Japon : Sendai, premier réacteur à redémarrer - Sfen

Japon : Sendai, premier réacteur à redémarrer

Publié le 10 août 2015 - Mis à jour le 28 septembre 2021
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Ce mardi, la compagnie Kyushu Electric Power (EPCO) a remis en service le réacteur 1 de la centrale de Sendai. Ce symbole est important et traduit la volonté des autorités de redémarrer le nucléaire quatre ans après l’accident de Fukushima.

Retour sur les étapes qui ont jalonné le redémarrage de Sendai 1. 

 

La centrale de Sendai

Dans la préfecture de Kagoshima (sud-ouest du Japon), la centrale nucléaire de Sendai est composée de deux réacteurs à eau pressurisée de 890 MWe. Cette technologie est la même que celle des réacteurs français.

Sendai est exploitée par Kyushu Epco. Avant l’accident de Fukushima, l’opérateur projetait de construire une troisième unité sur le site: un réacteur APWR (1 538 MWe).

L’électricien détient une autre installation dans le sud-ouest du pays, dans la préfecture de Saga : la centrale de Genkai (4 réacteurs). 

L’autorité de sûreté nucléaire présente à chaque étape du redémarrage

Avant de remettre Sendai 1 en service, Kyushu Epco est passé sous les fourches caudines de la nouvelle autorité de sûreté japonaise, la NRA (Japan Nuclear Regulation Authority). Celle-ci a revu à la hausse l’ensemble des critères de sûreté. De nombreux aménagements techniques, organisationnels et humains ont été engagés. A Sendai, l’équipe de nuit est désormais composée de 52 techniciens et ingénieurs contre seulement 12 avant l’arrêt de la centrale.

La NRA a mené des inspections sur site avant, pendant et après chaque étape du redémarrage. Le processus a été long : Kyushu Epco avait déposé son dossier de redémarrage en juillet 2013.

Parallèlement, la NRA a jugé que les dispositions techniques prises par l’exploitant étaient techniquement compatibles avec les nouvelles normes de sûreté. Des moyens importants ont été alloués pour faire face à une éventuelle perte d’alimentation électrique ou de refroidissement en cas de tsunami, séisme, typhon, attentat ou d’éruption volcanique.

La centrale de Sendai est située à 60 km du Mont Sakurajima, un volcan actif dont l’éruption la plus violente remonte à 30 000 ans. Les volcanologues estiment qu’une énorme éruption est très faible, d’autant que les dispositifs permettent de surveiller l’activité du volcan et de prévoir une éruption dix ans à l’avance. La NRA a donc considéré qu’il y avait suffisamment de temps pour arrêter le réacteur et mettre le combustible nucléaire à l’abri en cas d’éruption ou de risque d’éruption.

 

Examens de sûreté de la NRA.jpg

Examens de sûreté de la NRA

L’accord des populations locales

La NRA n’est pas la seule à décider du redémarrage d’une installation. Les populations locales et leurs élus sont aussi appelés à se prononcer. Leur avis est décisif : en cas de refus, la centrale ne peut pas redémarrer.  

Consultées en octobre 2014, les populations locales ont soutenu le redémarrage des deux réacteurs de la centrale de Sendai. D’après le Japan Atomic Industrial Forum (JAIF), sur les 26 élus locaux, 19 se sont prononcés pour la remise en service de Sendai 1 et 2, quatre contre et trois se sont abstenus. Le maire a également donné son accord.

En outre, les communes situées dans un rayon de 30 km autour de la centrale de Sendai ont toutes établi un plan d’évacuation d’urgence détaillé. La mise en place de ce plan d’évacuation n’est pas une condition légalement nécessaire au redémarrage. Cependant, il s’agit d’une condition de « bon sens ». Suite à cela, la préfecture de Kagoshima prévoit des travaux d’élargissement de certaines routes pour renforcer la capacité d’évacuation.

 

Le chargement du combustible nucléaire

Suite aux inspections de pré-démarrage menées par la NRA, 157 assemblages de combustible nucléaires ont été chargés à l’intérieur du réacteur 1. L’opération a duré trois jours – contre 4 initialement prévus – début juillet.

 

Un exercice de crise réussi

Kyushu Epco a effectué ses derniers exercices de sécurité avant le redémarrage. Ces tests supervisés par la NRA ont permis d’évaluer la capacité des équipes du site à faire face à une situation similaire à celle de Fukushima Dai-ichi. Le dispositif a montré que les équipes sont capables de maintenir le réacteur refroidi et la pression de l’air dans les installations dans des conditions sûres pour les travailleurs et les populations.

 

Les bénéfices du redémarrage

Kyushu Epco estime que la remise en exploitation de Sendai 1 permettra de réduire de 60 millions de dollars par mois les coûts liés à l’utilisation des combustibles fossiles. Cela contribuera également à réduire les émissions de CO2. Cet été, le Japon a enregistré des hausses de température record et une dégradation importante de la qualité de l’air.

Une fois redémarré, le réacteur atteindra sa criticité[1] 12 heures plus tard. Kyushu EPCO vérifiera alors son bon fonctionnement pendant trois jours avant de commencer à effectivement produire de l’électricité. Le réacteur atteindra progressivement sa puissance maximale pour subir une ultime inspection et enfin démarrer sa mise en service à disposition du réseau électrique mi-septembre. Sendai 2 devrait redémarrer à la mi-octobre.

 

chargement du combustible nucléaire - Sendai.jpg

Chargement du combustible nucléaire – centrale de Sendai (Japon)

[1] La criticité est une des conditions qui permet d’amorcer et d’entretenir la réaction en chaîne.

Publié par Boris Le Ngoc (SFEN) avec les éléments de l’Ambassade de France au Japon

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