Le Japon s’apprête à redémarrer deux réacteurs nucléaires - Sfen

Le Japon s’apprête à redémarrer deux réacteurs nucléaires

Publié le 7 octobre 2014 - Mis à jour le 28 septembre 2021
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Suite à l’accident de Fukushima, les autorités japonaises ont décidé d’arrêter progressivement l’ensemble des réacteurs nucléaires de l’archipel. Ce choix fragilise l’économie du pays contraint d’importer massivement des énergies carbonées, charbon et gaz, pour maintenir un niveau égal de production d’électricité. Ces importations ne sont pas sans conséquence sur la facture d’électricité des ménages et des entreprises dont le pouvoir d’achat et la compétitivité s’érodent de plus en plus.

Face à une situation économique dégradée, le gouvernement de Shinzo Abe soutient le redémarrage des centrales nucléaires. Cependant, la décision reste entre les mains de l’autorité de sûreté nucléaire nippone (NRA), seule à même de décider du redémarrage d’une centrale.

Dans ce contexte, une première centrale nucléaire sera remise en activité dans les prochains mois, celle de Sendai, dans le sud-ouest du pays. D’autres redémarrages sont à l’étude ; le gouvernement ayant en tête de fixer la part de l’énergie nucléaire dans la production d’électricité d’ici fin 2015.

 

L’importation d’énergies carbonées fragilise l’économie japonaise

Pour compenser l’électricité qui n’est plus produite par le nucléaire, le Japon importe de grande quantité d’énergies carbonées, à hauteur de plus de 25 milliards d’euros chaque année. Ces coûts creusent le déficit de la balance commerciale.

Au premier semestre 2014, le Japon a même enregistré un déficit de 54 milliards d’euros, le plus important sur une période de six mois depuis que la mesure existe. Le record est ainsi battu pour la deuxième fois consécutive après qu’un déficit de 48 milliards d’euros ait été enregistré au second semestre 2013.

 

Les ménages et les entreprises touchés par la hausse des prix de l’électricité

L’importation des énergies carbonées impacte directement les ménages et les entreprises qui ont vu leur facture d’électricité augmenter respectivement de 20% et 30%.

De nombreuses entreprises, parmi lesquelles une majorité de PME, dont la compétitivité s’est dégradée, ne parviennent plus à couvrir les coûts de l’électricité et des voix s’élèvent pour inverser cette tendance.  

Si la situation perdure et si les réacteurs ne redémarrent pas dans les meilleurs délais et les meilleures conditions de sûreté, l’impact négatif sur l’économie japonaise pourrait devenir chronique.

 

Le Japon renonce à respecter les objectifs du protocole de Kyoto

Le pays dans lequel a été signé le premier accord mondial sur le climat ne pourra pas tenir les objectifs qu’il s’était fixé. Le Japon, troisième puissance économique du monde et pays réputé pour sa capacité à innover, n’a pas réussi à substituer une énergie bas carbone (le nucléaire) par une autre énergie bas carbone (les renouvelables).

Disposant de moyens financiers et technologiques importants, il n’a pu faire autrement que de recourir aux énergies carbonées pour produire son électricité. Augmentant du même coup les émissions de gaz carbonique.

 

Le redémarrage de Sendai aura lieu dans quelques mois

En juillet, les deux réacteurs à eau pressurisée de 846 MWe de la centrale nucléaire de Sendai ont reçu l’autorisation de l’autorité de sûreté nucléaire (NRA) pour leur redémarrage.

Avant que la centrale puisse être relancée, l’exploitant Kyushu Electric Power doit remettre à la NRA des documents techniques (concernant l’exploitation du site notamment), puis obtenir l’avis des autorités locales qui donneront ou non leur accord au redémarrage. De son côté, le gouvernement nippon s’est déjà prononcé en faveur d’une relance de tous les réacteurs présentant des conditions de sûreté optimales.

Sendai devrait donc être la première centrale nucléaire à fournir à nouveau de l’électricité. D’autres réacteurs pourraient suivre : actuellement des dossiers sont examinés par la NRA pour 17 réacteurs. Et le gouvernement japonais a manifesté sa volonté de déterminer la part du nucléaire dans le mix électrique avant la conférence climatique (COP21) de Paris fin 2015.

Publié par Boris Le Ngoc

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