[Décryptage] Comment la BEI organise son soutien aux SMR
Steady Energy a reçu un soutien pouvant atteindre 40 millions d’euros de la part de la Banque européenne d’investissement. Ce premier financement dans les SMR ne représente qu’une porte d’entrée pour l’institution européenne qui observe attentivement les nouveaux acteurs du nucléaire, y compris de la IVe génération et de la fusion.
C’est le premier, mais certainement pas le dernier. Le 15 septembre 2026, la Banque européenne d’investissement (BEI) a annoncé un soutien jusqu’à 40 millions d’euros, dont une première tranche de 30 M€, au développeur de petits réacteurs modulaires Steady Energy. Cet investissement représente le tout premier financement de la BEI pour un SMR. La Banque examine d’autres projets dans ce domaine, qui restent soumis à ses critères habituels d’évaluation et d’approbation.
Suivre la stratégie de la Commission
« Notre rôle est d’accompagner les développeurs jusqu’au moment où ils sont en mesure de prendre leur décision finale d’investissement et de lancer leurs projets », détaille François Gaudet, chef d’unité capital-investissement et capital-croissance pour les technologies vertes à la Banque européenne d’investissement. L’enveloppe accordée à Steady Energy s’inscrit dans la stratégie de la Commission européenne visant à faciliter le déploiement des premiers SMR.
Cette dernière prévoit un complément temporaire de 200 millions d’euros dans le cadre du programme européen InvestEU jusqu’à la fin 2027, afin de renforcer les garanties destinées à réduire les risques de ces investissements. « L’objectif du financement public devrait être de mobiliser les capitaux privés disponibles au moyen d’instruments appropriés, tels que des garanties pour les investissements visant à réduire les risques dans des projets SMR pionniers », soulignait la Commission européenne en mars 2026. Les entreprises qui bénéficieront de ce soutien devraient être identifiées d’ici la fin du cadre budgétaire européen actuel, couvrant la période 2021-2027. Affaire à suivre prochainement donc.
Survivre à la vallée de la mort
Concrètement, la BEI peut apporter un soutien financier à des développeurs afin qu’ils puissent traverser plus sereinement ce que le monde de l’innovation surnomme la « vallée de la mort » : la période qui s’étale entre la mise au point d’une innovation et sa commercialisation. « Investir dans le nucléaire exige une vision de long terme, compte tenu des délais nécessaires au développement, aux essais, à l’autorisation réglementaire et au déploiement commercial », poursuit François Gaudet. Certains, dans les milieux industriels, évoquent un horizon 2032-2034 pour des premiers retours sur investissement.
Le financement de la BEI est l’aboutissement de plusieurs années de travaux de la part de la banque européenne. « Il y a trois ans, nous avons lancé un travail de veille pour cartographier le secteur européen selon une liste d’une dizaine de critères : technologie, combustible, briques technologiques à développer, marché adressable, composition du capital de l’entreprise, qualité du management… », poursuit le chef d’unité de la BEI. Ces différents critères influent à la fois sur la décision finale de financement, mais aussi sur son montant. « Notre intervention n’a pas vocation à faire de la BEI l’investisseur principal d’un développeur, nous nous positionnons comme des soutiens », poursuit-il. Dans ce cadre de soutien aux startups, ce programme de financement en quasi-fonds propres ne s’adresse pas aux grands groupes, qui peuvent bénéficier d’autres moyens de financement de la BEI.
La fusion et la IVe génération aussi concernées
Cette liste de critères explique le choix de Steady Energy comme porte d’entrée pour la BEI dans le milieu des SMR. « Les réacteurs à eau légère fondés sur des technologies éprouvées arrivent en tête de liste en termes de capacité d’émergence, note François Gaudet. Cette technologie bénéficie d’un environnement réglementaire déjà bien établi, mais également d’une base technologique éprouvée, fondée sur des combustibles et des procédés déjà utilisés dans le secteur nucléaire. » Pour autant, cela ne signifie pas que les autres technologies seront laissées de côté. « Nous avons des discussions avec des développeurs de réacteurs de IVe génération qui ont des défis à relever sur le combustible mais des avantages sur la fermeture du cycle. L’environnement de la fusion mérite aussi d’être soutenu. » Attention cependant, si tous ces acteurs ont une chance, seuls les projets satisfaisant un ensemble de critères seront sélectionnés.
Cette logique de soutien s’inscrit dans la droite ligne de la politique de la BEI vis-à-vis de l’atome. Au cours des dernières années, elle a financé plusieurs opérations visant à améliorer la sûreté des centrales nucléaires en activité et à soutenir la gestion du cycle du combustible nucléaire, en étroite coordination avec Euratom et la Commission européenne. Le soutien de la BEI à l’industrie nucléaire est aussi étroitement lié avec le contexte énergétique global. Après environ deux décennies atones, la relance du nucléaire sur le Vieux continent dans les années 2020 se traduit donc dans les actions de l’institution.
Récemment, on peut par exemple citer un prêt de 145 M€ pour une installation de détritiation en Roumanie, un prêt de 400 M€ pour l’extension de l’usine d’enrichissement du Tricastin, ou encore une avance de 90 M€ pour la modernisation des unités 1 et 2 de la centrale d’Olkiluoto en Finlande. Sur les 10 dernières années, la BEI a ainsi injecté environ 2 milliards d’euros dans le secteur pour une enveloppe totale de 162 mds€ consacrés à l’énergie en Europe.
Un soutien concentré sur la R&D
Le soutien à Steady Energy ne déroge pas à ce cadre. « Notre financement couvre les activités de R&D, d’essai et de préparation réglementaire. Il ne finance pas la construction de la première installation nucléaire commerciale, détaille François Gaudet. Dans cette opération spécifique, la BEI n’a pas vocation à financer des installations de première génération (first-of-a-kind), mais à accompagner l’entreprise jusqu’au stade de la décision finale d’investissement. »
Pour le développeur finlandais de SMR qui alancé la construction de son unité pilote non nucléaire près d’Helsinki en février 2026, l’enveloppe accordée par la BEI soutient ainsi « les activités de recherche et développement, d’essais et d’homologation de Steady Energy en Finlande entre 2026 et 2028, alors que la société progresse vers le premier déploiement commercial de sa centrale de chauffage nucléaire LDR-50 ». A terme, l’entreprise souhaite commercialiser un réacteur de type piscine d’environ 50 MW consacré à la production de chaleur urbaine. Une technologie proche de celle développée par l’entreprise française Calogena et son design CAL30 de 30 MWth. Cette dernière a d’ailleurs ouvert une concertation préalable volontaire le 28 septembre concernant l’implantation de son projet de démonstrateur de chaufferie nucléaire sur le site du CEA à Cadarache. ■