France-Pologne : les voies d’un partenariat nucléaire - Sfen

France-Pologne : les voies d’un partenariat nucléaire

Publié le 11 septembre 2014 - Mis à jour le 28 septembre 2021
  • Economie

La Pologne, fortement dépendante du charbon, a fait le choix en 2009 du développement d’un important programme nucléaire. Les autorités polonaises posent les jalons de cette réalisation avec les acteurs nucléaires français.

En Pologne, le secteur énergétique est historiquement dépendant du charbon, et le restera significativement dans les années à venir. En 2009, le gouvernement polonais a redéfini sa politique énergétique à l’horizon 2030. Il s’agissait de répondre à la pression européenne et internationale l’incitant à diminuer ses émissions de CO2. Il s’agissait aussi  de répondre à la croissance annoncée de la consommation d’électricité. La Pologne envisage d’augmenter son potentiel énergétique de 35 GW actuellement, à 45 GW en 20130. Elle souhaite, pour y parvenir, introduire l’énergie nucléaire dans son mix énergétique à l’horizon 2024.

Le document, intitulé “Politique énergétique de la Pologne à l’horizon 2030” adopté par le Conseil des Ministres le 10 novembre 2009, fixait ainsi les principaux objectifs de la politique énergétique polonaise :

  • amélioration de l’efficacité énergétique,
  • amélioration de la sécurité énergétique par une diversification des sources d’approvisionnement en énergie primaire (avec un maintien du charbon en énergie dominante),
  • déploiement du nucléaire comme une source de diversification énergétique,
  • plus grande mise en concurrence des marchés des combustibles et de l’électricité,
  • développement des énergies renouvelables, dont biocarburants,
  • limitation de l’impact négatif du secteur de l’énergie sur l’environnement naturel.

Il est noté qu’en 2009 personne ne parlait encore des gaz de schiste.

 

Petit rappel historique 

La Pologne est l’un des rares pays de l’ancien bloc soviétique à ne pas avoir de centrales nucléaires sur son sol. Il s’en est fallu de peu puisque dans les années 80, une première centrale de quatre tranches de type  VVER était en construction à Zarnowiec dans la région de Gdansk. Les travaux de réalisation étaient effectués à hauteur d’environ 40 % lorsqu’ils furent abandonnés en 1990 sous la pression de l’opinion publique et après un référendum auprès des populations locales après l’accident de Tchernobyl. Depuis le site est toujours maintenu en état et figure parmi les deux sites candidats…. A noter que des compétences furent cependant maintenues dans le domaine nucléaire dans plusieurs instituts, notamment au NCBJ qui dispose d’un réacteur expérimental « Maria » à Swierk, près de Varsovie.

 

La situation aujourd’hui

C’est PGE, l’électricien historique polonais, qui demeure une entreprise d’état, qui est en charge du projet visant à construire les deux premières centrales nucléaires de 3000 mégawatts chacune. EDF et AREVA avec l’EPR, GE/Hitachi avec l’ABWR et Toshiba-Westinghouse avec l’AP1000 sont ainsi en lice pour contribuer à la réalisation du programme nucléaire polonais.

Ces entreprises ont participé les 15, 16 et 17 mai dernier aux entretiens préliminaires avec PGE EJ1, la filiale de PGE en charge du dossier nucléaire. L’offre technologique française est bien sur portée par EDF et AREVA, EDF comme potentiel investisseur stratégique participant à l’exploitation et prélevant une part d’électricité – et EDF/AREVA en consortium pour la partie construction de l’EPR.

Au-delà des aspects techniques ou industriels du projet,  la question du financement apparaît comme primordiale pour PGE-EJ1. Le contrat d’investissement (contrat participation au capital entre PGE, PGE-EJ1 et le partenaire stratégique) sera le contrat central du futur appel d’offres.

 

Une mobilisation de l’ensemble des acteurs nucléaires français 

Aujourd’hui, tout le monde l’a bien compris, un pays qui souhaite développer l’énergie nucléaire doit engager de nombreuses initiatives et réalisations pour mettre en place l’ensemble des infrastructures que recommande  l’AIEA pour gérer le développement d’un programme nucléaire. Proposer à la Pologne de bénéficier du retour d’expérience français et apporter collectivement notre assistance lorsque la Pologne en exprime le souhait est indispensable pour soutenir l’offre technologique française.

C’est en application du partenariat stratégique signé lors du Sommet franco-polonais de 2008, lequel mentionne spécifiquement la coopération bilatérale dans le domaine de l’énergie et le renforcement de la coopération en matière nucléaire, que s’est développée la coopération avec la France. Depuis plus de 4 ans, l’AFNI et l’ambassade de France à Varsovie, animent un comité de coordination et d’information de l’ensemble des acteurs français afin que dans le respect des cultures, des métiers, des spécificités et des actions de chacun,  soit favorisé la plus grande cohérence possible de nos actions respectives et que puissent se réaliser le maximum d’actions collectives. Notons à ce titre, que pour répondre à la volonté polonaise de développer ses capacités de formation, la mise en place d’un programme de formation coordonnée par l’AFNI de près de 50 professeurs provenant de nombreuses université polonais. Cette formation à laquelle l’ensemble des partenaires français a participé s’est déroulée en 3 phases entre 2010 et 2012.

Signalons également la réalisation de nombreux séminaires et voyage d’études tant en France qu’en Pologne qui auront mobilisé l’ensemble des partenaires nucléaires français.

A titre d’exemple, nous pouvons notamment retenir les séminaires suivants réalisés en 2012 et 2013, avec une participation de nombreux acteurs français. Ces séminaires ont touché un très large public polonais tant institutionnel que scientifique et technique et ont participé ainsi à diffuser la culture nucléaire française:

  • Concertation du public et communication en matière du nucléaire,
  • Les déchets radioactifs,
  • La sureté,
  • Les codes de construction.
  • …ou encore un séminaire organisé pour répondre aux demandes spécifiques des parlementaires polonais.

Le travail et la réflexion collective des acteurs français depuis près de 4 ans aura également permis d’élaborer un plan d’actions ambitieux validé par tous qui permet de structurer nos actions collectives et de les planifier dans le temps.

 

Conclusion 

C’est dans un contexte particulier que s’inscrira la visite de Madame Nicole Bricq, Ministre du Commerce Extérieur, en Pologne. La réflexion polonaise sur le mix énergétique semble en pleine évolution. D’un côté, le pays semble fonder de gros espoirs en matière de gaz de schiste, et le premier ministre souhaite relancer les investissements dans le domaine du charbon (projet de 1800Mw à Opole). De l’autre,  le  gouvernement polonais devrait confirmer  d’ici la fin de l’année le développement de l’énergie nucléaire. Dans ce contexte, l’ensemble des acteurs français du nucléaire est plus que jamais mobilisé pour soutenir un projet emblématique pour l’industrie française.

 

Publié par Francis Sorin (SFEN)

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