Formation, béton, criticité… Découvrez les Prix Sfen 2026 - Sfen

Formation, béton, criticité… Découvrez les Prix Sfen 2026

Publié le 1 septembre 2026 - Mis à jour le 2 septembre 2026

Depuis 1983, les Prix Sfen distinguent les femmes, les hommes et les équipes qui contribuent au progrès des connaissances, au développement des technologies nucléaires et à la transmission des savoirs. Pour cette édition 2026, le comité des prix de la Sfen a examiné 53 candidatures et a retenu un palmarès qui reflète la diversité de la filière : formation, recherche, information du public et innovation industrielle.

Grand Prix Sfen

L’INSTN et le génie atomique : 70 ans au service des compétences nucléaires

Le Grand Prix est attribué à l’Institut national des sciences et techniques nucléaires (INSTN), qui accompagne l’histoire du nucléaire français depuis 70 ans. Il occupe aujourd’hui une place centrale pour répondre à la forte augmentation des besoins de formation de la filière.

Il propose, en partenariat avec des universités et des écoles, plus de 40 diplômes allant du niveau bac au niveau bac + 7. À cela s’ajoutent plus de 280 formations, suivies chaque année par quelque 6 600 stagiaires. Exploitation des réacteurs et des installations nucléaires, sûreté, radioprotection, démantèlement, matériaux, radiopharmacie ou encore systèmes énergétiques bas carbone : son offre couvre l’ensemble des domaines spécifiques au nucléaire et à ses applications.

Cette distinction intervient alors que la filière française estime devoir recruter et former 100 000 personnes au cours des dix prochaines années. En faisant continuellement évoluer ses formations, ses outils pédagogiques et ses coopérations, l’INSTN constitue l’un des principaux atouts dont elle dispose pour relever ce défi.

 

Prix de l’Enseignement et de la Formation

Un ouvrage de référence sur la sûreté-criticité

Matthieu Duluc est l’auteur de l’ouvrage « Sûreté-criticité : des phénomènes physiques à l’analyse de sûreté nucléaire ». Fort de plus de vingt ans d’expérience à l’IRSN puis chez Framatome, Matthieu Duluc signe le premier livre en français consacré à ce domaine très spécifique. En 650 pages, il accompagne progressivement le lecteur depuis la définition du risque de criticité jusqu’à son analyse dans les réacteurs, les laboratoires, les usines et lors des transports. Il présente les bases de physique nucléaire et de neutronique, la phénoménologie des accidents de criticité, les différents modes de contrôle, les matières et opérations à risque, les codes de calcul ainsi que la réglementation française. Le retour d’expérience d’accidents emblématiques, notamment celui de Tokai-mura en septembre 1999, complète cette approche.

Mention – JAL22 : le Mille Bornes de l’arrêt de tranche

Une mention est décernée à Sophie Courtefois et Julien Valero, de la société REEL, pour « JAL22, un jeu pédagogique au service de la filière nucléaire ». Inspiré du célèbre Mille Bornes, ce jeu collaboratif transpose dans un format ludique le déroulement d’un arrêt de tranche, depuis les premières opérations jusqu’à la prise du premier assemblage en cuve, dit « JAL22 ».

 

Prix Jean Bourgeois

Une thèse pour mieux évaluer la tenue sismique des bâtiments

Le prix de la meilleure thèse est attribué à Louis Collin pour ses travaux sur la caractérisation et la modélisation de l’influence des éléments en maçonnerie sur la réponse dynamique des structures en béton armé. Soutenue en novembre 2025 à l’Université Paris-Saclay, sa thèse a été réalisée au Laboratoire de mécanique Paris-Saclay, en partenariat avec EDF R&D.

