réacteurs à neutrons rapides permettrait « d’éliminer le problème des déchets grâce à un processus de transformation des déchets en énergie sans carbone ». Il note que la plupart des produits de fission restants reviendraient à un niveau de radioactivité comparable à celui du minerai d’uranium d’origine en l’espace de 200 à 300 ans. « Cela signifie que les stratégies actuelles de stockage en couches géologiques profondes peuvent être simplifiées et réduites », suggère le rapport. Il est à noter que même avec un déploiement massif des réacteurs à neutrons rapides, le stockage géologique reste nécessaire, un certain nombre de colis de déchets ayant déjà été produit, ou le seront avant le déploiement de ces réacteurs.

Le rapport indique qu’en utilisant un calcul basé principalement sur les inventaires actuels d’uranium, « il y a suffisamment d’énergie dans les « déchets » nucléaires pour faire fonctionner l’Europe avec la consommation électrique actuelle » pendant 600 à 1 000 ans. Le rapport ajoute : « Si l’on tient compte des ressources non conventionnelles d’uranium et de thorium, le combustible nucléaire est essentiellement illimité : il suffit de fournir à une civilisation humaine en pleine croissance une énergie sans carbone pendant des dizaines de milliers d’années, et probablement bien plus longtemps ».

Opposition non-scientifique

Le rapport ajoute que « cela transformerait un fardeau en un élément utile d’une activité économique circulaire légitime ». Lors du lancement du rapport, les responsables de la campagne RePlanet ont appelé les partis verts européens à mettre fin à leur opposition « dangereuse et non scientifique » à l’énergie nucléaire. Cela est d’autant plus important que la récente publication du rapport de synthèse du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) montre une urgence de plus en plus pressante pour réduire suffisamment les émissions de carbone et atteindre l’objectif d’un réchauffement limité à 1,5°C. Les militants de RePlanet affirment que l’opposition au nucléaire retarde la transition énergétique vers des économies neutres en carbone.

« Les discours politiques actuels traitent le combustible nucléaire usé comme un déchet qui doit être enfoui sous terre », a déclaré Mark Lynas, auteur spécialisé dans le climat et cofondateur de RePlanet. « Nous montrons dans ce rapport de RePlanet que les déchets nucléaires doivent simplement être recyclés efficacement afin de générer des siècles d’énergie propre pour l’Europe et le Royaume-Uni. Ces matières ne sont pas des déchets, mais des combustibles pour l’avenir », ajoutent encore les auteurs.

La dernière Revue générale nucléaire (RGN), publiée par la Sfen, intitulée « Recycler, réutiliser, sécuriser », est consacrée à l’aval du cycle du combustible. Vous pourrez dans le dossier de ce numéro retrouver deux articles consacrés à l’utilisation des combustibles usés :

Par la Sfen avec World Nuclear News (WNN)

Copyright : Elément du combustible dans la piscine du réacteur , effet Cherenkov, vue en plongée – ©MetayerMarc/EDF

[1] RePlanet se décrit comme « un réseau d’organisations caritatives de base motivées par des solutions scientifiques au changement climatique, à l’effondrement de la biodiversité et à la nécessité d’éliminer la pauvreté ».

[2] Ils occupent des volumes insignifiants par rapport aux déchets produits par d’autres industries et ne nuisent à personne s’ils sont correctement protégés.

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