Le sujet répond à une problématique importante pour la filière : comment mieux prendre en compte la contribution des murs en maçonnerie dans l’évaluation de la tenue sismique des bâtiments nucléaires ? Les briques et leurs joints en ciment peuvent en effet modifier le comportement dynamique des structures en béton armé. Louis Collin a conçu un dispositif expérimental combinant plusieurs caméras, la corrélation d’images numériques et un jumeau numérique, afin de mesurer précisément les déplacements et les déformations des maçonneries testées. En reliant de manière cohérente expérimentation, mesure et modélisation, sa méthode constitue une avancée pour le génie civil expérimental, au-delà du seul domaine nucléaire.

 

Prix Jacques Gaussens

La thermohydraulique au service des réacteurs innovants

Le prix du jeune chercheur récompense Laura Matteo, ingénieure-chercheuse au Laboratoire de préconception et d’optimisation des systèmes du CEA à Cadarache. Ses travaux portent sur la modélisation thermohydraulique et la préconception des systèmes de conversion d’énergie pour les applications nucléaires.

Diplômée de Grenoble INP-Phelma, Laura Matteo a rejoint en 2013 l’équipe chargée du développement du code de thermohydraulique diphasique Cathare au CEA Paris-Saclay. Deux ans seulement après son arrivée, elle a proposé son propre sujet de thèse, consacré à la modélisation de la cavitation dans les pompes des réacteurs rapides refroidis au sodium. À Cadarache, la chercheuse a développé une méthode de prédimensionnement des turbomachines. D’abord intégrée à une plateforme d’aide à la conception des réacteurs à sels fondus, cette méthode est désormais généralisée à d’autres filières de réacteurs ainsi qu’à des applications cryogéniques.

 

Prix Bertrand Barré

Les premières piles atomiques éclairées par la simulation moderne

Le prix Bertrand Barré de l’information du public a été décerné à Andrea Zoia, Davide Mancusi et Alain Gagnepain pour leur cycle de conférences « Les piles de Chicago : une aventure scientifique qui a changé le monde ». Depuis une première présentation au consulat d’Italie à Paris en 2023, leurs conférences et webinaires ont été accueillis par des universités, des entreprises, des centres de recherche et des sociétés savantes en France comme à l’étranger.

Le cycle retrace l’histoire de Chicago Pile-1, première pile atomique à avoir entretenu une réaction en chaîne, le 2 décembre 1942, puis celle de Chicago Pile-2, exploitée pendant un peu plus de dix ans à Argonne. Il raconte les technologies mais aussi l’aventure humaine : celle d’Enrico Fermi, de Leó Szilárd, de Leona Woods et de toutes les équipes mobilisées dans le contexte particulier du projet Manhattan.

 

Prix de l’Innovation technologique

Un jumeau numérique pour optimiser l’usinage

Le prix de l’Innovation technologique a été attribué à une équipe réunissant Thomas Charrel, Mickaël Gay et Jan Kolmacka, de Framatome, Philippe Lorong, enseignant-chercheur à l’École nationale supérieure d’arts et métiers, Ugo Masciantonio, du Cetim, et Habib Karaouni, de Safran. Leur innovation, baptisée « Digital Twin Machining », utilise la simulation numérique pour préparer et optimiser les opérations d’usinage.

Lorsqu’elles apparaissent pendant l’usinage, les vibrations peuvent altérer l’état de surface d’une pièce, compromettre sa conformité et parfois endommager l’outil. Fondée sur le logiciel Nessy2M, développé en collaboration par les quatre partenaires, la solution permet de simuler différentes conditions avant le passage en machine. Elle fournit notamment des données sur les efforts de coupe, la puissance consommée, les défauts de forme et la rugosité attendue. En testant virtuellement différentes conditions d’usinage, la solution permet de vérifier la faisabilité d’une opération sur une machine donnée et d’identifier rapidement les paramètres les plus adaptés. Elle contribue ainsi à limiter les vibrations, à préserver les outils et à maîtriser la qualité finale des pièces afin qu’elles respectent les spécifications attendues. ■

Par la RGN avec Philippe Dubuisson,  président des prix Sfen

Image : Cérémonie des prix Sfen en juillet 2026 à l’institut du monde arabe – @Sfen